Noël, le jour de l’an, des temps pour dessiner un autrement.

Le parfait achèvement est rarement au rendez-vous du temps, mais, suprême élégance, dans ses derniers jours, ce moment séquentiel nommé l’année, offre un souffle qui n’attise pas les souvenirs amers, mais éclaire l’avenir avec Noël et le Nouvel An.

 Noël.

L’Enfant Dieu pour les Chrétiens, ne serait-il pas pour tous, le réveil de l’éternel enfant qui sommeille en chacun.

Il n’y eut pas de place pour cet enfant ; l’observation garde une singulière et dramatique actualité, tant il est difficile d’accueillir la part manquante à toute humanité. Comment s’en étonner, le divin – ou le plus humain – toujours, se présente sous les traits de l’inattendu et de la discrétion. L’essentiel bien souvent nous échappe sans pour autant, fort heureusement, s’évanouir.

Le Petit Prince nous rappelle les conditions pour voir.

Claudel, ce puissant intellectuel, est désarmé en ce Noël 1886. L’ennui et les rêves d’un pouvoir qui l’habitent, s’écroulent en cette nuit traversée par une fulgurante lumière. Caché derrière un pilier de Notre-Dame de Paris, il est venu en esthète écouter les vêpres. Soudain, découvrant la place de Dieu, il saisit la sienne ; tout un déplacement s’opère : un temps nouveau qui porte la trace de l’éternel.

Le Nouvel An,

Des paroles d’espoir s’échangent au risque parfois d’être sans lendemain, mais elles peuvent aussi nous creuser jusqu’à nous faire découvrir cet inachevé en nous-mêmes, telle la 8ème symphonie de Schubert, dont l’harmonie nous transporte et nous porte pour quitter cet entre-soi qui, rejetant les liens, obscurcit la lumière.

Si la fin d’année est un cadeau, elle est aussi une terrible épreuve pour ceux qui, confrontés au malheur, ne peuvent entendre, ni exprimer ce joyeux Noël, tant est grande leur souffrance.

Ces déserts, le Petit Prince ne nous permettrait-il pas de les aborder avec humanité et tendresse.

Plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan, Saint Exupéry nous partage la petite voix surprenante qu’il a entendue alors qu’il courait un grand risque pour être en panne et sans soutien.

Cependant, à cause ou malgré cette perdition, le Petit Prince lui demande de lui dessiner un mouton.

La demande l’agace tant elle lui apparaît saugrenue, absurde. Quand le mystère est trop impressionnant on n’ose pas désobéir, dit-il. Perdu, en danger, il accepte de dessiner ce mouton.

Dans les moments difficiles, qui n’espère pas secrètement un signe, fut-il surprenant. Il est de ces dessins qui ouvrent un horizon se révélant fermé. Seuls les enfants savent les offrir.

Dessine-moi un mouton

La vie de ces bergers est celle des grands espaces pour suivre ou précéder leurs moutons qui constamment les mettent en mouvement. Hommes libres, aucunement préoccupés de tenir les premières places, ne nous étonnons pas que via l’étoile, lumière de leur cœur, ils se soient rendus auprès de l’Enfant, berger d’humanité.

L’Enfant ne demande rien, même pas une place, espérant la trouver dans le cœur de l’homme, les bergers la lui offrent. Que d’apprivoisements.

Qu’est-ce que cela veut dire apprivoiser ? demande le Petit Prince et le renard de répondre : c’est créer des liens et en être à tout jamais responsable.

Qu’espérer en ce Noël et que se souhaiter pour ce Nouvel An : un dessin qui n’ait pas d’autre dessein qu’une responsabilité partagée. « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé ».

Tu es responsable, répéta le Petit Prince, comme pour mieux s’en rappeler.

Nous essaierons, j’essaierai, d’habiter cette responsabilité s’agissant de bâtir des liens pour faire taire l’indifférence qui leur est si destructrice.

Finalement, l’attente réciproque ne serait-elle pas que nous échangions des dessins qui redessinent l’avenir pour en souligner l’espérance ; les déserts alors s’estomperont.

Bernard Devert
Décembre 2017

 

 

 

Le mécénat d’entreprise, signe d’une éthique en mouvement

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, dans son dernier ouvrage : « Une économie à trois zéros » ‑ zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission de carbone », n’esquive pas les difficultés pour y parvenir, relevant que la première d’entre elles est d’ordre anthropologique : quitter la vision pessimiste de l’homme pour le considérer comme un égoïste.

Qui peut contester une recherche qui s’est accélérée avec la crise financière de 2008, pour une meilleure attention au bien commun et/ou à l’intérêt général.

L’économie solidaire, fut-elle encore insuffisante, traduit la prise en compte de la question du sens qui interroge non seulement la micro mais aussi la macro-économie.

Les étudiants, sortis de Grandes Ecoles ou des Universités, donnent le primat aux activités créatrices d’un « autrement » ; la réussite personnelle, via le salaire, ne se présente plus comme un critère suffisant pour s’investir.

L’entreprise doit désormais partager ses valeurs managériales et s’engager à réduire les inégalités, ce fléau mondialisé, secrétant des violences d’autant plus fortes qu’elles sont cachées.

L’entreprise, dès lors qu’elle lutte contre les fractures sociales, trouve une réelle et juste reconnaissance. Nous sommes à un moment de l’histoire où il est possible, parce qu’espéré, de susciter un autre monde. L’heure n’est plus seulement de le rêver, elle est celle de le bâtir.

La masse monétaire est considérable ; les liquidités sur les marchés financiers représentent plus de 180 Mds d’euros. Cet argent flottant coule à flot. Une des questions est celle de sa mobilisation qui ne peut pas seulement se décréter mais doit être portée, via une vision dynamique et transformatrice des relations financières à laquelle le mécénat n’est pas étranger.

