25ème anniversaire de Péniche Accueil en la fête de François d’Assise

Est-ce le hasard que cet anniversaire soit célébré le jour de la fête de François d’Assise ? Nul doute que cette péniche accueillant les plus vulnérables aurait été chère à son cœur ; souvenons-nous de son poème de la création : Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau, laquelle est très utile et humble.

25 ans, c’est dire que la péniche a tenu le cap d’une hospitalité qui ne se dément pas.

Le temps passant, j’ai oublié quelques noms mais je garde en mémoire les deux premiers fondateurs qui réunirent les Amis de la Rue, les Petits Frères des Pauvres et Habitat et Humanisme, les invitant à monter sur une péniche pour en jeter l’ancre, ce qui ne manqua pas d’en faire couler beaucoup pour que le projet ne sombre pas.

Le ‘Balajo’, tel est son nom, fait mémoire d’un de ses capitaines aimant fréquenter un café dansant portant cette enseigne. L’appellation n’est pas usurpée : sur le pont de la péniche, on continue à faire danser… la fraternité. L’accueil n’est pas triste ; les passagers, jamais guindés, plutôt joyeux, parfois ayant levé le coude, sans trop, afin de ne point risquer de plonger dans le Rhône.

Oui vraiment ; la péniche est un espace de fraternité. Personne n’y ‘fait tapisserie’. Il y a bien longtemps que le Balajo n’a plus de moteur mais les passagers ont une telle énergie qu’ils vivent des traversées avec un enthousiasme jamais à quai.

De combien d’aventures la péniche est-elle témoin ! Elle ne parle pas pour avoir le goût du secret qui est aussi celui de notre ville où elle décida de poser l’ancre pour le bonheur de ceux qui n’en avaient pas ou plus, mais qui mettant le pied sur le Balajo trouvent du réconfort.

Le Balajo est passé sous bien des passerelles et continue, dans cette mémoire qui n’a rien du cabotinage, à jeter des ponts, bâtir des liens qui sont à l’entraide ce que la confluence est à la ville un haut lieu de puissance pour être celui de la convergence. La rive gauche et la rive droite ne mettent pas à quai les courants de pensée, elles les enrichissent. Inouï, le Balajo en porte la trace !

Il y a un peu plus d’un an, les fondateurs ont été appelés après les pompiers pour aider à remettre sur cale le Balajo, victime d’un feu accidentel.

Les subsides recueillis ont été moins puissants que la lance à incendie mais les fondateurs sont restés des lanceurs d’alerte si bien que le Balajo a conservé toute sa vivacité d’accueil ; mieux encore, il bénéficie d’un nouvel espace chaleureux, celui qui vous conduit ce soir à nous réunir.

Alors retenez de mon bavardage un seul mot qui a du sens : ma reconnaissance à l’égard de ceux qui depuis 25 ans, bénévoles, salariés, mais aussi passagers font du Balajo une péniche ancrée dans la tradition lyonnaise d’une solidarité active ; elle fait école.

Bernard Devert

Octobre 2018

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Rendre compte de cette ouverture permettant de régler un peu le compte de l’indifférence

L’hospitalité offerte à des familles Roms par Habitat et Humanisme se termine, suivant les conditions fixées dans la convention régularisée avec l’Etat, le Conseil de l’Europe et deux communes : Saint-Genis les Ollières et Saint-Priest.

Les frontières sont tombées. A l’écoute d’un des Maires, elles sont plutôt lézardées, observant que le climat haineux qui a accompagné l’hébergement de ces familles s’est, au fil des mois, estompé même si, ici et là, quelques relents nauséabonds demeurent.

Devrais-je parler de réussite ‑ je ne sais ‑ mais incontestablement des familles ont trouvé un tremplin pour sortir non seulement physiquement des bidonvilles mais aussi psychologiquement de ce mépris dans lequel elles étaient enfermées.

