Du mal-logement au ‘mal-vivre’

Le mal-logement s’invite dans l’actualité avec le rapport de la Fondation Abbé Pierre, présenté ce 1er février.

Ce mal serait-il inguérissable pour devoir le dénoncer constamment depuis 65 ans, à la suite du célèbre appel de l’insoumis de Dieu en 1954. Le sujet n’est pas le mal-logement, mais les personnes qui ont mal. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’un toit décent n’est pas au rendez-vous de l’existence, ou qu’il faille attendre 10 ans pour l’obtenir !

Des milliards au niveau de l’Etat et des millions par les Collectivités locales sont investis dans le logement social, alors que la crise perdure et même s’aggrave. La Ville de Paris en 2018 a fait un effort important (500 M€) comme les métropoles. Qui gagne, la spéculation immobilière.

Il n’est pas raisonnable de poursuivre ainsi ; les experts sont plutôt pessimistes quant à l’avenir. Le mal serait-il endémique ? Non, le diagnostic est mal posé, faute d’une réelle politique de l’aménagement du territoire avec, pour conséquence, un exode dévitalisant les petites et moyennes villes qui n’ont d’autres défenses que de mettre des panneaux à vendre ou à louer. En d’autres termes, c’est fini.

Ce triste exode enrichit-il la capitale et les grandes métropoles ; en tout cas, il participe largement à une capitulation que traduit le vocabulaire d’une fraction des classes moyennes ; elle ne parle plus de ses revenus mais de son reste à vivre, reprenant l’expression des plus fragiles, lesquels sont encore plus invisibles, absents du ‘grand débat national’.

Quelle que soit la qualité de la politique du logement d’abord, le logement social est inabordable. Un comble ! Aurions-nous perdu le sens des réalités pour ne pas nous laisser interroger par des alternatives possibles.

Il nous souvient que la ‘Dame de fer’, Madame Thatcher, disait qu’elle ne voyait rien entre les individus et la Nation, sauf le marché, là où les forts gagnent et les faibles disparaissent. Une quasi-unanimité d’entre nous ne veut pas de cette approche et pourtant que voyons-nous, un marché de l’immobilier qui abandonne 15% de la population. Insupportable !

Ce constat souligne la difficulté de faire société, d’où une solitude qui augmente, participant à la société du vide.

L’urgence est de mettre en œuvre un pacte d’urbanisme avec les maires des moyennes et petites villes, en concertation avec les représentants de l’Etat, les présidents des métropoles et les partenaires sociaux avec un impératif, une industrialisation bénéficiant aux villes trop longtemps délaissées.

Cette semaine, une des grandes figures du monde économique, M. Alain Mérieux, a lancé un appel pour lutter contre la pauvreté, via l’entreprise des possibles. Il a reçu un écho favorable. Les énergies qui se font jour pour plus d’équité doivent être accompagnées de la recherche d’une plus grande harmonie au sein des territoires, observant par exemple que le Président de la Métropole du Grand Lyon s’inquiète de cette nécessaire régulation.

La distance entre Lyon et Saint Etienne est seulement de 60 km mais, dans cette dernière ville au beau passé industriel, que de logements vides ! Le marché s’est effondré. Le coût d’acquisition d’un logement en centre-ville est inférieur de plus de 3 fois à celui pratiqué dans la capitale des Gaules.

Certes, le transport est essentiel à la réussite de ce pacte. Il coûtera infiniment moins cher que les investissements projetés dans les métropoles. Les temps et les conditions de déplacements ne sont pas étrangers au mal-vivre. Ne pas le reconnaître, c’est être sourds à la plainte de bien des habitants des banlieues qui s’interrogent sur le respect qui leur est réservé

Le ‘grand débat’ a remis au centre de la vie politique les maires qui ont une connaissance fine de leurs territoires, de leurs potentialités.

Naturellement il faudra du temps, mais rester indifférents à cet exode, c’est fermer les yeux sur une violence faite à ceux qui n’en peuvent plus du métro-boulot-dodo. L’heureuse quête de sens, qui transparaît dans les attentes, doit être suivie d’une meilleure attention au bien–être. Seule, une réelle politique de l’aménagement du territoire y concourra. En aurons-nous l’audace et la volonté.

 

Bernard Devert

Février 2019

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Un commentaire sur “Du mal-logement au ‘mal-vivre’

  1. Bonjour mon père,
    Ne sachant comment entrer en contact avec vous, je le fais grâce à votre blog. J’espère que vous lirez mon message.
    Je partage votre opinion et cela m’amène à mon point :
    Je suis depuis longtemps désespérée de voir que nos campagnes s’enlaidissent, que le patrimoine régional de notre habitat est remplacé par des zones pavillonnaires sans âme. Beaucoup de maisons traditionnelles sont laissées à l’abandon alors qu’il suffirait de trouver un moyen ingénieux pour les rénover et faire revivre nos campagnes. Deviner qu’avec nos habitats nous sommes en Normandie, Bretagne, Bourgogne etc. Bref, redonner de l’âme et de la fierté.

    J’ai comme projet de monter une entreprise solidaire dont la nature du projet est de :
    – réhabiliter les bâtiments à caractère régional et contribuer à la décroissance des zones pavillonnaires (ce qui touche à la question publique)
    – redonner de l’âme et de la fierté à notre terroir et nos populations.

    Ce projet est à la phase 1, c’est-à-dire que les problématiques sont posées, identifiées et nécessitent maintenant être présentées et expliquées.
    Ma démarche envers vous consiste à bénéficier de votre expertise et de votre connaissance des acteurs en présence pour justement traduire mon projet en actions réelles.

    Dans l’attente de votre retour
    Florence A.

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