Le logement appelle un choc de l’offre, plus encore un électrochoc des consciences

Ce 30 janvier, M. Gabriel Attal, Premier Ministre, présentait à l’Assemblée Nationale son discours de politique générale. Il reconnaissait la nécessité de créer un choc de l’offre pour sortir d’une crise du logement si aigüe que les relations sociales sont gravement affectées mettant en cause l’unité de la Nation, pourtant une et indivisible.

L’unité n’est pas assurée quand une fraction de la population est assignée à des logements qui crient la ghettoïsation. Il s’ensuit un ressenti amer d’être rien pour n’avoir pas d’autre avenir que de rejoindre les quartiers perdus pour la République.

N’est-ce pas fracturer la cohésion pour laisser plus de 3 000 enfants et 140 000 adultes dormir dans la rue ou bien condamnés à se réfugier dans des squats ; quelle égalité quand plus d’1/4 de la population n’a pas la possibilité de se chauffer. Ils étaient 14% en 2020 ! Quelle liberté quand 330 000 de nos concitoyens sont sans domicile fixe et 4 100 000 sont concernés par le mal logement.

Quelle fraternité pour rester indifférent au fait de cette attente de plusieurs années pour bénéficier dans les grandes villes ou métropoles d’un habitat décent dont le loyer est en cohérence avec les ressources.

Tout est dit, répété à l’envi, mais rien ne bouge ou si peu sauf sur l’hébergement qui concerne 200 000 personnes auxquelles il conviendra bien de proposer un logement.

Une telle situation n’est pas indifférente à une absence de l’aménagement du territoire. Une étude récente, publiée par le baromètre Arthur Loyd, souligne que loin des aspirations post Covid, 24 départements urbanisés concentrent 82% des créations d’emploi dont 1 nouvel emploi sur 3 en France bénéficie à l’Ile de France, plus particulièrement à la capitale.

Le Premier Ministre pour s’inquiéter à juste titre des classes moyennes privées des moyens de se loger dans les villes et les métropoles annonce une révision possible de l’article 55 de la loi Solidarité et Renouvellements Urbains (SRU).

Il est impensable que les plus vulnérables en soient les victimes. L’équité n’est pas d’enlever aux plus pauvres ce qu’ils n’ont déjà pas ou si peu mais d’entrer résolument dans une prise de risque : changer pour faire du neuf.

Les marges de manœuvre sont étroites sauf à trouver un élan de solidarité, nécessaire à ce choc de l’offre.

Le 24 janvier 2006 l’Assemblée Nationale, appelée à se prononcer sur un amendement de la loi SRU visant la diminuant du quota, eut la surprise de voir l’Insurgé de Dieu. Exténué par l’âge – il a 93 ans – et les combats, il trouva une fois encore les mots et emporta l’adhésion d’un grand nombre de députés pour que l’article la loi 55 ne soit pas revisité.

L’honneur de la France, dit-il, c’est quand le fort s’applique à aider le plus faible.

Nous devons impérativement maintenir, par souci de justice, le quota de logements pour les plus vulnérables en ajoutant à la loi du 13 décembre 2000 l’obligation que l’acte de construction et d’acquisition des immeubles confèrent aux classes moyennes un droit d’accès à l’accession et à la location, via un prix maîtrisé.

Un des ennemis de la fraternité est la spéculation foncière.

Est-il juste que les terrains à construire bénéficient d’une folle plus-value en raison des investissements de l’Etat et des Collectivités Locales (métro, tramway). Un des moyens pour faire tomber cette rente inique est d’imposer que tout programme relevant de la loi SRU offrira jusqu’à 50% de logements aidés, à minima 25 % pour les personnes fragilisées et 25% pour la midle classe.

Rappelons que 70% de la population est éligible au logement social. Il ne suffit pas de rechercher un choc du logement, il convient de s’interroger pour qui, afin de mettre en exergue les urgences et par là même les priorités.

Une telle orientation impactera ipso facto les charges foncières pour les rendre plus raisonnables, la Collectivité se gardant un droit de régulation dans l’hypothèse où ces logements intermédiaires ne seraient pas réalisés faute d’un prix du foncier excessif.

Un des risques de cette mesure – fût-elle juste – est la rétention des terrains. Les Pouvoirs Publics n’ont-ils pas pour mission de désarmer la violence que constitue le mal-logement en agissant, si nécessaire, par une fiscalité ad hoc.