Il convient de se rappeler que nombre d’entre elles ont vécu parfois 5 ans, voire 7 ans, dans des espaces dont la tolérance est une honte.

Comment peut-on rester indifférents à l’égard d’enfants qui survivent dans un cloaque annihilant tout avenir.

A un horizon plus lumineux nous avons travaillé avec les représentants de l’Etat, d’ATD Quart-Monde et le soutien des Fondations Société Générale, Bettencourt-Schueller, Decitre. De très nombreux sympathisants d’Habitat et Humanisme ont soutenu la cause.

Des salariés et bénévoles impliqués méritent de notre part un grand respect pour la qualité de leur engagement.

L’heure n’est sûrement pas de bouder notre joie de voir que ces enfants, tous scolarisés, s’éveillent à un ‘autrement’ de leur histoire.

Je ne suis pas prêt d’oublier le 23 décembre 2015, date à laquelle des familles Roms entraient dans ces deux villages d’insertion ; nombre d’entre elles n’en revenaient pas d’avoir de l’eau chaude et une douche privative. Ce qui est banal pour nous revêtait un caractère merveilleux.

Un des enfants, d’environ 6 ans, me dit alors : c’est mon plus beau Noël ; quel cadeau !

Trois années, ou presque, pour vivre ensemble un changement de regard, via un programme novateur visant la formation, l’insertion professionnelle et l’éducation des enfants.

Le défi était de taille ; je crois pouvoir dire qu’il a été conjointement relevé.

Il nous faut poursuivre l’accompagnement pour ne point laisser s’installer des échecs ; ils ne manqueront pas d’arriver comme dans toute vie. Cependant, bien de ces familles fragilisées – et comment pourrait-il en être autrement ‑ peuvent être découragées par ces quolibets dont elles sont trop souvent victimes, quand ce ne sont pas des mots blessants, assassinant l’estime de soi si nécessaire pour se construire et se reconstruire.

Au seuil de cette rentrée ces familles entrent dans des perspectives humanisantes ; leur joie est notre joie.

Je tenais à vous la partager ; de tout cœur merci.

Bernard Devert

Promesse

Le rapport d’activité de 2017 s’ouvre sur la photo d’un enfant comme en 2016. Les visages sont différents mais ils sont un même hymne à la vie.

Le sourire de cette petite fille nous désarme. Ne nous invite-t-il pas à habiter la promesse essentielle d’avoir à lui offrir, comme à tout enfant, un monde habitable pour tous.

Au cœur de nos engagements le respect de la vie est une exigence d’autant plus impérieuse que nous nous avançons auprès de ceux que la vie blesse et fragilise. Qu’est-ce qui est le plus fragile, la vie, en son début et en sa fin.

Vous comprendrez – et sans doute apprécierez – notre recherche constante à être conjointement des veilleurs pour cette magnifique mission du « prendre soin ».

Notre conviction est qu’il n’y a pas de ligne d’arrivée mais une ligne de départ. Tout, toujours, commence, recommence.

Le visage de tout enfant déplace les regards. Un magnifique sens est donné à nos existences. Vient alors sur nos lèvres cette parole libérante et décisive : « je te promets de t’accompagner pour que tu deviennes ce que tu es et d’œuvrer pour un monde plus respectueux des fragilités.

L’infini, quelle que soit nos courants de pensées, n’est pas un vague espoir mais un émerveillement si bien exprimé par Charles Péguy. Quelle joie d’observer des enfants s’épanouir. A l’inverse, quelle amère tristesse de voir des enfants accablés par des malheurs qui devraient leur être épargnés.

La confiance et la sécurité offertes à l’enfant sont un capital inépuisable d’amour qui, dans les moments les plus difficiles de son histoire, se révèlera une « oasis » à travers les inévitables déserts.

Au moment où j’écris ces lignes, une jeune femme accueillie au sein d’Habitat et Humanisme m’exprimait ses craintes quant à son avenir et son doute sur le sens de la vie. L’invitant à entrer dans une relation de confiance, elle me répondit : « personne jamais ne m’a fait confiance ». Terrible !

