Quand le Livre de l’Humanité fait école

Le mal existe. Qui ne l’a pas rencontré autour de soi et, plus tragiquement encore, en soi.

Serai-je un rêveur pour penser que plus s’élèveront les consciences, davantage le mal sera combattu.

En essayant de marcher à la suite du Christ   et ce temps de préparation à la Pâque en souligne la chance et l’urgence – nous entrevoyons que seul l’Amour détruit le mal. Alors pourquoi retenir ce qui entrave, emmure, s’agissant d’un passé à terrasser. Il est sans avenir, sauf celui que nous lui offrons.

Ces derniers mois, accompagnant des familles roms, tirées de ces enfers que sont les bidonvilles, je me suis aventuré sur le chemin d’un autrement, exode vers une terre de liberté.

Nous savons combien nos frères aînés dans la foi se plaignaient auprès de Moïse de quitter une terre de servitude dans laquelle ils s’étaient installés, le Livre dit même : vautrés.

La servitude peut être une passivité délétère jusqu’à l’oubli de la liberté qui, toujours, suppose vigilance et exigence.

Ce combat est, pour nos frères roms, difficile. Leur histoire leur a fait perdre l’estime d’eux-mêmes pour avoir rencontré trop de mépris, de visages haineux, pour le moins une indifférence glaciale, gelant le désir de s’en sortir.

Puis je vous partager ce naufrage d’humanité : deux papas en insertion, s’activaient avec les employés communaux à préparer une salle pour une manifestation culturelle. La tradition veut que ceux qui concourent à son aménagement reçoivent gratuitement des billets d’entrée.

Or, lorsque vint le tour de nos amis roms de les recevoir, un des représentants de cette organisation déchira devant eux les billets et les jeta. Des relents nauséabonds d’un passé pas si lointain.

Il est de ces entraides qui sont des passages indélébiles d’espérance. Ainsi, une grande librairie lyonnaise s’est mobilisée auprès de ses clients, via sa Fondation, pour donner des livres à des enfants roms engagés avec leurs parents dans un processus d’insertion.

ATD Quart-Monde participa avec Habitat et Humanisme à cette fête du cœur et de l’esprit, heureux de voir ces enfants qui, il y a encore 18 mois, ne savaient pas lire et qui désormais expriment de l’intérêt à ouvrir un livre, passeport vers une autre rive. Ils ne l’imaginaient pas.

Le livre a brisé des frontières. L’inattendu des échanges participe à un nouvel ouvrage, celui de la fraternité ; il s’écrit à plusieurs mains en écho au livre d’humanité qui, avec ses prophètes, dynamise la vie, un appel à quitter ce qui enferme, à sortir de ce qui fracture pour faire naître un vient et un va.

Toute confiance pour être libératrice suscite l’audace de lutter contre les Babel où s’enferment les mêmes, parlant une même langue qui alimente sectarismes et intégrismes

Il est un Livre qui, sans jamais s’imposer, se trouve parfois dans nos mains. Difficile après l’avoir lu, ou même parcouru, de le fermer ; il nous parle, non pas d’un deus ex machina, mais d’un Père si tendre qu’il ne dit rien de Lui, ou si peu que beaucoup trouvent leur place en la partageant à ceux qui ne l’ont pas : qu’as-tu fait de ton frère ?

L’interrogation éveille un magnifique passage, si humain qu’il fait de nous des passeurs de l’essentiel.

Avril 2017

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