Le 15 août, une fête pour mettre en congés les peurs qui paralysent

Les mutations que nous vivons rendent ces temps passionnants mais difficiles. Des repères s’effacent, alors que n’apparaissent pas encore clairement ceux qui se dessinent, d’où d’inévitables inquiétudes.

Le XXème fut le siècle d’une course effrénée au progrès, à la puissance qui immanquablement entraîne la violence et cette soif de possession, in fine destructrice.

Soyons justes, ce siècle a aussi apporté de nombreuses ouvertures. De grands prophètes se sont levés, laissant à ce monde de formidables espaces de re-création.

Pourtant, des climatologues pensent qu’il est déjà trop tard pour agir, alors que s’amoncellent de terribles prévisions, comme le fait que près d’un quart de la population mondiale est menacée par la pénurie d’eau.

Les grandes villes s’enorgueillissent de devenir des mégapoles sans trop se soucier de laisser aux marges les plus vulnérables.

Si la pauvreté dans le monde recule, il convient d’être attentifs à la grande misère qui stagne, voire s’aggrave.

Nombre d’exils ne pourront sans doute pas être évités mais le « village monde » s’interroge, laissant transparaître l’éloge du fragile que les idées de force ne parviennent pas à taire.

Le partage gagne du terrain. Au sein des nouvelles générations, mais pas seulement, le désir d’accaparer perd de son acuité. Une nouvelle économie, balbutiante mais réelle, se fait jour avec l’entrepreneuriat, les entreprises à mission et le développement de l’économie sociale et solidaire.

Des voix se lèvent parmi ceux qui disposent d’importants revenus pour inviter à une meilleure répartition des richesses. Ils n’attendent pas, ils agissent.

Jamais n’a coulé à flot autant d’argent gratuit. Est-ce folie que d’imaginer que ces capitaux flottants s’investissent sur des programmes de lutte contre la misère. Il s’ensuivrait une réconciliation de l’éthique et de l’économie. Quelle tristesse si la gratuité de l’épargne devait être annihilée par le prix de l’indifférence et de l’obscurantisme.

La dictature du « toujours plus » et du « tout, tout de suite » vieillit face à la recherche du sens. Trouverons-nous l’audace d’un David face à Goliath.

Oui, que de raisons d’espérer ; elles sont données pour autant que nous les retirions des mains invisibles.

J’ai le bonheur de connaître des acteurs économiques et sociaux décidés à faire du neuf, habités par cette formidable espérance, conduisant à faire naître de nouveaux possible. Je ne les nomme pas, ils se reconnaîtront, habités par cette conviction profonde que la vie, quand elle est authentique, l’emporte sur le chaos.

Magnificat.

Que d’espoirs entachés de chimères portent en eux le néant, à la différence de l’espérance, éveil à une Présence, garde-fou des défaitismes.

En cette fête du 15 août, l’inouï d’une Parole nous est offert, un oui qui offre à la vie une convergence vers l’Essentiel, laissant à jamais la trace d’un émerveillement.

Que de rencontres, encore ces dernières semaines, m’invitent à vous partager ce Magnificat.

Je pense à Hamod et Mourad, deux jeunes de 20 ans, eux-mêmes réfugiés, qui se sont mobilisés gratuitement en donnant toutes leurs forces pour offrir une hospitalité à des familles yézidies massacrées par Daesh.

C’est aussi dans un territoire rural en Lozère, à Saint-Chély-d’Apcher que, soutenues du Maire et de sa population, des familles Yézidies ont trouvé un espace de tendresse pour un possible avenir.

Dans l’Aveyron, un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile (CADA) a été réalisé à Saint-Affrique avec le concours également du Maire et de nombreux habitants. L’un d’eux écrit : « alors qu’on pense qu’il ne se passe rien dans une petite ville » …

La maison commune se construit. Les fondations encore inachevées sont celles d’une solidarité de destin pour sauver l’humain et la planète-terre.

Que d’initiatives traduisent ce « n’ayez pas peur », gardant une heureuse actualité.

Vous écrivant de l’Abbaye de Tamié, je pense à ces moines et moniales, passionnés de Dieu et de l’homme. Leurs lieux sont à distance du bruit. Se protègent-ils, non. Leurs engagements, que d’aucuns considèrent comme inutiles, se révèlent des liens de grande humanité, pour entrevoir secrètement l’identification du divin et de l’humain. L’homme n’est-il pas l’espérance de Dieu.

Sans doute, un jour, à commencer par moi-même, comprendrons-nous mieux leur mission : donner à cette terre la trace d’une dépossession pour désencombrer l’avenir. Ils en sont des pionniers.

Magnificat.

Nombreux encore sont ces femmes et ces hommes libres qui, dans une totale discrétion, refusent de « marcher sur la tête » ou de vivre comme des fous pour reprendre l’expression de Martin Luther King.

Patiemment, ils ouvrent un chemin où le fragile a toute sa place, la première. Gardant des mains ouvertes et solidaires, ils se tournent résolument vers l’essentiel : servir.

Magnificat.

J’entends, comme vous, le hurlement quotidien des mauvaises nouvelles. Le sujet n’est pas de les taire, mais de ne point ignorer les informations qui font du bien pour briser les finitudes.

A ne prêter l’oreille qu’à ce qui accable, nous nous perdons.

Heureusement, des êtres silencieux sauvent ce qui doit l’être.

Magnificat.

Bernard Devert

15 août 2019

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