L’accueil des réfugiés pour un sursaut de fraternité

Il y a 5 ans, Habitat et Humanisme s’engageait dans une activité qu’il connaissait alors mal, l’accueil de réfugiés. Il lui était apparu indécent, déshumanisant, de passer son chemin, alors que des frères se trouvaient sans toit, comme à la Porte de la Chapelle, s’entassant sur des trottoirs, après de longs mois d’exil, espérant trouver des lieux d’humanité.

A briser l’espérance, on fait voler en éclat ce qui nous construit en humanité.

La 1ère opération fut à Bonnelles dans les Yvelines. Je n’oublierai jamais l’accueil de ces cinq religieuses, dont deux touchées par la maladie d’Alzheimer ; elles nous ont ouvert plus que les portes de leur monastère, leur cœur.

En ce jour où j’écris cet édito, j’ai célébré ce matin Dieu trinitaire, non solitaire, mais solidaire des hommes, de tous les hommes. Cette solidarité, les sœurs nous l’ont partagée comme le maire de Bonnelles qui, après quelques hésitations, fit exister magnifiquement ce lieu dans une dynamique témoignant de l’intelligence de l’autre.

Ces réfugiés, des frères, sont venus sur nos territoires pour fuir la barbarie. J’ose dire que ne pas les accueillir eut été, d’une certaine façon, ajouter de la passivité à une violence abjecte ; rester humain et le demeurer, nécessite de ne point pactiser avec elle.

Le moins que nous puissions faire – je n’ose pas ici employer le mot résistance – est de leur offrir une hospitalité.

Ces réfugiés ne sont pas des voyageurs. Ils ont vu, de leurs yeux vus la folie meurtrière qui s’est emparée de sauvages qui saccagent, violent, tuent.

Nous avons accueilli plus de 300 familles yézidies. Quand je dis ‘familles’, il faudrait dire ‘familles amputées’ ; ces épouses violées, massacrées ont dû assister à l’assassinat de leurs maris devant elles et leurs enfants.

Que de réfugiés sont parfois marqués dans leur corps, toujours dans leur âme, par ces coups et blessures.

Fallait-il détourner les yeux ou dire je ne savais pas. Impossible ! Le monde est un village. Quand les ignobles vilénies, les atrocités ne trouvent pas de remparts, alors les abîmes se creusent et la bête immonde trouve la place qu’elle guette et recherche.

L’opinion est parfois instrumentalisée par des relais qui se servent de l’insécurité comme d’un moyen pour justifier le refus d’offrir l’hospitalité à ces hommes qui ont connu le vertige d’un mal nauséabond. Jamais il ne s’arrête ou si peu, ce qui ne justifie en rien un quelconque fatalisme.

Quelle ignominie de se servir d’eux comme d’un bouc émissaire au service d’une tentative de gagner des voix en bâillonnant l’écoute de la détresse de ces frères meurtris.

Face à l’ivresse de la cruauté, il n’y a pas d’autre attitude que d’être des hommes de paix, non pas des êtres doucereux, peureux, mais combatifs, choisissant d’aller vers ces sommets qui permettent de voir plus loin, non pour prendre du recul, mais recueillir l’énergie nécessaire aux fins de faire reculer ce qui doit l’être.

Là, s’ouvre un chemin moins partagé qu’on ne le souhaiterait, mais sur lequel, malgré tout, bien des femmes et des hommes se risquent, conscients qu’à ne point lutter contre les bassesses, on en ouvre les vannes.

Bernard Devert

4 juin 2021

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