Comment créer du lien social en ville.

Les villes deviennent gigantesques. Quarante-trois d’entre elles dans le monde d’ici à 2030 auront plus de 10 millions d’habitants. En 1950, 30% de la population mondiale vivait dans les villes ; 60% en 2030.

L’urbain doit être impérativement libéré de l’inhumain ! Aussi, une attention toute particulière doit être portée à ce que les lieux qui se construisent soient créateurs de liens.

Il y a quelques raisons d’espérer. Ne parle-t-on pas désormais de la ‘ville intelligente’. Cette formulation n’est pas spécifique aux élus, urbanistes, architectes, sociologues ou promoteurs, elle est une nouvelle donne qui suscite un fort intérêt comme en témoignent de nombreuses études et le déjà-là d’importants investissements.

Cette intelligibilité traduit une attention à la ville plus inclusive. Comment ne pas déjà observer en France le développement de programmes adaptés au vieillissement de la population afin que les aînés trouvent peu à peu leur place dans la société. Le retrait qui leur a été trop longtemps imposé s’avère insupportable et insupporté.

L’habitat intergénérationnel, connecté à des centres de ressources de soins, facilite ces nouvelles perspectives pour une citoyenneté qui n’a pas à être évaluée à l’aune des âges, des cultures et des ressources. Cet impératif doit être au cœur de la construction des liens.

Or, les villes se sont trop souvent construites en différenciant les strates sociales ; le tissu social s’est déchiré, facilitant les frontières qui protègent les économies parallèles, assassines de l’avenir.

La ville pour être hospitalière se doit de créer des lieux où on parle et où on se parle. N’est-ce pas l’agora qui fort heureusement rejaillit.

Ainsi, se développent ces tiers-lieux que l’on nomme au sein d’Habitat et Humanisme les escales solidaires ; il s’agit d’espaces ouverts qui n’accueillent pas seulement les plus démunis mais ceux qui souffrent de l’isolement, ce cancer social avancé que vivent trop de nos concitoyens. Etre connecté, c’est bien, mais l’être par rapport à la vie, c’est mieux !

L’apprivoisement est la clé des escales solidaires qui facilitent un envol vers un mieux-être. Souvenons-nous du Petit Prince qui fit escale sur la 5ème planète, infiniment petite.  Eclairée par l’allumeur de réverbère, elle offre l’infini, pour savoir regarder avec le cœur ; les liens ne lui sont jamais étrangers

C’est la qualité des liens qui crée la fraternité et rend possible le vivre-ensemble. Certes, les règles d’urbanisme, telle la loi Solidarité Renouvellement Urbains (SRU) sont importantes ; ce ne sont pas seulement la loi et les décrets qui nous changent, mais cette détermination à co-construire un monde plus humain. Le rêve est nécessaire ; il doit se traduire par l’apprentissage des relations qu’offre le faire-ensemble. Impossible de ne pas prendre conscience des iniquités et de rechercher comment les atténuer.

La création du lien social se tisse par la mixité sociale. Je pense à cette maman qui pour habiter un logement dans un quartier équilibré d’une grande métropole après avoir vécu longtemps dans un quartier difficile, exprime sa joie, consciente que ses enfants bénéficient désormais d’une plus grande égalité des chances. La mixité en est un puissant vecteur.

Les liens construisent la solidarité. Aussi, convient-il d’être attentif au fait que la middle class éprouve un malaise pour observer qu’elle ne bénéficie d’aucun soutien dans le cadre d’un marché qui l’exclut attendu le coût du foncier dans les Métropoles. Quelle erreur d’oublier son engagement et sa compréhension à l’égard des plus fragiles.

Le lien est toujours un soin, plus encore un prendre-soin dont les politiques de l’habitat ne doivent pas s’affranchir. 

Bernard Devert

Janvier 2023

Des justes pour un monde plus humain

Quelle belle tradition que de placer les premiers jours de la nouvelle année sous les auspices de l’hospitalité, une trêve au regard des hostilités, chacun souhaitant confusément qu’elle se pérennise.

L’heure des vœux est celle du partage pour faire naître et reconnaître le meilleur.

Ainsi, tout commence, ou recommence, avec des mots chaleureux. Ne viennent-ils pas illuminer un horizon, tel l’arc-en-ciel dont une des symboliques et celle de la bénédiction, une alliance entre l’esprit et le cœur donnant naissance à un monde plus serein, secret du bonheur.