L’estime est un sommet de la promesse. Il est de ces cimes qui ne s’atteignent qu’avec des guides expérimentés qui, pour donner précisément confiance, permettent d’aller plus loin. Seuls, avec nos craintes et nos doutes sur nous-mêmes, nous n’irions pas.

La vie est réussie dans la mémoire de la confiance reçue et celle-là même accordée ; j’existe pour un autre et réciproquement. La solitude est brisée.

La petite fille de notre photo, tenant dans sa main un jouet en forme de clé, s’amuse à faire des bulles qui, en même temps qu’elles éclatent, signent un envol et une lumière.

Les bulles à l’âge adulte sont parfois des lieux d’installation, d’arrivée – mais vers quoi. Restons sur la ligne de départ, celle d’un enthousiasme pour bâtir des solidarités actives.

Il est de ces bulles financières, économiques, immobilières qui, relevant d’une surchauffe, éclatent. Les marchés sombrent avec la cohorte des dérives qui s’ensuivent. Refusant ces bulles, nous nous éloignons du virtuel pour une économie du réel, indemne de toute surchauffe tant les besoins vitaux appellent à une économie généreuse et enthousiaste pour lutter contre les causes de la misère.

Cette année nous veillerons à être plus attentifs à ne rien céder sur ce qui détruit l’esprit d’enfance, condamnant les plus pauvres à une double peine : un présent difficile compromettant tout avenir. Quelle iniquité que de naître si pauvre, jusqu’à ne point pouvoir connaître un autrement dans sa vie.

Oui, vraiment il est essentiel d’offrir à tout enfant la promesse que sa ligne de départ ne se confond pas avec une ligne d’arrivée, envahie par ce défaitiste condamnant l’avenir.

Ensemble, nous ne l’acceptons pas. Ce refus ne nous enchaîne pas dans un pessimisme mais libère ce oui vital de l’âme et/ou de l’esprit. Tout est ouvert.

Bernard Devert

 

Veiller pour devenir meilleur

Juin est le mois des Assemblées Générales : il s’agit de rendre compte et d’évaluer ce qu’il faut poursuivre pour réduire les situations de précarité et de misère.

Notre rapport d’activité s’ouvre sur la photo d’un petit enfant. Tout un programme. Son regard traduit la confiance : il se sait protégé pour être aimé. Ses yeux amusés donnent à entrevoir une joie insouciante ; elle fait du bien.

Cet enfant, heureusement, ne se pose pas de question. En revanche, il nous invite – et c’est notre responsabilité – à nous demander ce que deviendront tous ces gosses abimés par la misère. Cette attention réveille en nous l’éternelle enfance, source du meilleur de soi-même.

Les différentes opérations présentées ne valent que par le bonheur qu’elles procurent aux familles qui ont trouvé un habitat décent. Je garde en mémoire la joie de cet enfant : « maman, maman, j’ai une chambre ! ». Tout un univers s’ouvre.

Que d’enfants aimeraient avoir ce bonheur ! Tristesse de ne pas pouvoir le leur offrir !

Dans l’assemblée des questions surgissent, traduisant la juste impatience d’en finir avec ces situations du mal logement : Que faire pour aller plus loin, pour que l’enfance ne soit pas abimée ?

Il n’y a pas de réponse toute faite, tant le malheur, hélas, nous résiste. L’assemblée est ‘secouée’, non point par une voix docte qui sait, mais par le jaillissement d’une attente : être des veilleurs pour devenir meilleurs. Quelle fraîcheur !

J’entends cet homme au soir de son existence me dire : « plus j’avance en âge, plus je suis optimiste ». Il a fait un choix – il est le nôtre – aller vers les berceaux de la vie qui, seuls, éloignent des linceuls.

