L’hospitalité ébréchée par les expulsions

L’habitude ne devrait pas habiller les finitudes au point de les occulter ! Ainsi, la fin de la trêve hivernale est un moment infernal pour les familles confrontées à la pauvreté, souvent la misère.

Les procédures ont atteint un niveau inédit. Les derniers chiffres connus – ceux de 2017 – font état près de 160 000 personnes, 15.547 foyers ayant fait l’objet d’une intervention par la force publique, dont près de la moitié en Île de France.

L’opinion publique est relativement indifférente aux expulsions, considérant qu’elles sont mises en œuvre, là où les personnes sont de mauvaise foi ou, en raison d’incivilités répétées, créant des relations de voisinage délétères.

Or les procédures d’exclusion concernent essentiellement les locataires confrontés au chômage de longue durée, à la maladie et/ou aux ruptures affectives. Qui peut oublier que des centaines de milliers de personnes ne se chauffent pas, faute de ressources.

Le reste à vivre indécent entraîne souvent l’impossibilité de rester dans son logement. Quel drame !

La misère n’existe que trop ; elle ne fait pas de bruit, et pourtant elle détruit. L’expulsion se révèle le ‘coup de grâce’ faisant basculer dans l’exclusion.

La fin de la trêve s’apparente à un acte chirurgical quelque peu désespéré. Trop tard, le mal est fait. Cette procédure met dans un clair-obscur les invisibles, condamnés à un exil pour devoir partir et ressentir davantage le fait d’être à part.

La fin de la trêve hivernale ne peut hiberner les consciences. Cette situation oblige, sur le plan éthique, à réagir. Comment ?

–       Urgence de construire plus, en répondant à la question : pour qui ? La priorité doit être donnée aux plus vulnérables.

–       Investir pour qu’il n’y ait plus d’immeubles-passoires qui coûtent si cher que le peu de reste à vivre de leurs occupants est amputé. Quelle injustice ! Isoler est ici un acte de solidarité.

–       Nécessité de mettre enfin en œuvre un plan de l’aménagement du territoire pour revitaliser les petites et moyennes villes comme les zones rurales où s’affiche une location de logements à des loyers accessibles aux plus fragiles. Seulement, il n’y a pas ou peu de travail.

Si les lumières des grandes métropoles attirent, elles se présentent comme un scintillement sans lendemain, laissant sur leurs trottoirs des êtres qui errent sans secours. L’anonymat fait le lit de la misère.

Nous assistons, trop passifs, à ce couple infernal exclusion/expulsion

Ces trois préconisations évoquées participeraient à une hospitalité trop absente de la politique du logement. Les urbanistes en rappellent désormais l’urgence. Ces programmes demanderont du temps ; aussi, convient-il de trouver des réponses à court terme, évitant l’expulsion ou offrant un nouvel habitat avec le dispositif propriétaire solidaire.

Des solutions se mettent en place, il faut les développer à l’attention de ceux qui font l’effort de supporter, autant que possible, le coût du logement mais qui n’y parviennent pas totalement en raison d’une fracture abyssale avec leurs revenus.

Victor Hugo, en présentant les Misérables, disait qu’ils n’étaient pas autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base et le progrès pour cime. Quelle actualité ! Dans un monde troublé et en recherche de sens, n’aurions-nous pas à nous mobiliser dans cette perspective pour donner quelques lumières à notre temps.

 

Bernard Devert

31 mars 2019

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