Si la fraternité est souvent oubliée, c’est que peut-être nous avons perdu le sens de l’humain. L’heure est de le reconquérir en refusant l’inacceptable qui érode les valeurs de notre civilisation.

Bernard Devert
Février 2024

La dignité est reconnue, la cohésion sociale se construit

La dignité est souvent en souffrance comme l’évoque Cynthia Fleury dans son livre : « l’humanisme est un soin » et son second ouvrage : « La clinique de la dignité ».

Reconnue, elle donne naissance à une sérénité et à des initiatives créatrices d’un autrement. Quel bonheur pour l’esprit ces opérations, comme cette pension de famille à Angers réalisée par Habitat et Humanisme Maine-et-Loire où 18 personnes bénéficient enfin d’une hospitalité, réparatrice de graves hostilités qu’elles ont subies.

La qualité de l’environnement et celui de leur habitat ne sont pas étrangers à une sécurité trouvée pour certains et retrouvée pour d’autres, chacun marquant un étonnement pour le soin proposé. Qui suis-je, s’interrogent-ils ?

Vous êtes un frère, une sœur. Ce lieu n’a d’autre vocation que de tisser des liens d’humanité.

Ces résidents ont traversé des tempêtes. Après un grand isolement, se sentant rejetés au point de se réfugier dans des addictions donnant l’illusion d’une protection, ils se reconstruisent sortant des abîmes, non sans une juste fierté pour découvrir qu’ils ont la capacité d’une autonomie et d’une responsabilité qu’ils ne pensaient pas, ou plus avoir.

L’accompagnement proposé, ils l’acceptent, mieux même, ils le vivent au regard de la bienveillance et du respect qui leur sont manifestés. Ce parrainage, plutôt un compagnonnage, avec des salariés et bénévoles qui ont conscience qu’aucun humain n’est à l’abri d’un accident de la vie.

De cette conviction, naît non seulement le refus de tout jugement mais aussi la prise en compte de la vulnérabilité qui, paradoxalement, se révèle une belle ouverture, signe d’humanité.

Il s’ensuit des liens dont la finalité est que chacun puisse entrevoir ses talents. La reconnaissance est toujours naissance à l’estime de soi et par-là même à la dignité.

Très concrètement, les résidents ont conçu un livre de cuisine ; il fut publié sous le titre « Plaisirs du goût », témoignant de leur goût de vivre et du goût de l’autre, si bien qu’ils entrent désormais dans une démarche de création d’un espace de restauration. Ils ont été reçus, ils souhaitent maintenant recevoir.

Hier, ils subissaient la vie, aujourd’hui, ils la prennent à bras le corps et avec cœur, se laissant habiter par l’enjeu du sens et du sens de l’autre.

Magnifique autonomie, celle d’une liberté qu’un des leurs, quel talent, exprime dans son poème :

Sachant toujours qu’elle (la liberté) est le plus beau cadeau à faire à la vie,

Car en retour tout nous est donné et l’on sait alors recevoir en équanimité,

Nul besoin de lois humaines tordues et emberlificotées pour la définir,

Mais seulement accepter de lâcher prise une belle et bonne fois pour toute,

Parce que pour tout un chacun, là se trouve notre réel avenir,

Et que, ô Liberté, nous tous un jour, nous te savourerons sans nul doute.

Il faut apprendre à se défaire des chaînes, celles qui entravent et blessent les chairs éthérées à travers les passions qui, dans leur sens premier, n’élèvent pas mais ne créent que des peines, ajoute l’auteur de ce poème.

Oui, à l’écoute de telles réflexions de la part de ceux qui pensaient être rien pour n’avoir rien, n’ayant même pas de toit, nous saisissons combien l’acte de construire est un acte de soin participant au respect de la dignité de la personne.

Bâtir est bien plus qu’un engagement financier, économique. Il est un acte de profonde humanité quand il est traversé par le souci de l’autre refusant de l’assigner à des logements sans grâce et sans goût en proposant un habitat où l’on peut exister, par là-même faire exister.

Bernard Devert
Janvier 2024

Le logement à l’aune de la Nation

Le logement, un marché impossible ! Il abrite et concentre les difficultés que rien ne semble pouvoir déloger, alors qu’elles nécrosent gravement la cohésion sociale.