Marion Muller-Colard dans son opuscule, Le plein silence, dit :

 « Au bord de mon lit s’assoit le Maître et je voudrais pouvoir faire bouger mes lèvres pour décliner la leçon d’aujourd’hui.

 Mais la leçon est terminée, me dit-il. L’as-tu au moins comprise ? Tu ne peux pas être première car ici, il n’y a pas de ligne d ‘arrivée ».

 Oui, il n’y a qu’une ligne, celle du départ où, chaque jour, chacun essaie de commencer, de recommencer pour détruire le pessimisme qui voudrait nous faire croire que l’amour jamais ne gagnera.

« Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit ». Un Esprit qui nous dépossède de nos certitudes, de nos amertumes, de nos refus ou de ces propositions défaitistes : on a déjà essayé ; et alors…vivre n’est-ce pas précisément toujours tisser de nouveaux liens.

L’esprit d’enfance ne serait-ce pas cette liberté, nous éloignant des enclos nourrissant les peurs et l’entre-soi.

Bernard Devert

Juin 2018

L’urgence

L’urgence est bafouée. Force est de constater que nous ne sommes pas pressés pour y répondre. Aucune contrainte, sauf celle de se sentir malgré tout appelés à l’évoquer sur un ton hérissé, le plus haut possible, afin de ne pas trop laisser transparaître l’indifférence ou la lassitude.

Si des personnes doivent être lasses ou en colère, ce sont bien celles qui subissant l’inacceptable, recueillant des promesses, jamais ou si peu tenues quant à la fin de leur exclusion.

L’urgence est le masque de nos alibis. Nous ne sommes pas pauvres de mots pour préconiser des actions ; serions –nous naïfs, pire cyniques, pour imaginer que l’indignation est suffisante pour réunir les conditions d’une mobilisation mettant fin à l’inacceptable.

Un des nombreux drames de notre société est celui qui touche les adultes mais aussi les enfants condamnés à la rue.

Il faut être clair, le refus du toit, c’est le refus d’un laisser vivre. La rue non seulement abime mais tue. Un crime collectif qui, à force d’être nommé, est banalisé au point que les victimes sont même montrées comme les coupables.

La parabole du Bon Samaritain, dans le Livre qui appartient à tous pour être celui de l’humanité, met en scène un homme roué de coups par les brigands. Ils l’ont laissé là, à moitié mort, au bord du chemin.

Que faisons-nous ? Si nous ne portons pas directement les coups, reconnaissons que nous sommes peu enclins à protéger les plus pauvres. Qu’il me soit ici permis de saluer l’action menée par le SAMU social, tous les dispositifs de maraudes, palliant autant qu’ils le peuvent le tragique de ces situations.

L’assistance à personne en danger n’a pas de sens quand elle s’étale sur des mois, des années avec un sursaut hivernal qui ne règle rien.

Deux hommes de bien, le lévite, le prêtre, sont si occupés qu’ils n’ont pas le temps. La réponse aux urgences souligne toujours nos priorités.

Un troisième homme, étranger, qui ne bénéficie pas de la meilleure opinion des deux premiers, s’approche, toute affaire cessante. Son heure est de se mettre à disposition de ce blessé pour le sortir d’un mauvais pas.

Pour répondre à l’urgence, la fraternité née du partage des fragilités se révèle la condition pour agir.

Accompagnant de grands malades, j’ai souvent entendu de ceux, soudainement touchés dans leur santé, une approche nouvelle de l’urgence. Les horloges s’arrêtent ou, selon, s’affolent. L’urgence traverse toutes les heures. Impossible de ne plus entendre la question que faire, enfouie jusque-là par les sur-occupations de l’inessentiel.

Le risque de quitter cette rive suscite une relation d’empathie avec ceux qui, sur cette même rive, sont depuis longtemps au bord des précipices. L’expression qui m’a été le plus partagée par les malades est : « je suis passé à côté », comme le lévite et le prêtre de la parabole. Une posture bien partagée ; elle est aussi la mienne.