Qui ne l’espère pas !

Seulement ce bonheur il ne s’agit pas seulement de le souhaiter, il convient de le bâtir.

Denis Diderot, philosophe et encyclopédiste des Lumières, aimait à dire que s’il voulait être heureux, il voulait que les autres le soient aussi. Les bavards du bonheur ne le construisent jamais. Ne nous perdons pas dans des vœux qui n’engagent en rien.

Que de fois nous nous surprenons à abdiquer face à la mocheté de situations ou de leur non-sens, ce qui est équivalent, se contentant de dire : nous ‘marchons sur la tête’.

Et si en 2023, nous décidions de ‘marcher la tête haute’ au sens où l’expression traduit le refus de craindre les affronts, les moqueries ou le cynisme qui, immanquablement, se font jour pour résister à une déshumanisation plus prégnante qu’on ne le pense.

Nous entendrons sans doute à minima : ils rêvent !

Ne point esquiver les rêves de nos décisions, c’est justement choisir la vie, en veillant, suivant le mot de Bertolt Brecht à ce qu’on ne puisse jamais dire que les temps sont obscurs parce que nous nous sommes tus.

Il m’a été donné la chance de connaître cette grande économiste, Maria Nowak, surnommée ‘la banquière de l’espoir’. Elle nous a quittés le 22 décembre.

Femme d’exception, née en Pologne dans une ville située dans l’actuelle Ukraine, elle n’a eu de cesse de s’investir pour les plus fragiles ; elle est reconnue notamment pour avoir fondé l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique –Adie – dont l’objet est d’offrir des prêts à ceux qui, n’ayant rien, se trouvent exclus du système bancaire.

Cette belle figure d’humanité ne pourrait-elle pas nous inviter en cette nouvelle année à nous souhaiter les uns aux autres d’être des ‘justes’, se rappelant de ceux qui, avec intelligence et cœur, ont multiplié les audaces pour que la vie l’emporte sur les forces mortifères.

Maria Nowak connut la souffrance de voir son père, sa mère, sa sœur, déportés. Elle s’est battue constamment pour la liberté et la misère qui vient la contrarier. Ainsi, a-t-elle réussi à mettre en œuvre ce qui apparaissait à beaucoup comme impossible, pour le moins difficile.

Ce difficile fut le chemin sur lequel elle emmena des milliers d’entrepreneurs qui sans elle n’auraient jamais été soutenus.

Maria Nowak rappelle que là où l’initiative et la liberté sont promus par l’idéal du partage, il s’en suit des relations plus justes qui éloignent de l’arrogance de la force. Comment s’en étonner, le juste n’est-il pas celui qui ne cesse de proposer à temps et contretemps la noblesse du courage et de l’audace.

Le chemin d’humilité est le chemin des justes.

Bernard Devert

Janvier 2023

Ce Noël préparé par tous les noëls de l’année

Noël, un cadeau ! S’il suscite l’attente fébrile des enfants, il cause parfois une nostalgie pour bien des grandes personnes. Ce ressenti ne s’efface-t-il pas quand surgit le souvenir éclairé d’un moment où le présent a été vécu si intensément qu’il se révèle une expérience d’éternité, selon l’expression de Spinoza, qui n’était pourtant pas croyant.

Ces mots, je vous les adresse comme un signe de reconnaissance et d’amitié. Un modeste cadeau pour tous ces moments qui, partagés au cours de l’année, donnèrent naissance à un autrement pour ceux confrontés aux graves difficultés de la vie.

Je voudrais évoquer trois histoires vécues comme des temps de Noël pour avoir fait une place à ceux qui ne l’avaient pas.

Ces familles ou ces jeunes assaillis par une violence géopolitique ou économique, qui ont dû quitter leur territoire ; venus de loin, parfois de très loin, ils n’ont pas toujours trouvé l’hospitalité qu’ils espéraient. Vous la leur avez offerte.

Vous êtes ces « bergers », des veilleurs pour ne pas donner à la raison le seul primat, cet alibi facile qui, sous couvert de l’intelligence, fait taire les cœurs.

Cette maman isolée et ses enfants qui, après avoir vécu trop longtemps sur une terre hostile, bénéficient d’un logement dans l’une de nos Métropoles. Un destin plus humain s’est fait jour. L’habitat, quand il donne la chance à la mixité sociale, n’est-il pas ce lieu où se construisent des liens mettant à distance cet obscurantisme jamais étranger au fait que des frères ne trouvent pas de place.