Les décennies se sont écoulées au cours desquelles de grands serviteurs de l’Etat se sont pourtant investis avec passion dans le champ de l’aménagement des territoires, des politiques sociales aux fins d’atténuer la rigueur de ce mal-logement. Ils ont trouvé un soutien avec l’Abbé Pierre, un prophète, dont nous célébrerons dans quelques jours le 70ème anniversaire de son Appel : « au secours mes amis ».

Il sut élever le ton et hausser les consciences.

Il y eut un mieux. Nombre de bidonvilles furent démantelés jusque dans les années 1990 ; ils rejaillissent, soulignant combien la crise s’est accentuée. Il serait injuste de dire que rien n’a été fait, d’autant que le Gouvernement a fait un effort important pour l’hébergement qui offre désormais plus de 200 000 places.

Le mal-logement relève d’une crise morale et spirituelle. Difficile de ne pas voir le nombre des errants qui n’ont pour lit que le trottoir ou l’indécence d’un abri ; difficile ne pas entendre, le cri des pauvres, rappelant qu’ils sont méprisés, bafoués dans leurs droits, alors que l’un des premiers d’entre eux est de disposer d’un toit.

Cette attente est inacceptable, d’autant que des centaines de milliers de logements sont vacants dans les Métropoles.

Une injustice flagrante, finalement tolérée, au point de ne susciter aucune colère, des mots vite oubliés, n’imprimant plus ou peu, tant l’opinion s’est habituée à l’iniquité qui trouble peu les consciences.

Les déterminismes sociaux créent de telles barrières que les destins se jouent dès la naissance, banalisant de cruels abîmes. D’aucuns tentent de les réduire dans cette approche du « faire-ensemble » pour un « vivre-ensemble ». L’expression parle-t-elle encore, observant combien elle est dévaluée, quasiment un songe qui, à l’épreuve du réel, se présente comme un mensonge.

Or, ce « vivre-ensemble » est la définition même de la Nation, vouloir faire ensemble de grandes choses.

La France n’est pas une société à responsabilité limitée ou anonyme, elle est une Nation, née d’une histoire faite d’héroïsme, de générosité, de graves crises traversées par le jaillissement de l’intelligence et du cœur.

Seulement, l’idée de Nation ne vibre que là où ses valeurs Républicaines sont en cohérence, jusqu’à s’interpeller pour faire naître l’unité du corps social.

Ce corps en rupture est en souffrance. Qui s’émeut de ces quartiers dits perdus pour la République au sein desquels trop deS habitants ont le ressenti d’être à part pour habiter des lieux qu’ils n’ont pas choisis, assignés au motif d’une absence de ressources, ou d’une histoire entravant leur avenir.

Il est vain de porter un jugement sur la naissance de ces quartiers. Ils furent créés en raison d’un important exode rural et de l’afflux d’une main d’œuvre qui a largement contribué aux 30 glorieuses qui le furent moins pour cette population. Les conséquences de cette concentration de ces machines à loger à destination de ces déplacés ont été mal évaluées, mais le pouvaient-elles.

Il s’en est suivi une ghettoïsation de l’espace, mais pas seulement, pour affecter la Nation toute entière. Quelle sera-t-elle demain ? Si le fatalisme l’emporte, c’est l’espoir d’une transformation sociale qui sera obérée et par là-même la pertinence de la Nation qui régressera et, avec elle, le durcissement des replis sur soi, aussi amères que délétères.

L’heure est de faire surgir de nouveaux possibles s’articulant sur l’acte de construire pris comme un acte du soin et du prendre-soin. J’ose cette comparaison, espérant qu’elle ne me sera pas reprochée. Il y a près de 5 ans, Notre-Dame brûlait. Une mobilisation, sans pareil, est intervenue en termes humains, financiers au-delà même de ce qui était attendu.

Si aujourd’hui, nous avions l’audace de regarder chaque être comme une « cathédrale », quelle lumière il s’ensuivrait pour la Nation d’avoir pris la décision de construire et de réhabiliter des villes humanisées pour un « vivre ensemble ».

Et si nous rejoignons ce rêve pour nous laisser emporter par cet infini qui habite la Nation.