Marion Muller-Collar, dans son petit livre, Le plein silence, écrit : « j’ai toujours évalué ma santé spirituelle au tensiomètre de la mort…Entrer enfin à l’école maternelle de Dieu et, comme b et a font ba, apprendre que le peu est le terreau de la plénitude ».

Bernard Devert

Juin 2018

Lyon, terre des escales

Stéphane Hessel, cet homme magnifiquement engagé, sut rappeler la nécessité non seulement de s’indigner, mais aussi de se mobiliser. Partageant avec Edgar Morin, autre grand penseur, la volonté de faire bouger les lignes, ils écrivirent en 2011 un petit livre riche d’ouverture, sous le titre Le chemin de l’espérance.

Cette espérance, si nous ne voulons pas la déserter, ou simplement la rêver, conduit à créer des lieux qui favorisent les liens. Dans cette perspective, ces deux intellectuels imaginaient la construction de maisons de la fraternité.

Ces maisons voient le jour avec l’habitat partagé et intergénérationnel, ou encore les escales solidaires.

Habitat et Humanisme inaugurait ce 11 juin une deuxième escale, rue Tronchet, dans un des quartiers les plus favorisés de Lyon à 200 m de l’entrée du parc de la Tête d’Or.

Le Tout-Lyon était là en présence du Préfet à l’Egalité des Chances, du Maire de Lyon, des représentants de la Région, de la Métropole et de nombreux élus. Ce « Tout-Lyon », c’est Lyon, capitale de l’humanisme qui, toujours très pudique, garde cet esprit de résistance : agir plutôt que de discourir.

Il est de ces moments où il est bon de se rassembler non point pour se congratuler, mais pour partager une joie, née de ces avancées sociales. Ne sont-elles pas le fruit d’une détermination à ne rien céder pour que l’humanisme demeure ce qu’il sera toujours : une vigilante attention à ceux que la vie blesse.

Lyon, la secrète, bouge. Aussi, ces escales solidaires lui ressemblent. Le mot a le goût du voyage, du déplacement. Grands sont les horizons de cette Ville ; n’est-elle pas celle qui a créé la route de la soie pour conduire vers des lointains ; elle est aussi la cité où Saint-Exupéry est né, l’homme des escales qui ne furent pas indifférents à son livre « Terre des hommes ».

L’escale, c’est une terre d’humanité en genèse, en mouvement.

Avec les escales, surgit la vision des ports, des aéroports et leurs grandes installations avec des points lumineux que sont les balises offrant visibilité et sécurité.

Faire escale, c’est déjà être dépaysé, une aventure se profile, la rencontre souvent de l’inconnu qu’il s’agit, non point d’affronter, mais d’aborder. Il en est ainsi de ces escales solidaires, des espaces d’accueil pour que la vie et la ville conjuguent l’ouverture dans un esprit de fraternité.

Les visages exprimaient, hier, la joie de faire escale au centre de la Ville qui a largement contribué avec la Métropole à l’ouverture d’un nouvel espace qui ne sera pas sans faciliter des voyages intérieurs.

Si « La plaisante sagesse lyonnaise » rappelle que « le bon sens a beau courir les rues, personne lui court après », hier cette escale l’a fait mentir pour être celle du bon sens qui a trouvé place. Ne soyons pas étonnés que d’aucuns se soient déplacés pour faire escale sur ce site.

Une table d’hôtes est ouverte ; des grands chefs étoilés décident d’apporter leur contribution à la qualité de cette hospitalité ; Lyon, ville de la gastronomie, sait dresser les tables de l’hospitalité. Cela risque de « bouchonner » …

Oui, bon voyage dans cette ville sage et audacieuse, traversée par le sens de l’altérité. Que de partages en perspective qui se révèleront quels que soient l’âge et les conditions sociales, une escale pour goûter à l’essentiel, le plus humain, un hymne à la vie.

