Le bénévolat, une école vers le beau et le bien

Dans une précédente chronique, il y a 15 jours, j’évoquais la situation de Jacques, âgé de 70 ans, confronté à la rue. Sa santé ébranlée par un important diabète entraînant une plaie qui ne se referme pas, qui plus est, aggravée pour avoir été mordu par un rat, il a dû être hospitalisé. Il m’est agréable de vous faire part, qu’à sa sortie, il rejoint un de nos Ehpad.

Une mobilisation s’est mise en place. Nous n’avons fait que notre devoir. Vous vous doutez bien que l’information ne vous est pas partagée comme un faire-valoir, soulignant seulement l’importance du bénévolat, le vôtre, mettant en échec des horreurs insupportables.

H&H dispose d’un double mouvement, celui du temps que vous partagez auprès de ceux que la vie blesse et d’un apport en capital au sein de nos foncières solidaires, permettant de bâtir des espaces d’humanité.

Je ne sais que trop, malheureusement, combien l’océan de misères suscite des naufrages. Ne mettons pas toujours en avant les échecs au risque de perdre le pouvoir d’agir qu’offre la générosité née de l’intelligence du cœur ; elle existe !

Un des ressentis dans notre Société est un sentiment d’impuissance. Notre volonté commune est de réagir en faisant naître ces possibles qui créent un avenir meilleur pour tous. N’est-ce pas cela le bien commun.

Evoquant dans ma chronique ma rencontre avec Jacques, je vous partageais combien je fus touché par son sourire alors qu’il était par terre et, dans tous les sens du mot, à terre. Dans ce lieu sale où il gisait, recouvert d’une couverture, il m’offrit de par son attitude une désarmante pureté.

Il aurait pu être en colère, fâché, pour avoir attendu si longtemps un soutien alors que des centaines de milliers de personnes sont passées devant lui, sans le voir, faute de temps, ou pire, c’est la même chose, il n’était rien, pour n’avoir rien. La dignité, ce respect dû à chacun, ne devrait-elle pas être un aiguillon pour sortir de cette culture qui banalise la mort sociale.

Dis-moi quelle place tu donnes à la mort, je te dirai où tu en es du sens de la vie, loin d’être étranger aux bénévoles. Observons que cette solidarité fait l’objet d’un engagement d’un quart des Français, soit 13 millions. Il augmente peu, 2,5% par rapport à 2010. Toutefois, un chiffre doit nous alerter, 500 000 d’entre eux ne s’investissent plus régulièrement. La « colonne vertébrale » des associations s’en trouve singulièrement affectée, comme souligné par Jacques Malet, dans son étude publiée dans France-bénévolat.

La pauvreté non seulement s’aggrave mais se durcit dans un contexte économique et politique qui n’est pas sans susciter des inquiétudes, ô combien prégnantes au sein des associations. Le projet de loi de finances 2026 ayant sabré 1Md€ du budget qui leur était dédié. En 2012, 143 000 personnes étaient sans domicile fixe, 350 000 aujourd’hui. 1 million de personnes par an sont confrontées à la rue au moins une fois par mois. Des enfants n’échappent pas à ce désastre.

Qu’est-ce qu’être bénévole, si ce n’est se déplacer, se désinstaller pour aller vers les oubliés, leur donner une place, une écoute. Cette reconnaissance donne naissance à une transformation, pour le moins une ouverture. Savoir que l’on compte pour quelqu’un signe un crédit. Il n’est pas toujours pris en compte immédiatement, mais sa mémoire est un parapet pour ne point sombrer dans le néant.

Bénévoles, notre tentation est « ce tout, tout de suite », inconcevable pour ceux qui n’ont rien. Il faut du temps pour s’en sortir. Comment y parvenir si ce n’est de regarder l’autre non pas à partir de ce qu’il est, mais à partir de ce qu’il est appelé à être. Ce passage est celui où la finitude s’estompe vers un certain infini qui s’ouvre aussi pour l’accompagnant. Ce bien et ce beau faisaient dire à Kant, dans sa critique de la faculté de juger, qu’une chose belle ne contient aucune fin, sinon elle-même délivrée de toute idée de pouvoir.

Quelle belle école d’humanité ce bénévolat ; nous ne serons toujours que des élèves pour comprendre que les maîtres, paradoxalement, sont ceux que nous accompagnons, nous libérant de nos horizons si habités par la possession, nos certitudes.

Vincent de Paul traduisait cette réalité d’une expression lumineuse : « les pauvres, nos maîtres ».

Bernard Devert
Juin 2026

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