Ces liens aussi avec nos grands aînés qui se demandent pourquoi ils sont là, toujours là, sans que nous prenions le temps de leur dire que leur fragilité, nous éveillant à la nôtre, nous permet d’être plus tendres, plus humains.

Je ne résiste pas à vous partager la rencontre d’une ambassadrice de la fragilité, plus que centenaire qui, lors d’une réunion avec des responsables de grandes entités en charge de l’autonomie, a ouvert un horizon à tous. Que s’est-il passé, la parole de cette aînée était si juste, si brûlante de sens, qu’un silence s’est établi ; tous se sont mis à l’écouter.

Les regards témoignèrent d’un tel étonnement qu’ils laissèrent place à une humilité conférant à cette réunion une humanité sans égal.

Chacun alors s’est dépouillé de ses illusions de puissance pour entrer dans une relation où la différence des âges n’est plus un abîme, mais la chance de mieux entendre et par-là même, de mieux se comprendre.

Ne nous étonnons pas que Noël ne soit pas seulement un jour de l’année, mais ces jours où les rencontres signent l’accueil du fragile comme source du futur qui, sans faire de bruit, comme à Bethléem, porte haut le bien, trace d’une expérience d’éternité qui ne s’efface pas. L’humanité en est grandie.

C’est dans cette perspective que j’ose vous dire, merci et joyeux Noël.

Bernard Devert

Décembre 2022

Le Conseil National de la Refondation Logement

En créant le Conseil National de la Refondation, le Président de la République donne la chance d’un possible rendez-vous pour arrêter ces maux qui lézardent profondément la cohésion de la société.

L’une des instances de cette refondation est le logement ; elle a réuni le 28 novembre plus de 200 acteurs de la Cité, sous l’égide des Ministres de la Transition écologique, de la Cohésion des territoires, du Délégué à la Ville et au Logement et du Haut-commissaire au Plan et Secrétaire général du Conseil national de la refondation.

Trois thèmes, bien nommés, sont appelés à être traités d’ici le mois d’avril au sein de ce Conseil : redonner du pouvoir d’habiter aux Français, réconcilier la France avec l’acte de construire et faire du logement l’avant-garde de la transition écologique.

Le coût du logement traduit une telle rupture avec les ressources d’une grande partie de la population qu’il est une des causes de la précarité et de la pauvreté. Trop de logements, éloignés de la maîtrise énergétique, présentent de telles charges qu’elles sont insupportables pour les plus vulnérables. Quel reste pour vivre quand le logement représente parfois plus de 50% des ressources.

Les interventions lors de la première réunion de ce Conseil National ont souligné avec beaucoup d’intelligence et d’émotion les situations que vivent nombre de nos concitoyens. Un premier consensus s’est établi : ce malheur doit cesser.

Le corps social, malade de trop d’iniquités, a besoin de soins. Le diagnostic posé, il conviendra de décider d’un acte chirurgical ou d’un traitement mais il ne saura relever du palliatif.

Le logement est un bien commun ; François Bayrou, Secrétaire national du Conseil national de la Refondation, eut ces mots très justes : « le logement, c’est la vie ».

Le Président de la République apparaît souvent en retrait par rapport au logement, le considérant comme une rente. Le foncier en est une. Ne crée-t-il pas un enrichissement sans cause pour les titulaires des droits à construire bénéficiant de lourds investissements de l’Etat et des Collectivités Locales.

Sans maîtrise du foncier, comment réconcilier le France avec l’acte de construire. Les réponses, loin d’être faciles, ne procèdent pas d’un il faut que. Difficile de taire que le marché du logement est un marché impossible. Il y a ici un nœud gordien qu’il s’agit de desserrer, mieux de le défaire.

L’enjeu de la mixité doit permettre aux classes moyennes de trouver leur place au sein des Métropoles ; l’égalité des chances est à ce prix.

Pour donner corps et cœur à la réconciliation, la mixité doit aussi être recherchée dans les quartiers dits perdus pour la République.

Augmenter l’offre du logement est nécessaire, en s’interrogeant sur les priorités. Trop d’urgences sans réponses, ou de celles qui conduisent les plus fragiles à se voir assignés à des hébergements ou à des logements non choisis.

