Dons et legs, un agir créateur de liberté.

Legs et donation, deux réalités qui expriment une volonté d’agir dans un esprit de philanthropie, témoignant que l’autre ne nous est pas indifférent.

Nous ne savons que trop, hélas, combien la montée des précarités suscite des fractures laissant les plus vulnérables au bord du chemin, ou pire de l’autre côté, jusqu’à devenir des invisibles.

La donation crée une relation immédiate d’entraide. Elle naît d’une prise de conscience de liens à tisser qui, pour rester inconnus, donnent du bonheur à celui qui reçoit et à celui qui donne détaché d’un avoir, à distance de tout faire-valoir.

Le don et le legs rééquilibrent les relations. Loin d’appauvrir, ils suscitent une hospitalité. L’autre ne m’est pas étranger bien que je ne le connaisse pas ; il est, par l’acte même de ce que je donne, un hôte dont je n’attends aucune autre récompense que celle, déjà reçue, participer à une Société plus tendre, plus fraternelle.

La donation comme le legs est un moment plénier, habité par la conviction actée que vivre c’est partager, transmettre.

Le don, comme le legs, ne seraient-ils pas une cordée, une solidarité permettant à chacun de monter. Le donataire accueille un inespéré l’éloignant du danger de sombrer et le donateur à une joie intériorisée l’élevant vers une humilité libératrice.

Le legs se prépare souvent dans un moment où la personne comprend que vivre, c’est faire vivre. Finitude et rationalité se brisent pour faire place à l’agape, l’amour, trace d’un infini. La richesse n’est plus ce que l’on a imaginé pour se révéler celle du partage.

Le temps use, nous use ; il est heureusement traversé par le pouvoir du cœur dont la raison n’est pas assignée à un rendre compte mais à une responsabilité créatrice pour celui qui donne et celui qui reçoit.

Avec le don et le legs, se met en œuvre la question du sens substituant l’interrogation qu’as-tu fait de ton argent par celle qu’a fait de toi cet argent ?

Je pense à Jeanne qui, au soir de sa vie, fit un legs d’appartements situés dans un quartier très huppé.

Le donataire s’empressa de lui dire : je vendrai ces logements ; ce fut pour elle une blessure.

Vous n’avez pas compris, lui dit-elle, ce n’est pas de l’argent que je vous lègue mais le désir de briser ce plafond de verre, un abîme avec les plus vulnérables, nous privant de leur humanité.

Grande est ma joie de léguer, ajoute-t-elle, mais ne l’assombrissez pas en vous situant dans une logique du ‘toujours plus’ qui fait que ce que nous possédons, nous possède.

Dons et legs sont une ouverture du cœur suscitant des espaces de gratuité qui n’ont pas de prix, pour ensemencer cette terre d’une liberté jubilatoire.

Bernard Devert
Mars 2017

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