Chaque jour, j’appelle le 115, m’écrit une maman de 6 enfants, bientôt d’un septième qui doit naître fin août. Sa situation, un chaos, dit-elle, est liée au fait que son mari a perdu son emploi. Les dettes de loyer et les charges du foyer devenues impossibles à assumer, il s’en est suivie une expulsion avec comme conséquence, la rue, ajoutant encore de la violence à une situation qui n’en manquait pas.
Notre couple dit-elle, n’a malheureusement pas résisté à l’épreuve, je me retrouve seule avec mes enfants scolarisés dans le 15ème arrondissement de Paris.
Auxiliaire de vie, elle bénéficie d’un CDI. Actuellement, confrontée à une grossesse qui nécessite un suivi médical, d’où son congés maladie.
Chaque jour, cette maman dans l’angoisse s’entend dire vous êtes trop nombreux, il n’y a pas de place pour vous. La salle commune, c’est sa voiture, parfois un accueil dans une salle d’attente au sein des services d’urgence des hôpitaux !
Ces mots, il n’y a pas de place, ne peuvent laisser personne indifférent. Ils résonnent pour les croyants qui, chaque jour disent cette prière au Père : que ton règne vienne. Non pas une parole passéiste, mais créatrice d’un engagement. La prière ne l’est vraiment que si l’on décide de vivre ce que l’on demande ou espère.
« Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde ».
Ce texte de Saint Exupéry résonne tout particulièrement dans la lettre de notre Pape « Magnifique humanité », laquelle est appelée à construire pour ne laisser personne aux marges. De son expérience vécue au Pérou, Léon XIV précise qu’après les pluies torrentielles survenues en 2017, il comprit que reconstruire ne signifie pas remplacer ce qui a été détruit, mais restaurer la confiance et réveiller l’espérance dans l’avenir.
- Il n’est pas pensable que nous laissions ces enfants sans avenir, ni laisser celui qui va venir au monde sans une protection qui en soit une. Il a celle de l’amour de sa mère mais la société n’a-t-elle pas une responsabilité ? La vie doit être respectée. L’émotion comme trop souvent dans les drames est suivie d’une formule toute faite et usée : « plus jamais ça » et on passe alors à autre chose… Terrible !
Très concrètement, il nous faut ouvrir un chantier, celui d’une hospitalité qui ouvre la fraternité. Habitat et Humanisme en assumera sa part, prenant en charge les travaux de réhabilitation, voire une acquisition à un prix maîtrisé. Encore faut-il trouver un lieu se révélant dans la circonstance un berceau dans tous les sens du mot à commencer par celui d’un déplacement de soi, donnant priorité à l’enfant ? Que va-t-il devenir ?
Impensable que sur ces milliers de logements vacants, il n’y ait pas une maison, un appartement qui ne puisse être proposé, alors que cette maman n’est pas insolvable. Elle a une profession, soignante, et dispose d’un contrat de travail et des allocations.
Avant d’écrire ces quelques mots, je l’ai rejointe par téléphone. Elle présente à la commission ad-hoc un dossier au titre du DAHO (hébergement opposable). Seulement les demandes sont si nombreuses pour revêtir un caractère d’urgence, qu’un risque sérieux demeure pour cette maman de devoir dire encore : chaque jour, j’appelle…
Et ces jours sont ceux du désespoir. Puisse cet SOS être reçu, mettant à distance ces détresses où des êtres ne parviennent plus à retenir ce cri : je coule.
Bernard Devert
Juin 2026
