Parabole des talents.

Je vous le déclare, dit Jésus, on donnera à celui qui a mais, à celui qui n’a rien, on enlèvera ce qu’il a.

Ai-je bien lu ou entendu ? La parole dans une première lecture est surprenante, choquante même, d’autant que Matthieu ajoute que celui qui n’est bon à rien sera jeté dans les ténèbres extérieurs. Le bon à rien serait-il celui qui n’a rien, ce qui, tragiquement, est souvent le propos de ce monde !

Qui plus est, le Maître exige que ce qui est enlevé soit donné à celui qui a le plus, d’où le propos étonné et justement scandalisé des disciples : « mais, Seigneur, il a dix fois plus » ! La Bonne Nouvelle n’a jamais été j’ai, je possède mais plutôt je donne, je me donne.

Le Général de Gaulle, dont on vient de célébrer le 50ème anniversaire de la mort, dira dans une de ses conférences : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Celle du Royaume moins encore ! Et si corbeille il y a, n’est-elle pas celle de la trace heureuse de notre nouvelle naissance, s’agissant de devenir un enfant pour entrer dans la vie nouvelle !

L’Evangile jamais ne s’est présenté – et pas davantage ici, bien au contraire – comme l’éloge de l’accumulation des biens, ce toboggan risquant de jeter celui qui a dans un tohu-bohu. Là précisément, des alternatives se font jour avec l’entrepreneuriat comme ‘l’Entreprise des Possibles’, Habitat et Humanisme et bien des acteurs ouvrant des perspectives créatrices de solidarité pour conférer à l’argent sa place de serviteur.

Gardons, comme clé de lecture, les Béatitudes : Heureux les pauvres ! Qu’est-ce qu’être pauvre, sinon être désencombré de soi.

La perspective de la parabole est de montrer que celui qui n’a rien est celui qui est en rupture d’amitié avec lui-même et souvent les autres. Il est perdu, il a perdu ses moyens et ne peut ni recevoir, ni donner. Qui ne l’éprouve pas quand le cœur est lourd, troublé par la trahison ou simplement l’absence de confiance, mais aussi le doute qui assaille jusqu’à plonger dans la nuit.

Christ opère ici un renversement. A celui qui a – au sens évangélique – Il demande qu’on donne ce que l’autre ne peut ni porter, ni supporter, jusqu’à ne pouvoir se supporter.

Cette parabole est l’éloge de la fraternité.

« Enlevez-lui ce qui le mine ». Dans la bible, ce mot fait référence à une somme d’argent et à un poids (300g). Christ vient ‘déminer’ la situation de celui qui ne peut plus porter. Enlevez-lui ce qui le ruine parce que trop, c’est trop. Une mine (300g) ce n’est rien, mais ne dit-on pas que c’est la goutte qui fait déborder le vase !

A ces mamans à la rue, riches de leur maternité, l’Entreprise des Possibles et Habitat et Humanisme enlèvent le poids de la souffrance- qui les mine – : ne point pouvoir protéger leurs enfants. Accueillant leur vie qui n’a pas de prix – comme toute vie- leur est offert un espace inattendu leur permettant de se reconstruire.

Que de situations de cet ordre avec la crise sanitaire où des soignants n’en peuvent plus – non parce qu’ils ne sont pas capables – mais parce que le poids excessif de leur engagement a dépassé les limites.

Qui n’a pas connu – ou connaît – un burn-out sur le plan humain, voire spirituel. Alors, les blessures sont telles qu’elles ne permettent plus d’avancer. Entendons ici la Parole de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le poids du fardeau ».

La Bonne Nouvelle jamais n’écrase, toujours elle relève pour être une invitation à vivre autrement. N’est-ce pas cela recommencer pour éviter, et l’usure du temps, et même l’usure de la foi.

Deux pouvoirs sont dominants, le mal qui fait mal, le temps qui use et nous use. Quel avenir alors ? Le pouvoir du cœur qui, souvent, ouvre sur des inattendus venant déminer ce qui jusque-là semblait justement perdu.

Voilà l’Evangile, tout l’Evangile

Qui d’entre nous ne découvre pas la joie d’une libération, pour se voir appelé à se reconstruire et à bâtir sa vie autrement. Il y a ces dettes morales qui écrasent. Or, qu’est-ce que le pardon si ce n’est ce qui vient ‘déminer’ le mur, au moins le lézarder, ouvrant une fissure, un passage qui n’est autre qu’une pâque.

Heureux, sommes-nous quand les culpabilités s’estompent, quand les dettes s’effacent pour s’appuyer, non pas sur ce que l’on a, ni même sur ce que l’on est, mais sur ce que l’on devient, forts d’un amour qui fait de nous des êtres libres.

Bernard Devert

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