Le prendre-soin ou l’appel à l’ouverture du cœur

Ce prendre-soin de l’autre qui change et transforme les relations est plutôt bien accueilli sur le plan intellectuel, comme en témoigne l’espoir qui naît avec « ces jours de l’après ».

Seulement l’autre, pour être parfois le dernier, ne trouve pas facilement sa place ou si peu. Si la bonne nouvelle de l’Evangile lui offre la première, reconnaissons qu’elle ne nous met pas toujours dans la joie, celle même évoquée par le Pape François dans sa première lettre apostolique du 24 novembre 2013.

Ainsi la Parabole des ouvriers de la dernière heure suscite bien des crispations avec des grands mots comme celui de l’injustice, mais pour qui ? Il ne nous est pas enlevé notre place mais il nous est demandé de veiller à donner place à ceux qui ne l’ont pas ou plus.

Le prendre-soin commence par le changement de regard.

Ainsi dans la parabole, le maître de maison ‑ entendons de la Maison Commune ‑ s’inquiète de ceux que nous nommons les décrochés ». Pourquoi êtes-vous restés sans rien faire » ? Personne ne nous a embauchés. Ils sont ces oubliés, si nombreux. Ce texte de 2000 ans n’a pas pris une ride.

Quand vient l’heure de verser la rétribution, l’intendant s’entend dire par le maître de la vigne : tu commenceras par les derniers, ébahis par la somme qui leur est versée. Un inattendu. Les premiers, au lieu de s’émerveiller de la générosité du maître, entrent dans une colère considérant qu’ils ont été floués, alors même que l’accord conclu a été scrupuleusement respecté.

Pourquoi le maître a-t-il souhaité que les derniers reçoivent en premier leur gratification ? Pour qu’ils s’émerveillent, non pas seulement de sa libéralité, mais s’ouvrent à la joie de participer à cette générosité de par leur engagement.

Cette perspective n’est pas celle des premiers. Ils travaillaient pour eux. Qu’importe l’autre, le démuni. Aucune place pour une réflexion éthique, leur jugement s’établit sur une justice qu’ils confondent avec leur avoir.

Qu’est-ce que la justice quand elle n’est pas traversée par la générosité.

Je pense à cette famille exilée de 4 enfants dont le dernier, âgé de 4 ans, vient de se noyer. Les drames souvent ne sont pas isolés. La maman devient aveugle en raison d’une maladie cécitante. Hébergé dans un squat, ce foyer recherche un logement décent, mais là encore, les derniers sont ceux qui ont le plus de difficultés à bénéficier de l’habitat social. Un comble !

Le texte de la parabole établit un ordre dans ce désordre sociétal et moral. Si sa perspective conserve, hélas, une absolue acuité, reconnaissons que nous ne sommes pas prêts à aller jusque-là, faire ce détour vers les derniers qui, seuls, peuvent nous détourner de ce qui nous enferme.

La Parabole est celle d’une liberté, un éclat de vie, marquée par un prendre-soin se révélant aussi un éclat d’humanité.

A ce détour, ne sommes-nous pas appelés.

Bernard Devert

22 septembre 2020

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