Il s’ensuit une France blessée, lasse de voir que rien ne change jusqu’à considérer que tous les acteurs – et pas seulement politiques – sont dépassés par un mal que rien n’endigue.

Les trois thèmes retenus ne sont pas sans noblesse ; ils relèvent d’un projet politique où chacun est appelé, non à faire valoir ses sensibilités, encore moins ses intérêts, mais à faciliter la mise en œuvre du bien commun que représente un habitat créateur de liens.

En écoutant les différents intervenants, je pensais à Péguy : ‘tout commence par la mystique, tout finit en politique’.

L’heure – elle était, me semble-t-il partagée, en tout cas recherchée lors de cette première rencontre  ‑ est d’ouvrir la politique à la mystique. Quelle est-elle, une réelle attention à l’autre.

Une telle voie ne peut-être que réconciliatrice des relations.

Bernard Devert

Décembre 2022

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait …

Nous connaissons cet adage, fort dommageable tant il fige les relations entre générations.

Or, que de jeunes témoignent de leur enthousiasme pour créer ! Que d’aînés, parce qu’ils savent, concourent à des ouvertures qui participent à des actes de création ! Entreprendre n’est-ce pas toujours apprendre. Ecouter, échanger, autant de possibilités pour donner à la vie la trace d’une ouverture, souvent celle d’une belle aventure.

Arrêtons de faire de l’âge des frontières qui n’ont pas lieu d’être ; la vie est un mouvement fait de rencontres souvent inattendues mais, ô combien, riches d’humanité.  

Nous en avons encore fait l’heureuse expérience en ce mois de novembre lors d’une grande réunion par visio – et nos aînés étaient loin d’être absents – rassemblant des soignants, des soignés accompagnés de leurs proches, et des jeunes, volontaires, investis dans nos Ehpad pour 8 à 12 mois, via l’Agence Nationale du Service Civique.

Plus de 400 personnes étaient connectées lors de cette rencontre présidée par un grand témoin de la solidarité, Mme Béatrice Angrand, Présidente de cette Agence Nationale du Service Civique.

Une des doyennes de nos maisons, Simone, âgée de 103 ans, Présidente d’un Conseil de la Vie Sociale, et membre à ce titre du Conseil d’Administration d’H&H Soin a fait un compte-rendu très intéressant de cette réunion.

En quelques mots, elle note l’intérêt d’un tel rendez-vous, soulignant que nos maisons ne sont pas isolées, tel était bien un de nos objectifs. Notre doyenne regrette cependant que les soignants, résidents et membres du CVS ne se soient pas exprimés suffisamment, mais elle comprend que tout ne pouvait pas être dit en 2h30.

Avec l’humour qu’on lui connaît et sa sagacité, elle a ces mots : la parole a été donnée aux grands ! Elle l’exprima avec un sourire qui fait chaud au cœur.

En 10 ans, le Service Civique a accueilli 650 000 jeunes. Pendant la crise de la Covid (2019 à 2021), le nombre de volontaires auprès des personnes âgées est passé de 370 à 1 500.

Une telle ouverture apporte de précieux soutiens aux soignants, qui se sentent reconnus pour accompagner, transmettre un savoir-faire et un savoir-être. Ouvrir grand les portes des maisons du grand âge, c’est ouvrir celles de la sagesse et de l’audace : là se fait entendre un appel : nous avons besoin de vous. Les âges se rencontrent, j’ose même dire qu’ils s’embrassent.

Vous sentez combien cette reconnaissance ouvre des lieux souvent trop fermés, créant des liens entre les générations. Il s’en suit une société plus attentive et plus solidaire.

Un autre aspect positif est l’attention portée à ces jeunes qui s’interrogent souvent sur leur avenir. Donnant 8 à 12 mois de leur temps dans un volontariat, ne sont-ils pas habités par cette recherche du sens à un moment où il leur faut faire des choix de vie. L’activité du soin et plus généralement celle du service ne répond-elle pas à cette question jusqu’à vivre cet engagement conduisant au service de l’autre pour avoir le goût de l’autre.    

Lors de cette réunion, un mot merveilleux a été largement partagé, celui du ré-enchantement ; il émane conjointement des jeunes et des aînés, tous heureux de ces relations traversées par la confiance qui autorisent parfois bien des confidences mettant en œuvre des complicités, jamais étrangères à la solidarité.

