Risquer un « oui » pour ne point brûler l’espérance

Cet été chaud, par trois fois caniculaire, invite notre monde à prendre la mesure d’une urgence pour qu’il ne sombre point dans un état crépusculaire et nos Sociétés dans l’accablement d’un défaitisme. Il s’agit moins de notre avenir que de celui de nos enfants.

Ce « oui » à la vie ne me semble pas indifférent au fiat de Marie.

La planète souffre, les personnes vulnérables plus encore, tant la crise écologique et environnementale blesse le corps social.

Il nous souvient, lors de l’Assemblée Plénière du 4ème Sommet de la Terre, tenue le 2 septembre 2002 à Johannesburg, de l’allocution prononcée par Jacques Chirac : « la Maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Au cours de ces 20 ans, les regards ont quelque peu changé, d’où des avancées avec notamment les accords de Paris. Toutefois, les changements programmés ont pris du retard, les intérêts particuliers des Nations l’emportant sur les soins à apporter pour résoudre un drame brûlant, annoncé et avéré.

L’Encyclique « Laudato Si » du pape François s’est révélée dès sa publication le 24 mai 2015, une chance pour la mise en œuvre d’un nouvel équilibre sociétal. Le cri de la terre et celui des pauvres, un même cri dont la clameur est recueillie comme le mal-logement, à l’aune du thermomètre !

Finalement, un grand absent, le Petit Prince ! Ne nous a-t-il pas ouvert un chemin, en visitant les planètes, telle la cinquième. Toute petite, elle fut pour lui infiniment grande, la regardant avec son cœur illuminé par l’allumeur de réverbère, l’être le plus intéressant, dira-t-il, de tous ceux jusque-là rencontrés pour s’occuper « d’autre chose que de soi-même » ; il ajouta : « il est le seul dont j’eusse pu faire mon ami ».

Notre « planète terre » a besoin d’allumeurs de réverbères qui savent éclairer et réveiller l’infini qui habite chaque être. Seulement, un tel regard suppose de voir avec le cœur, ou un cœur mis à nu (Baudelaire).

Encombrés, nous privilégions ce qui est fort sans nous soucier de ce qui est juste ; c’est ainsi que nous passons à côté d’une créativité, fruit du cœur et de l’Esprit, pour ne pas voir les choses avec la sagesse et de la justesse du poète : « Le réel est étroit, le possible est immense » (Lamartine).

Ce réel étroit s’avère toxique. Il nous habitue aux médiocrités qui anesthésient l’humiliation quand nous saisissons furtivement que, trop installés, nous sommes peu décidés à risquer l’immensité des possibles.

Bernanos dit justement que les grandes humiliations, les humiliations capitales ne sont pas à la mesure de beaucoup d’âmes. Sans doute !  Cependant, nous n’échappons pas à la tristesse née de la culture de mort qui rampe et s’étale avec l’aisance que nourrissent ces réseaux qui martèlent le doute, se moquent du bien, ouvrant les vannes d’un complotisme déferlant.

Le possible est-il absent, non. Il se construit dans le silence et le désintéressement, signe de la grâce toujours discrète d’une assomption qui, seule, permet de rejeter les vilénies et les facilités.

Quel est dans l’histoire l’être qui a vécu cette assomption ; une femme, une mère, infiniment mère ; d’aucuns la célébreront ce 15 août.

Marie, Myriam, une mère, vers qui, croyants ou pas se tournent dans les heures de grande épreuve et de tourmente.

Qui est-elle ? Une mère qui, entre toutes, a risqué ce « oui » en réponse à une Parole déroutante par rapport au réel pour introduire l’infini d’un possible, donner la vie à l’auteur de la vie.

Ce « oui » transforme les relations pour mettre au plus haut ceux que le réel désigne comme étant rien, pour n’avoir rien ou si peu.

Ce « oui » est renversant. Le fort n’est plus ce que l’on pense, il est enfin ce qui est juste. L’arrogance de la puissance perd de son acuité, fut-elle accompagnée pas des discours et images qui tournent en boucle pour manipuler les esprits.

Ce monde s’agite, tourne en rond, malade de vouloir toujours plus et plus vite, sans s’inquiéter de ceux qui n’ont rien ou si peu.

Il n’est pas indifférent de rappeler que le mot hébreux « Choliy » signifie maladie, et aussi tourner en rond.

Prononcer ce ‘oui’, c’est dire non au défaitisme pour rechercher ce qui soigne et guérit d’une lèpre contagieuse.

Quelle souffrance d’entendre des jeunes dire je ne veux pas donner la vie, ce monde leur apparaissant clos, fini, sans avenir.

L’urgence n’est-elle pas de se relever. Aurions-nous peur d’entendre ce « oui » et de le faire nôtre avec tous les affamés de justice pour rechercher l’immensité de ce possible qui actualise la promesse faite à nos pères.

Que de « oui » s’exprimeront le 15 août

Hervé, un membre de la famille d’Antoine de Saint-Exupéry, écrit : « la sainteté est dans l’air ». Oui, elle est celle d’une multitude qui, avec un cœur d’enfant, comprend qu’un changement de paradigme s’impose.

Qui n’entend pas cette recherche du sens, sésame de l’avenir, ce « oui » à prononcer pour habiter la Parole nous détournant de ce qui ferme, nous enferme.

Belle fête de l’Assomption.

Bernard Devert

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