Bernard Devert
Janvier 2024

La France a froid

La France a froid. Il lui faut traverser en ce mois de janvier des rigueurs météorologiques, ce qui n’est pas anormal. Ce qui l’est, c’est que trop de nos concitoyens ne peuvent pas se protéger, faute d’un toit ou de ressources suffisantes pour se chauffer.

Le froid est un ami de la nature ; il est un ennemi pour ceux qui n’ont rien, condamnés à « claquer des dents » pour s’être vus « claquer les portes » d’un logement leur signifiant qu’il n’y a pas de place pour eux.

Pas de place !

Un scandale qui, dans l’opinion, n’en est plus un, pour autant qu’il le fut. La descente du mercure fait remonter à la ‘Une’ l’acuité de ce drame, qui le demeure depuis plus de 70 ans ! Pour se laisser habiter par la fraternité, encore faut-il ne pas s’habituer à l’inacceptable qui la ronge.

D’aucuns considèrent que c’est la responsabilité de l’Etat. Ne sommes-nous pas membres d’une même Nation ; elle ne l’est vraiment que dans une vigilante attention au « vivre-ensemble » si nous voulons bien nous rappeler la définition d’Ernest Renan : avoir fait ensemble de grandes choses et vouloir en faire encore.

Or, qu’est-ce qu’il y a de plus grand que de veiller à la dignité de chacun en excluant surtout pas les plus vulnérables de cette impérieuse et lumineuse fierté de notre humanité pour reconnaître que tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

Un constat, l’égalité hiberne !

La Nation ne se construit pas en « claquant des doigts », elle se bâtit à partir d’une mobilisation inventive pour faire surgir un « vivre ensemble » qui ne commence à exister que là où se tissent des relations justes, équitables. L’habitat n’est-il pas ce lieu essentiel à partir duquel des liens s’établissent si l’on veut bien considérer l’acte de construire comme un prendre soin de l’autre, des autres.

Un rêve ! Non, heureusement, il est possible d’agir à partir de cette nouvelle économie, dite positive, solidaire, trop laissée dans l’ombre, alors qu’elle est un véritable vecteur de transformation sociale. Si elle ne fait pas de bruit, elle fait du bien là où elle est mise en œuvre.

Comment opère-t-elle ; elle repose sur un engagement tripartite :

  • des acteurs solidaires qui investissent au capital de foncières solidaires leur offrant ainsi des fonds propres aux fins de réaliser un habitat qui ne s’édifierait pas ou difficilement sans leur participation. Nous sommes là au cœur d’entreprises à mission.

Ces fonds permettent de lever des prêts très sociaux auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations sur une durée de 40 années pendant lesquelles les loyers sont de l’ordre de 5€ du m² avant l’Aide Personnalisée au Logement.

  • des subventions de l’Etat et des Collectivités Locales concourent aussi au financement.

Ainsi, chaque fois que nous recueillons sur notre foncière 80 000 €, c’est un logement que nous pouvons acquérir, construire.

Notre Foncière dispose de 10 000 logements avec 8 000 porteurs de parts. Si nous triplions leur nombre, cette prévision n’a rien d’utopique, elle est plutôt même trop sage, permettrait alors à 25 000 foyers de trouver enfin un habitat décent.

Ne désertons pas le champ de ces possibles qui traduisent une singulière ouverture pour réchauffer les cœurs en restaurant la cohésion sociale.

Bernard Devert
Janvier 2024

Quand les vœux deviennent des enjeux

Habitat et Humanisme, pour demeurer fidèle à ce qu’elle est, doit se développer dans un contexte difficile qu’il est inutile de souligner, tant il se rappelle à nous quotidiennement. Le pouvoir d’agir que nous entendons promouvoir appelle plus que jamais à être des résistants pour refuser que les plus fragiles, déjà des victimes, se révèlent la variable d’ajustement des équilibres financiers.

La tentation est qu’au nom d’une sécurité se lèvent des gardiens du temple. Or, L’heure pour le protéger est de garder l’enthousiasme des débuts, plus encore d’en raviver la flamme pour qu’elle monte plus haut, éclairant les consciences.

Il est des moments où nous pouvons nous sentir un peu accablés, mais jamais nous ne serons écrasés pour habiter cette conviction si chère à Bernanos, que l’espérance est un risque à courir ; elle est la nôtre.

