Une femme, Pauline Jaricot, initie au 19ème siècle l’économie solidaire

L’aventure humaine et spirituelle de Pauline Jaricot s’éveille lorsqu’elle atteint l’âge de 17 ans, touchée en 1816 par une homélie prononcée par le Père Jean Wendel Würt, vicaire de la paroisse Saint Nizier. Il deviendra son accompagnateur spirituel qu’elle surnommera, ‘Ananie’, du nom de celui qui reçut et baptisa Paul après sa conversion sur le chemin de Damas.

Pauline est née dans une famille très aisée de la bourgeoisie lyonnaise, elle est guettée par les dangers de la mondanité, d’autant que l’époque est celle d’une certaine frivolité dans ce temps post-révolutionnaire.

L’éveil de la foi est pour Pauline un réveil d’humanité. La foi sans les œuvres n’est-elle pas tout à fait morte, dit Saint Jacques.

Si Pauline dit avoir « tout appris au pied de l’autel », elle n’envisage pas d’entrer dans une Congrégation religieuse. Sa vocation est d’être une laïque missionnaire, saisissant un appel à transformer la société, plus encore l’industrie. Elle est seule ; que de herses vont se lever sur son chemin !

Sa mission visionnaire est considérée comme une folie !

Avec la faillite de l’usine de Rustrel, Pauline connaît l’infortune. Buvant le calice jusqu’à la lie, elle est confrontée à l’extrême pauvreté, l’indigence. Femme d’honneur, elle donnera tout, absolument tout, aux fins de payer ses dettes.

Celle qui a soutenu les plus fragiles, ne disposera pas du soutien de ceux dont elle pouvait espérer un accompagnement.

Jean-Paul II, lors de sa visite à Lyon, eut cette interrogation : pourquoi donc Pauline Jaricot fut-elle si peu aimée des lyonnais ? Deux raisons : son audace de vouloir faire changer la société et le déshonneur d’une faillite qui ne lui sera pas pardonnée.

L’hostilité l’accompagnera, entretenue par des escrocs qui lui furent présentés par des hommes, dits de bien, dont le discernement était pour le moins douteux, complices de ceux qui voulaient la faire tomber.

Sa béatification nous invite à regarder sa vie marquée par une constante attention à innover, non seulement pour protéger mais aussi pour lutter contre les causes de la pauvreté. Elle a la foi d’Abraham et la patience de Job, prenant le risque de relever les défis. Une âme de feu !

Pauline Jaricot est un des pionniers du catholicisme social et de cette économie « autrement » suscitant des entreprises solidaires ou ‘à mission’.

Pendant longtemps, il fut sage de distinguer, plus encore de séparer les affaires de la générosité ; Pauline Jaricot est en avance de près de 150 ans par rapport à ce qui est balbutié à partir de la seconde moitié du 20ème siècle où s’introduit l’investissement social responsable.

Pour Pauline, les pauvres ne sauraient attendre le ruissellement de ceux qui s’enrichissent ; ils doivent être leurs associés pour bénéficier d’une juste croissance. Telle est sa détermination qui explique son courage d’entreprendre malgré les périls.

Pauline est ce Petit Prince venu déranger des hommes affairés, si sûrs d’eux-mêmes qu’ils n’entrevoyaient pas la fragilité que leur entreprise faisait naître. Alors, sur leur chemin, une femme qui connut celui de Damas fit sienne dans sa chair la parole de Paul : « c’est quand je suis faible que je suis fort ».

Avec la béatification de Pauline, c’est la nouvelle économie qui trouve une source ; d’aucuns la désignent comme une utopie ; peut-être, mais elle a pour finalité de donner du sens en facilitant la création de ces biens essentiels qui, pour manquer, assèchent l’espoir des plus vulnérables.

Il est juste que la béatification de Pauline intervienne à Lyon, sa ville, où il lui fallut subir tant de haines pour avoir pris le risque d’aimer, d’aimer absolument.

Croyant ou non, une telle figure d’humanité honore Lyon, capitale de l’humanisme, ville des possibles.

Bernard Devert

22 mai 2022

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