Bernard Devert

Juin 2018

Quand nos anciens nous invitent à changer pour une Société plus vivante.

Quelle place la personne âgée trouve-t-elle dans la Société, interroge le Comité consultatif national d’éthique dans sa note publiée le 16 mai. La réponse est sévère pour traduire un rejet formulé en terme de séparation, de ghettoïsation.

Le Comité s’interroge sur le fondement justifiant le fait de réduire l’espace d’une personne âgée à une « cellule monacale » et la raison d’une concentration des personnes dépendantes sur un même lieu.

L’observation ne saurait être réduite aux seules personnes âgées ; la Nation ne cesse de créer des espaces séparatifs, pour les vieux, les handicapés, les jeunes, les pauvres et les riches. Les ségrégations, si elles ne sont pas des maltraitances, alors que sont-elles ?

Naturellement, la maltraitance ne procède pas d’une volonté mais d’une attitude passive et peureuse conduisant au refus de l’autre. Les « cases » sont préférées aux espaces ouverts et créatifs de vie.

Le « vivre ensemble » ‑ expression usée pour être peu considérée – s’apparente souvent à une simple juxtaposition, une cohabitation des personnes. Dommage, alors que l’enjeu emporte des potentialités créatrices de richesses. Les divergences, pour être des sons différents, sont des appels vers des accords qui, trouvés, suscitent une harmonie inattendue, souvent inespérée.

L’urbanisme plus inclusif s’impose. Il peut pour partie se décréter mais il doit répondre au désir d’un « faire ensemble » dans cette reconnaissance que nous avons beaucoup à gagner, pour avoir tant de choses à partager.

Cette perspective de fraternité se heurte à un individualisme rampant destructeur de l’idée de personne étouffée par l’individu. Edgar Morin dit que c’est seulement dans la tension entre l’autonomie et la dépendance, l’aptitude et l’insuffisance que naît la personne.

L’individu, enfermé dans ses illusions de puissance et d’autonomie, fait échec à la relation, école du savoir pour accéder au statut de personne.

L’approche de l’hétérogénéité nécessite les conditions d’un apprivoisement, soutenue par le désir d’une plus grande cohérence entre les liens et les lieux sans laquelle la cité, meurtrière de l’humain, porte les traces de l’enfermement, synonyme de maltraitance.

La mixité est un combat permanent ; elle est le traitement contre la maltraitance. Qui n’a pas entendu les barbares arrivent quand l’acte de construire fait place à la diversité sociale, culturelle ou encore : je ne veux pas voir des personnes en fauteuil roulant, des handicapés…

La barbarie, jamais étrangère à la maltraitance, est plus cachée, intériorisée que nous ne le pensons.

Dans « l’espace monacal », suivant l’expression du Comité éthique, il nous faut entendre la sagesse amicale des ‘vieux’ qui viennent nous dire : « ouvrez-vous à la différence, n’ayez pas peur, croyez à la vie ; notre souffrance n’est pas d’être âgés mais de nous sentir abandonnés, à part, comme le sont nos soignants ». Ne leur jetez surtout pas l’opprobre.

Ainsi, se font-ils les défenseurs de leurs soignants qui, dans ces espaces dits adaptés à la retraite

subissent une forme de retrait. Oubliés, leur mission n’est même pas reconnue ou si peu. Quelle maltraitance !

Il faut en finir avec ce mal. Multiplions l’habitat intergénérationnel et l’EHPAD à domicile, moins pour maintenir que pour tenir à cette dimension du risque inhérent à la vie ; l’accueillir en le sécurisant, n’est-ce pas un signe de bienveillance ; il protège de la maltraitance.

Dans l’EHPAD il y a le H de l’habitat, de l’hôpital, de l’hospice, de l’hébergement, de l’hospitalité. Enterrons les H pour n’en garder qu’un seul, l’hospitalité, un seul mot pour dire le lieu où l’on reçoit et où l’on est reçu.

Bernard Devert
Mai 2018