Quelle chance d’entendre de tels propos. Ils dynamisent les liens et dynamitent les lieux communs qui accablent. Le meilleur âge de la vie n’est-il pas celui à partir duquel on fait advenir un inespéré. L’âge, quel qu’il soit, ne saurait interdire cette espérance. Quelle joie d’avoir pu toucher cette réalité !

Il m’est une joie de vous la partager.

Bernard Devert

Novembre 2022

La finance solidaire, une « quille » pour la fraternité

Le baromètre de la finance solidaire est au beau-fixe. Une météo encourageante pour envisager des traversées plus longues, aux fins de hisser les voiles vers des caps de « Bonne Espérance ».

Certes, les embarcations sont encore très petites, trop, mais elles ne cessent de prendre une certaine dimension pour représenter près de 25 Md€ au 31 décembre 2022.

La présente semaine (du 7 au 14 novembre) sera un temps fort pour l’économie solidaire. A Lille, notamment mais pas seulement, se tient une manifestation sous l’égide de France Active, la Banque des Territoires, Mirova, au terme de laquelle seront décernés les Grands Prix de la Finance Solidaire dont Habitat et Humanisme fut lauréate ; n’en est-elle pas l’un des pionniers.

La finance solidaire n’a cessé depuis sa création de se développer, observant que davantage la question du sens interroge nos concitoyens, plus elle suscite de l’intérêt et recueille des adhésions (plus d’un million en 2022).

Il faut saluer dans ce développement l’engagement des entreprises et de leurs salariés qui investissent une quote-part de leur rémunération dans les fonds de l’épargne salariale solidaire représentant un encours global de 75 % des capitaux investis dans cette forme d’économie.

L’économie, la solidarité, un oxymore ! Ces deux mots semblaient ne pas pouvoir faire attelage. Voici qu’ils s’unissent, conférant à la finance une magnifique mission, celle de la transformation sociale.

Il nous souvient de l’interpellation du Baron Louis : « faites-nous une bonne politique et je vous ferai de bonnes finances » ; encore faut-il la définir. Ce qui est bon, c’est ce qui permet de briser l’attente insupportable d’un toit, évitant ainsi bien des amertumes et des souffrances qui font des vagues engloutissant l’espoir.

Sans cette finance solidaire Habitat et Humanisme n’aurait jamais pu loger plus de 40 000 foyers qui, abandonnés, ont pu trouver un logement dans un quartier équilibré, les éloignant de cités paupérisées au sein desquelles ils n’osaient espérer cet habitat si nécessaire à l’égalité des chances.

Un renversement est intervenu pour observer que c’est à partir de bonnes finances qu’une politique sociale peut se bâtir pour réduire la violence inacceptable qu’est la misère. Longtemps, il fut sage de distinguer et même de séparer le business de la solidarité, laquelle désormais s’introduit dans le champ entrepreneurial.

Comment ne pas saluer l’attention réservée à une économie qui introduit la notion du bien commun ; pendant longtemps l’acte d’entreprendre a conduit à se réunir pour partager les bénéfices qui pourraient en résulter, suivant la définition du Code Civil. Désormais, d’aucuns se rapprochent pour faire naître des projets dont la finalité n’est pas de gagner pour soi, mais de faire gagner ceux qui se trouvent au bord du chemin, souvent en errance.

La finance qui depuis des lustres a toujours recherché des sécurités – rappelons-nous l’adage : on ne prête qu’aux riches – se laisse toucher par les situations de fragilité se révélant sœurs du changement.

Il n’y a pas de sécurité là où il n’y a pas de justice, ou encore, là où l’attention à l’autre est dépourvue de bienveillance, du prendre-soin et plus encore de sollicitude.

Qui aurait pu penser que l’économie éveillerait des relations apaisées pour être équitables ; tel est le défi que l’économie solidaire relève. Elle suscite une planète inattendue ; ne serait-elle pas celle visitée par le Petit-Prince où il rencontre l’allumeur de réverbère. Il est le seul, dit-il, dont j’eusse aimé être l’ami.

Un grand acteur de l’économie solidaire la nomme l’économie cordiale ; comme l’expression est juste.

Cette planète peut apparaître pour beaucoup très lointaine, un espoir. Cependant, ne brise-t-elle pas le miroir où l’on ne voit que soi pour donner à voir un autrement venant chahuter des certitudes pour laisser place aux convictions réveillant un avenir, et quel avenir, celui de la fraternité.