Alors que des milliards de dollars et d’euros sont investis dans la guerre, quelle tristesse d’observer que les injustices, alors qu’elles causent tant de conflits, ne trouvent pas de manne pour les éradiquer. Il s’ensuit des liens qui se délitent pour se liguer sans retenue sur des théâtres d’opérations où l’autre est un ennemi pour n’avoir pu bâtir la paix, faute d’attention à l’équité.

Les idées extrémistes et populistes prennent une place importante dans la vie politique, non pas que tous les sondages ou votes qui s’expriment, n’émanent de personnes qui foncièrement les partagent ; mais lassées, déçues de trop de promesses sans lendemain et de ces fossés qui se creusent entre ceux qui disposent de ressources et ceux qui n’ont rien ou peu, la tentation est de se placer dans l’orbite de ces partis promettant un avenir en mettant le focus des coupables sur l’autre pour être différent, étrange ou étranger.

L’hospitalité est un bien auquel il nous faut tenir, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne doive pas être régulée. N’oublions pas le nombre de ces personnes venues de terres inhospitalières nous offrant, dans le quotidien de nos vies, un soin et un prendre-soin dans les hôpitaux ou le maisons d’accueil de nos grands ainés, confrontés à la dépendance.

Que d’activités leur sont confiées, à commencer par la vie de ceux dont nous sommes les héritiers. Ne pas le reconnaître est injuste et cruel. Disposant de peu de reconnaissance sociale, ils portent ces missions essentielles, si bien qualifiées lors de la crise sanitaire.

Aurait-on oublié que nos conditions de vie ont été sauvegardées parce qu’il y eut des femmes et des hommes, restés des vigies, pour que nous ne sombrions pas dans un chaos.

Aussi, Habitat et Humanisme doit être, par priorité, à leur côté et, à ce titre, elle s’investit désormais dans trois directions :

  • L’urgence :

Cette troisième branche du Mouvement entend offrir de façon déterminante des conditions de vie acceptable, c’est-à-dire humanisantes, pour ceux qui, venus de loin, n’ont d’autres hospitalités que le macadam ou l’insalubrité d’un toit.

Cette urgence se veut aussi attentive aux violences qui entraînent pour trop de femmes des situations insupportables, venant s’ajouter au mépris qu’elles ont parfois enduré avec patience, espérant contre toute espérance un changement, jusqu’à laisser à ces coupables le champ libre pour poursuivre leur ignominie.

En France plus de 3 000 enfants sont à la rue, soit 20 % de plus qu’en 2022. Cette situation est une déchirure sociale. Si d’aventure, elle ne venait pas créer en nous une déchirure, par là même une ouverture pour agir, quelle honte, notre esprit de résistance serait alors comme muselé.

Non, il ne l’est heureusement pas.

  • Le soin

Désormais H&H Soin offre plus de 4 300 places à des personnes confrontées au grand âge, en veillant à ce que ce moment de la vie soit celui d’une reconnaissance et par-là même du respect.

Sans ces 2 300 soignants qui participent au sein d’H&H Soin à cette mission, rien ne serait possible, d’où notre recherche de leur proposer des conditions de travail aux termes desquelles ils saisiraient qu’ils ne sont pas simplement des serviteurs, mais qu’ils sont aussi de véritables acteurs, des maîtres en humanité, qui justifient que nous soyons aussi à leur service.

2024 sera pour ce pôle la création d’un dispositif d’aval au sein des hôpitaux pour faciliter la fluidité de la sortie des hospitalisations pour les patients vulnérables sur le plan social en raison de leur isolement ou d’un habitat indigne ne permettant pas les soins à domicile.

Quelle satisfaction de voir que cette approche est mobilisatrice d’énergie, de soutiens et d’un développement du bénévolat.

  • L’habitat d’insertion

Il est ce pôle historique, créé il y a 39 ans, qui introduit le soin de la cohésion sociale, laquelle est en souffrance, d’où la nécessité d’aller plus loin, tant elle est un prendre-soin de notre Société qui, dans les transformations qu’elle connaît, s’agite et hésite, d’où des tentations de replis identitaires qui sont autant de plis amères et délétères.

