Résister, la voie pour un humanisme toujours à chercher

Habitat et Humanisme se présente comme un Mouvement de résistance. Je ne pense pas que ce mot soit usurpé.

Notre action n’est-elle pas un combat permanent pour susciter plus de diversité sociale.

Notre vocation : apporter un soin à des femmes et des hommes blessés par les accidents de la vie mais aussi par trop d’iniquités mettant en souffrance la cohésion de la Nation. La France, Pays des Droits de l’Homme, doit demeurer une grande école de la fraternité ; elle ne l’est que si concrètement elle contribue à faire tomber les murailles du mépris et de la violence.

Avec bien des insuffisances, certes, nous apportons une petite pierre à ce bel édifice d’un monde plus juste.

Dans cet édito, je voudrais vous partager la chance qui fut la mienne de rencontrer un grand résistant, Claude Alphandéry. Je viens de lui adresser la lettre ci-dessous pour son 100ème anniversaire.

Il est un grand ami d’Edgar Morin. Tous deux partageant la même passion d’une voix toujours à chercher, ils demeurent – quelle jeunesse – des combattants de l’espoir.

Cher Claude, l’amitié, l’affection et la reconnaissance étaient au rendez-vous de ton anniversaire. Un moment qui restera dans les annales, plus encore, dans les cœurs.

Tu es un juste. Tu l’as été pour entrer en résistance contre le nazisme. Tu l’as été aussi contre toutes les violences et les idéologies qui massacrent l’homme. Tu t’es élevé contre la misère en plaçant le défi où il devait être, ne rien lâcher sur ses causes, refusant les idées de ruissellement qui ne sont qu’alibis.

Juste, tu t’es investi dans une économie humanisée, d’où l’Economie Sociale et Solidaire que tu as suscitée, promue et défendue. Tu en es l’auteur et le prophète.

Hier, tu rappelais que ce qui est juste ne se trouve pas dans les allées du pouvoir, mais dans ces lieux de résistance que sont les maquis où les partisans de l’humanisme se laissent habiter par ce cri qui surgit dès la création du monde « et les autres ».

Cette vigilance bâtit une justice qui interdit de se laisser habituer par ce qui nourrit les fatalismes et les compromissions.

Camus fut très critiqué par le fait qu’il ait pu dire lors de la conférence de presse qui suivit la remise de son prix Nobel « je crois en la justice mais, je défendrai ma mère avant la justice ». Ce n’était pas seulement un mot d’auteur comme le laissa entendre Raymond Aron, mais une parole d’une infinie exigence, celle de la tendresse à l’égard d’une mère qui ne savait pas lire mais avait donné à son fils ce goût de l’autre et de la liberté.

Cette liberté est la boussole de ta vie. En t’écoutant hier et en te regardant, j’étais impressionné par cette lumière qui transparaissait dans une simplicité désarmante.

Seuls, les grands ne se laissent point enfermer par le pouvoir. Tu l’as reçu par ce que tu es et que tu as mais tu ne l’as point instrumentalisé pour donner le primat à la liberté intérieure, source de toute résistance, celle qui éveille les grands espaces.

Etait-ce ton centième anniversaire qui nous réunissait ? Pas seulement, mais ce souffle que tu nous as donné comme visionnaire pour nous entraîner vers le grand large.

Tu nous invitais cher Claude, et je reprends tes mots qui, comme toi, ne vieilliront pas pour être la source d’un dynamisme qui brise les replis sur soi si mortifères.

Retrouvons l’élan de la Résistance. Puissent nos initiatives, nos associations, nos entreprises sociales et solidaires être les maquis d’aujourd’hui !!

Bernard Devert

Juin 2022

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