Comment ensemble ne pas entrer dans cet investissement du partage.

Bernard Devert

7 Novembre 2022

La finance solidaire, une « quille » pour la fraternité

Le baromètre de la finance solidaire est au beau-fixe. Une météo encourageante pour envisager des traversées plus longues, aux fins de hisser les voiles vers des caps de « Bonne Espérance ».

Certes, les embarcations sont encore très petites, trop, mais elles ne cessent de prendre une certaine dimension pour représenter près de 25 Md€ au 31 décembre 2022.

La présente semaine (du 7 au 14 novembre) sera un temps fort pour l’économie solidaire. A Lille, notamment mais pas seulement, se tient une manifestation sous l’égide de France Active, la Banque des Territoires, Mirova, au terme de laquelle seront décernés les Grands Prix de la Finance Solidaire dont Habitat et Humanisme fut lauréate ; n’en est-elle pas l’un des pionniers.

La finance solidaire n’a cessé depuis sa création de se développer, observant que davantage la question du sens interroge nos concitoyens, plus elle suscite de l’intérêt et recueille des adhésions (plus d’un million en 2022).

Il faut saluer dans ce développement l’engagement des entreprises et de leurs salariés qui investissent une quote-part de leur rémunération dans les fonds de l’épargne salariale solidaire représentant un encours global de 75 % des capitaux investis dans cette forme d’économie.

L’économie, la solidarité, un oxymore ! Ces deux mots semblaient ne pas pouvoir faire attelage. Voici qu’ils s’unissent, conférant à la finance une magnifique mission, celle de la transformation sociale.

Il nous souvient de l’interpellation du Baron Louis : « faites-nous une bonne politique et je vous ferai de bonnes finances » ; encore faut-il la définir. Ce qui est bon, c’est ce qui permet de briser l’attente insupportable d’un toit, évitant ainsi bien des amertumes et des souffrances qui font des vagues engloutissant l’espoir.

Sans cette finance solidaire Habitat et Humanisme n’aurait jamais pu loger plus de 40 000 foyers qui, abandonnés, ont pu trouver un logement dans un quartier équilibré, les éloignant de cités paupérisées au sein desquelles ils n’osaient espérer cet habitat si nécessaire à l’égalité des chances.

Un renversement est intervenu pour observer que c’est à partir de bonnes finances qu’une politique sociale peut se bâtir pour réduire la violence inacceptable qu’est la misère. Longtemps, il fut sage de distinguer et même de séparer le business de la solidarité, laquelle désormais s’introduit dans le champ entrepreneurial.

Comment ne pas saluer l’attention réservée à une économie qui introduit la notion du bien commun ; pendant longtemps l’acte d’entreprendre a conduit à se réunir pour partager les bénéfices qui pourraient en résulter, suivant la définition du Code Civil. Désormais, d’aucuns se rapprochent pour faire naître des projets dont la finalité n’est pas de gagner pour soi, mais de faire gagner ceux qui se trouvent au bord du chemin, souvent en errance.

La finance qui depuis des lustres a toujours recherché des sécurités – rappelons-nous l’adage : on ne prête qu’aux riches – se laisse toucher par les situations de fragilité se révélant sœurs du changement.

Il n’y a pas de sécurité là où il n’y a pas de justice, ou encore, là où l’attention à l’autre est dépourvue de bienveillance, du prendre-soin et plus encore de sollicitude.

Qui aurait pu penser que l’économie éveillerait des relations apaisées pour être équitables ; tel est le défi que l’économie solidaire relève. Elle suscite une planète inattendue ; ne serait-elle pas celle visitée par le Petit-Prince où il rencontre l’allumeur de réverbère. Il est le seul, dit-il, dont j’eusse aimé être l’ami.

Un grand acteur de l’économie solidaire la nomme l’économie cordiale ; comme l’expression est juste.

Cette planète peut apparaître pour beaucoup très lointaine, un espoir. Cependant, ne brise-t-elle pas le miroir où l’on ne voit que soi pour donner à voir un autrement venant chahuter des certitudes pour laisser place aux convictions réveillant un avenir, et quel avenir, celui de la fraternité.

Comment ensemble ne pas entrer dans cet investissement du partage.

Bernard Devert

7 Novembre 2022