Noël, rempart de la déshumanisation

Noël parle, nous parle, pour évoquer la tendresse. Cette fête dans l’ultime des jours de l’année, atténue ce qu’ils ont pu avoir de rudesses et de blessures. Elle ouvre une trêve qui, pour n’être le monopole de personne, se révèle source de vie pour beaucoup.

Quelle tendresse possible pour ceux qui – à force d’être nommés par ce qu’ils n’ont pas et qui désespérément leur échappe : travail, logis, amitiés – en arrivent à penser qu’ils ne sont rien.

Or, justement à Noël, un Enfant, qui est tout, ne revendique rien pour se présenter sans rien : une crèche pour berceau. Qu’importe, semble-t-il nous dire dans un sourire, mon espérance est de naître dans le cœur de l’homme ; tout autre lieu m’est souffrance pour être rejet.

Cet enfant sait attendre, au-delà même de ce que nous pouvons imaginer, pour réconcilier temps et éternité.

Naître c’est quitter son moi-chose préfabriqué pour s’ouvrir à l’aventure de l’intériorité.

Bethléem est l’histoire de cette singulière naissance que nous réduisons sous les feux de la fête à un souvenir alors qu’il s’agit de naître à l’étrange, trace de l’étonnement de ce que nous sommes appelés à devenir.

L’avenir ne se construit pas dans les représentations des enfermements, mais bien dans l’accueil de nos vulnérabilités. Folie, diront les sages, inutile et ridicule, plaideront les cyniques, ou encore trop tôt ou trop tard – c’est identique – penseront les craintifs à l’égard de tout changement.

La naissance d’un enfant toujours suscite un « autrement ». Allons-nous lui faire place, s’agissant alors de faire craquer nos certitudes, ces remparts contre lesquels l’homme se cogne mais aussi cogne.

Noël, c’est cette brèche vécue par Claudel en cette nuit du 25 décembre 1886 : « J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable ».

Alors, des liens nouveaux se tissent, des filiations s’éveillent, c’est Noël où l’homme ‑ comme l’Enfant-Dieu ‑ prend le risque de la fragilité ; il faut un cœur d’enfant pour ne point la briser.

Joyeux Noël !

Bernard Devert
Décembre 2016

 

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