Des vœux à échanger pour changer et faire changer

Depuis des lustres, le passage à l’année nouvelle est le temps d’une présentation des vœux, de santé, de bonheur, de réussite. Ne viennent-ils pas fort légitimement circonscrire l’inquiétude que réserve l’inconnu.

Ces vœux ne répondent pas seulement à un rite ; ils sont au temps, ce que le phare est à la mer : une lumière. C’est dire combien ils sont précieux. Ne témoignent-ils pas aussi, dans l’échange, de l’estime de l’autre jamais indifférente à l’estime de soi. S’ouvrent alors des espaces de sérénité, de confiance, de foi que la philosophe Simone Weil présente comme l’intelligence éclairée par l’amour.

Qui n’est pas dans l’attente, sans doute sourde mais réelle, d’une intelligibilité de ce que nous avons à vivre sans se laisser enfermer dans la rationalité pour ne pas oublier que l’on ne comprend bien qu’avec le cœur.

Ce monde a un besoin éperdu de tendresse qui ne lui sera offerte que si se lèvent des petits princes.

L’intelligence de la vie est au rendez-vous de toute naissance. Les questions alors fusent : que deviendra cet enfant, dans quel monde vivra-t-il ? L’émerveillement pour dissoudre les absurdités fait surgir la responsabilité, un éveil au meilleur de soi-même.

Souhaiter que l’année soit un berceau, ce n’est point tomber dans l’infantilité, mais s’élever vers les idéaux de notre jeunesse qui protègent des rides de l’âme qui, toujours, pour se nourrir de l’usure du temps, font plier l’espérance.

La vie, pour être accueillie, a besoin de berceaux. Seulement, ils ne s’envisagent et ne se façonnent que dans l’amour.

Ne serions-nous pas là au cœur des vœux que nous voulons voir se réaliser. Quel bonheur possible quand des enfants sont dans une souffrance sociale condamnant leur avenir. Quel respect de la vie quand des frères abîmés par l’hostilité meurtrière ne trouvent pas le berceau de l’hospitalité.

Les vœux, pour qu’ils ne soient pas des mots vains, doivent être un levain. Alors, ils sont un appel à se mettre debout pour lutter contre les déshumanisations et faire entrevoir ces signes nombreux qui, donnant des raisons d’espérer, éloignent du défaitisme, annonciateur du chaos.

François Cheng, dans son ouvrage ‘De l’âme’ : « sur le tard, je me découvre une âme…je l’avais aussitôt étouffée en moi de peur de paraître ridicule…je comprends que le temps est venu de relever le défi ». Il précise dans sa cinquième lettre : « il m’est donné de comprendre que la vraie bonté ne se réduit pas à quelques bons sentiments ou sympathies de circonstance, encore moins à une sorte d’angélisme naïf ou bonasse. Elle est d’une extrême exigence ». Nos vœux ne pourraient-ils pas l’accueillir.

Alors privilégiant les audaces et le consentement aux incompréhensions qu’elles font naître, une belle année se préparerait pour être parée de la lumière du sens. Qui ne le recherche pas ?

Bernard Devert
Décembre 2016

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