Inutile de les dénoncer, la seule voie crédible est d’énoncer des propositions, fussent-elles jugées utopiques ; elles préparent un avenir plus équilibré en brisant ces déterminismes de destins mettant les plus fragiles dans des arrière-mondes.

Il y a quelques semaines, je rencontrais Jean-Jacques, un des Présidents de nos associations, atteint d’un cancer. Il multiplie les démarches pour lutter contre ce cancer social qu’est l’absence et l’indécence de ces logements qui rongent le tissu social.

Oui, gardons cette méditation d’Hölderlin : « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

Bernard Devert
Janvier 2024

Des vœux pour ne rien dire ou des vœux à vivre

Les traditions se perdent, dit-on, mais il en est une, la présentation des vœux qui se maintient comme pour exorciser la violence et le tragique qui s’étale sans pudeur. Personne n’est dupe.

Le meilleur, toujours échangé, traduit la recherche d’une ouverture qui pourrait pourtant se révéler « la chance » de nouveaux récits de vie dans cette attention vigilante à « faire du neuf ».

Or, ces vœux, aussitôt que sont passés les premiers jours de l’an, demeurent dans l’oubli, en en gardant parfois quelques traces via de belles cartes accompagnées de mots qui ont touché.

Alors des vœux pour rien !

Non, ces vœux sont une tentative d’un monde autrement. Un essai qui demeure sans lendemain pour ne point être transformé. Ne serait-ce pas une paralysie de l’esprit pour juger que l’espoir des premiers jours ne saurait traverser tous nos jours ; une utopie encadrée par la trêve des confiseurs !

Aurions-nous peur de changer et de faire changer en acceptant de prendre au sérieux ces vœux pour les considérer comme des enjeux de vie, pour la part qui nous revient.

Souhaiter le meilleur ne saurait être une simple formule. Quand les mots s’ajoutent à d’autres mots sans parvenir à être une parole qui engage, alors les faux-semblants s’accumulent avec pour conséquence le poids des fatalités, jetant les promesses dans les abîmes.

C’est en se mobilisant que le rêve devient une réalité ; c’est en décuplant nos énergies que les obstacles se franchissent, jusqu’à entrevoir, ô surprise, un autrement.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin). Ne laissons pas nos vœux emportés par la magie du verbe. Si le Verbe s’est fait chair, c’est un appel à ce que notre parole prenne corps et cœur au sein de nos engagements. Saint-Exupéry souligne très justement que le prophète n’est pas celui qui dit l’avenir, mais celui qui le rend possible.

Oui, ces ‘possibles’ sont évalués comme des utopies irréalisables au lieu de les envisager comme une orientation, un sens, ou encore une responsabilité, créant des liens de l’inattendu, souvent de l’inespéré.

Difficile ce chemin pour être souvent abrupt, d’autant que les doutes sont distillés à l’envi et amplifiés par des porte-voix qui, sous couvert d’une sagesse trompeuse, tentent d’interrompre cette marche au nom de la prudence sans voir qu’elle éloigne de l’espérance.

De son exil brésilien tourmenté, Georges Bernanos, écrivit : « l’espérance est un risque à courir ».

Demandons-nous quels risques allons-nous courir cette année. Vivre, c’est faire vivre, par-là même refuser l’indifférence pour ne pas accepter ces situations dégradantes qui nous déshumanisent pour les tolérer. Impossible, sauf à entrer dans un déni, de les occulter, tant elles jonchent nos rues et nos places.

La question : où est l’espérance ; elle est précisément là, si nous voulons bien nous déplacer et considérer, comme Bernanos, qu’elle relève d’un désarroi surmonté.

2024 est l’année de l’Olympe. Ne la vivons pas seulement dans les stades mais à partir de nos vœux, entendus comme des enjeux. Alors déjouant les fatalités qui accablent, acceptons d’entrer dans la mêlée et de nous mêler de ce qui nous regarde pour ne plus observer la pauvreté, mais de tenter de l’éradiquer afin de la mettre sur la touche. Il s’ensuivra une transformation des relations.

Souvenons-nous, là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve, pour autant que nous ne nous échappions pas de ce meilleur qui ne surgit que là où nous le bâtissons ; tout le reste est vanité ou puérilité.

Courage, habitons notre responsabilité, elle nous fait grandir si nous veillons à ne pas la fuir ; heureuse année, alors.

Bernard Devert
Janvier 2024