Une des voix du Rassemblement National, interrogée récemment sur France-Info, soulignait que les immigrés étaient les premiers bénéficiaires du logement social, ce que dément l’INSEE, soulignant que les étrangers qui disposent de ce type d’habitat sont au nombre de 2,3 millions, contre 6,5 millions pour les populations françaises.
N’oublions pas que nombre d’immigrés sont investis dans les métiers dits essentiels, lesquels s’ils ne les assumaient pas, à commencer par ceux du soin, mettraient notre pays en grande difficulté. Les soins qu’ils nous prodiguent ne mériteraient-ils pas que l’on prenne aussi soin d’eux.
Imaginons un instant que les soignants d’origine étrangère nous quittent, nos hôpitaux et nos maisons de soins fermeraient. Cette observation qui ne peut être contestée devrait nous conduire à une meilleure reconnaissance de ce qu’ils sont pour nous.
La France s’éloigne-t-elle de la civilisation des lumières, source de cet humanisme qui lui offrit un rayonnement lui conférant une place toute particulière dans le monde.
Les civilisations sont mortelles, rappelle Paul Valéry. Aussi, nous appartient-il de nous mettre à distance de ces prises de parole à l’emporte-pièce, aussi dommageables que mortifères, qui le sont d’autant plus qu’elles jaillissent dans des moments où une grave déchirure sociale se fait jour.
L’heure est de tisser des liens. Sombrant dans la facilité, les tentations se conjuguent pour rechercher un bouc-émissaire. Il est là, si facilement trouvé, l’étranger, voilà le coupable, comme si sa désignation nous mettait à l’abri de nos responsabilités. La catastrophe, rappelait Walter Benjamin, c’est lorsque les choses suivent leur cours. Constatons que rien ne les arrête. Pire, elles courent en raison de l’absence d’un discernement, mettant en veille les forces de l’esprit. Il s’ensuit une démission, comme s’il suffisait de s’en remettre à un parti politique aux portes du pouvoir pour que les choses aillent mieux. N’entendons-nous pas constamment : « essayons ».
Le sujet n’est pas de donner des clés à des partis dont les oukases ne sauraient être oubliés, ou encore à ceux ayant considéré comme un détail les fours crématoires. L’urgence est de faire naître la justice ; elle ne se construit pas sur les cendres, mais à partir d’une déclaration de guerre contre la misère. Quelles sont les munitions : le courage et l’audace de repenser la Société en termes de fraternité. Que ceux qui ont plus donnent un peu plus et que chacun puisse se demander : que puis-je faire pour que ça aille mieux.
Rappelons-nous ces mots du Cardinal Desmond Tutu qui, pour avoir lutté contre l’apartheid, reçut le prix Nobel de la paix en 1984 : « faites le bien par petit bout, là où vous êtes ; ce sont ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde ».
Ces petits bouts peuvent apparaître bien fragiles au regard de la brutalité du monde, et pourtant comme l’exprimait Lao Tsu : « le dur est toujours compagnon de la mort, seul le fragile est compagnon de la vie ».
Alors, et alors seulement, nous arrêterons ces catastrophes pour ne plus laisser courir l’inacceptable.
Hier, un « cordon sanitaire » préservait notre culture d’orientations jugées incompatibles avec les valeurs de notre civilisation, lesquelles craquent indubitablement pour avoir fermé les yeux et le cœur sur des iniquités, devenues si nombreuses, que nous nous habituons, sans prendre en compte le fait qu’elles sont loin d’être étrangères aux violences justement dénoncées. Or, nous en sommes, pour partie, la cause.
Regardons comment nous avons construit nos métropoles, excluant les plus vulnérables de la ville et de la vie, leur refusant les chances d’une réelle citoyenneté qui ne se construit que si on donne à tous accès à la liberté, la dignité. Comment y parvenir si ce n’est s’inscrire dans une démarche résolue de fraternité.
Que de SOS reçus de toutes parts, tel celui de ce jour, parmi bien d’autres, une famille d’origine étrangère, en situation régulière, de 5 enfants, ayant dû quitter son appartement, il y a deux ans, suite à un incendie. Depuis elle n’a eu de cesse de déposer des dossiers pour obtenir un logement social. A date, bien que bénéficiaire du DALO, elle n’a pas ce minimum de respect et de protection que représente un toit, si bien que ceux qui, tour-à-tour, l’ont abritée sont usés par cette situation qui perdure.
Dans les Métropoles l’accès à un logement social exige des années.
Si ce manque de fraternité tue l’espoir, il nourrit la turpitude de ceux qui l’utilisent en générant et entretenant des économies souterraines qui ne manquent pas d’ingéniosités perfides. Leurs funestes parrains interviennent par délégation dans les quartiers perdus, comprenant qu’il leur faut « offrir » ‑ ce qu’ils font ‑ des aides aux habitants les plus pauvres, notamment la jeunesse, esclaves au service de leur sombre commerce qui salit tout.
Prendre conscience de ce qu’il faut entreprendre dans l’urgence, c’est habiter le sens. Ce mot est sur les lèvres de beaucoup, lesquelles se ferment trop souvent quand s’introduit l’attention à l’autre, le sens de l’autre.
Serait-ce trop tard pour imaginer un changement. Si la réponse devait être « oui » ‑ je n’ose l’imaginer ‑ alors ce serait consentir à un cuisant échec culturel ; il est déjà là, avec les ravages qu’il a entraînés. Heureusement, nous n’avons pas sombré au point que nous ne pourrions pas nous redresser.
Là, se propose à notre liberté la décision d’essayer, non de remettre nos suffrages à des chercheurs de pouvoir, mais se donner le pouvoir d’agir en ouvrant des chantiers aux fins de bâtir la cohésion sociale, source d’un vivre-ensemble.
