Arnaud Beltrame signe le sens de la vie : donner et se donner

L’accumulation de trop de situations sordides nourrit le désenchantement de la société, l’amputant d’un dynamisme préjudiciable à son unité et à son avenir.

A Trèbes, dans une petite ville à proximité de Carcassonne, Arnaud Beltrame, jeune lieutenant-colonel de gendarmerie, a pris la place de l’otage retenu par le terroriste après les meurtres qu’il venait de commettre.

L’odieux est confronté à la grandeur. D’un côté, l’homme enfermé dans une idéologie mortifère croit effacer ses échecs en s’autoproclamant martyr, comme si l’on pouvait le devenir en martyrisant ! De l’autre, un homme bénéficiant d’une brillante carrière qui, à quelques semaines de son mariage a l’audace et le courage de donner sa vie pour qu’un autre la garde.

La Nation est bouleversée par cette abnégation.

Arnaud n’a pas seulement sauvé une personne, il offre à la France une formidable générosité source de liberté. L’hommage national, sobre et poignant qui lui est réservé, se révèle un moment de grâce et de lumière, d’unité et de fierté, sans être affecté par des velléités de représailles.

Robert Badinter l’exprimera avec pudeur : merci, mon Colonel.

Il faut maintenant rompre les rangs, aller là où nous sommes appelés sans rompre cet émerveillement lié au fait que l’esprit vit.

Si nous ne sommes pas tous destinés à être des héros, transparaît, à la lumière de ce don, le sens de l’existence de la vie.

L’esprit vit quand sont refusées ces idées distillant insidieusement que la misère est une fatalité et que les victimes en sont responsables.

L’esprit vit quand le don est refus de l’indifférence et des jugements créant des abîmes. Il ne nous est pas demandé de prendre la place des plus fragiles mais de se mettre un peu à leur place. Là, commence le chemin vers les cimes, jamais absent de la gratuité.

L’esprit vit quand surgit cette détermination à faire changer ce qui doit, et peut l’être, choisissant les priorités qui, alliant méthode et lucidité – pour reprendre l’expression du Président de la République – bâtissent la cohésion sociale.

L’esprit vit quand l’acte d’entreprendre est trace d’une certaine gratuité ; alors ce sont des hommes et des femmes qui se relèvent ; c’est aussi la Nation qui s’élève.

L’esprit vit quand les différences se révèlent moins des obstacles que des richesses, à commencer par la compréhension de l’autre. N’est-ce pas un appel à faire place aux blessés de la vie, afin qu’ils trouvent en nous et par nous le respect qui construit, loin des mots faciles.

Bernard Devert
avril 2018

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