Bonne mère

Un beau film « Bonne mère » de Hafsia Herzi ; il fut remarqué au Festival de Cannes pour avoir reçu le prix « Un certain regard ». Je ne puis m’empêcher de faire un lien entre cette délicate et riche réalisation cinématographique et l’Assomption de Marie.

Halima Benhamed offre une présence ‑ alors qu’elle n’est pas une actrice professionnelle ‑ laissant transparaître une authenticité des émotions, dans un contexte de grande pauvreté sans accablement des spectateurs, comme souligné justement par la critique.

Le film se déroule à Marseille dans une grande cité, comme il y en a des centaines d’autres. Les plus vulnérables y sont entassés dans des machines à loger, au sein desquelles une violence sourde est nourrie par cette autre machine de l’accablement qu’est le commerce de la drogue.

Une économie souterraine, dominée par les stupéfiants qui ne stupéfient personne, tant ils sont prisés, comme échappatoire quotidienne pour se sortir quelques heures d’un destin sans avenir.

Les guetteurs de ce néant imposent leur loi, esclaves de leurs tristes maîtres se cachant pour se protéger sans perdre de leur pouvoir de manipulation et d’instrumentalisation, aux fins de développer un commerce facile sur une terre devenue à dessein infertile pour les vraies richesses.

Une mère seule, une bonne mère, confrontée à des conditions de vie difficiles : des ménages, dans une grande entreprise, effectués à des horaires qui flirtent avec l’aube, puis le chômage ; des enfants, adolescents, en proie au doute, aggravé par la ghettoïsation de ces quartiers qui ne sont pas seulement perdus pour la République mais qui perdent ceux qui y vivent.

Un des fils est en prison ; sa mère cherche à l’en sortir.

Cette femme, sans s’évader du réel, est enracinée si profondément dans sa vocation de mère que tout son comportement est libérateur. Elle offre non seulement à sa famille mais aussi à son environnement, une source, une fraîcheur éveillant à de possibles recommencements.

Rien ne lui est épargné, mais la vie qu’elle ne cesse de donner la fait naître à des inattendus, permettant aux siens d’entrevoir une clarté dans la nuit traversée.

Halima Benhamed se frotte contre le fatalisme et les indifférences, cause de tant de malheurs, mais aussi frotte ‑ dans tous les sens du terme ‑ pour rejeter les vilénies. Un moment, avec une certaine lassitude, elle dit : « je sais, je suis la boniche ».

Non, elle est une grande dame.

Une grande dame, isolée, agissant de telle façon que le fléau s’infléchit vers ce qui crée de la dignité ; elle y parvient, mettant sur le plateau trop souvent vide beaucoup d’amour qui, s’il n’encombre pas le monde, pourtant le change.

Une bonne mère, une mère courage qui, humainement, aurait quelques raisons d’être dépassée par ce qu’il lui faut vivre, ne trouvant d’autres appuis que l’immensité de sa générosité. C’est là, le point oméga qui transforme tout, d’où cette lumière diaphane dont ses enfants sont témoins pour entrevoir des perspectives impensables et impensées.

Cette mère est une source jaillissante ; elle éteint le feu du désarroi et du désespoir, ouvrant un passage, celui d’une libération parce que, profondément bonne, c’est-à-dire existentiellement mère, elle transfigure les relations à partir de son regard magnifiquement humain.

L’audace de son ‘oui’ à la vie est si libérant et libéré que des murs se lézardent et même craquent, laissant place – quel souffle – à une assomption, née d’un amour désarmant et bouleversant.

La « Bonne Mère » à Marseille ‑ mais pas seulement ‑ n’est-elle pas pour beaucoup Marie ou Myriam vers qui on se tourne, souvent à l’heure du tragique, pour trouver une Mère qui fait naître l’inespéré. Alors s’esquisse la promesse d’un autre chemin, celui de ce fiat, sésame éternel d’une vie renouvelée.

Oui, tout est grâce.

Bernard Devert

Août 2021

Bernard Devert
15 août 2021

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