Ne soyons pas pessimistes, un chemin est déjà parcouru. Qui reprochait, il y a seulement 5 ans, à des dirigeants d’entreprises de maximaliser le profit et d’optimiser l’aspect fiscal. Cette approche, si elle n’est pas encore répréhensible sur le plan légal, devient une faute sur le plan moral ; elle relève, dans le meilleur des cas, d’une pratique de l’ancien monde.

Les ruptures dramatiques entre les continents, mais aussi à l’intérieur même de ceux-ci, deviennent insupportées, parce que de fait insupportables, d’où le développement d’un mécénat d’entreprise qui longtemps fut réservé au financement culturel mais qui s’associe à des actions luttant contre la précarité et la pauvreté.

Nous assistons à une convergence entre culture et solidarité.

Que d’entreprises nous demandent d’inviter des cadres, pas seulement pour leur présenter la philosophie de notre démarche, mais pour une rencontre concrète avec des personnes laissées pour compte.

L’indifférence se brise.

Que se passe-t-il alors ? Un échange – un apprivoisement entre le champ lucratif et non lucratif. Les intervenants au sein de ces deux sphères ne mettent pas en avant ce qui les sépare mais bien ce qui peut les réunir pour effectuer conjointement des réformes pour une Société moins fracturée.

Il convient de saluer le mécénat de compétence qui apporte une incontestable professionnalisation de l’activité caritative, associative ; dans le même temps que de responsables d’entreprises prennent aussi conscience d’une responsabilité pour transformer

L’échange entre ces deux champs d’activités co-construit une économie nouvelle.

A l’observation de ces faits, nous pouvons légitimement poser la question : « Qu’est-ce qui est le plus fort, les liens ou l’argent » ? J’ai la faiblesse de penser avec le Petit Prince que ce sont les liens, ils permettent d’apprivoiser un monde nouveau. Qui ne l’attend pas.

Bernard Devert
Décembre 2017

L’action politique, ce passage pour quitter les causes d’iniquité

Un lecteur de mon blog me fait part en des termes amicaux, ce dont je lui sais gré, de sa désapprobation quant à mes prises de position favorables à l’APL et à la loi Solidarité et Renouvellement Urbains (SRU), Habitat et humanisme devant, me dit-il, rester à distance du politique.

Le Pape François vient à mon secours. Dans son message vidéo adressé aux participants d’une rencontre tenue à Bogota ces 1er et 3 décembre, il demande aux Chrétiens de s’engager dans la Cité, rappelant que la politique est une des formes les plus élevées de la caritas.

Le cœur n’est pas un sentiment mais un appel à un discernement pour changer et faire changer ce qui doit l’être afin de mettre un terme au plus vite aux situations inacceptables. Le sujet n’est pas de dénoncer mais d’engager des actions transformatrices, et pas seulement réparatrices. Quand le corps social est malade, il faut trouver les remèdes pour le guérir ; les soins ne sauraient relever du palliatif.

Ne point intervenir auprès des politiques sur la loi SRU, c’est consentir à des villes marquées par les discriminations, plus grave des ghettoïsations.

Dans la métropole phocéenne, le PLU ne prévoit l’application de la loi SRU que pour les opérations supérieures à 120 logements, d’où la difficulté de créer un habitat diversifié, alors qu’à Nice – qui n’est pas la ville réputée la plus sociale – le dispositif s’applique aux petits programmes, facilitant l’ouverture de logements à des prix maîtrisés. Conséquence pour notre association : 60 nouveaux logements diffus d’insertion à Nice en 2017, aucun sur Marseille.

Comme elles sont belles, dit le Pape François, les villes qui dépassent la méfiance malsaine et qui intègrent ceux qui sont différents et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement !

Au sujet de l’APL, Habitat et Humanisme loge par vocation des personnes ou familles dont le reste à vivre (après imputation du loyer et charges, assurance, électricité, frais de transports) est souvent inférieur à 100 € mensuels. Une survie !

Qui n’a pas entendu : 5€ de minoration d’APL, ce n’est rien ! Seulement, c’est beaucoup pour ceux qui n’ont rien.

La crise du logement dure depuis trop longtemps pour ne pas reconnaître la nécessité d’effectuer des réformes, via un meilleur équilibre entre aide à la personne et aide à la pierre. Le changement, oui, s’il n’aggrave pas la situation des plus fragiles. Demander aux gouvernants de veiller à cette exigence, c’est faire de la politique pour que justice et amour s’embrassent.

La politique est un service. Encore faut-il la servir. La question n’est pas de savoir si nous sommes de droite ou de gauche, mais de se demander si nous sommes à côté, où aux côtés, de ceux qui souffrent.

Trop de personnes victimes de la pauvreté se trouvent dans un angle mort et s’y tiennent, refusant d’être considérés comme une charge. Au nom de la fraternité, qui n’existe que là où il y a de l’équité, les subsides devraient être entendus comme une entraide, mieux un investissement de la Nation, facilitant l’autonomie des blessés de la vie. Attention, cette conception du bien commun s’éloigne.

S’exprimer et agir au sein de la cité, c’est répondre à la question du Livre de l’humanité : qu’as-tu fait de ton frère ? Loin d’être passif, l’appel conduit à reconnaître que l’oraison est un problème politique, pour reprendre le titre du petit opuscule du Jésuite, Jean Daniélou, ouvrant grand les frontières.

La res publica n’a nul besoin de censeurs et de Ponce Pilate mais d’acteurs qui, dans la Cité, prennent  le risque d’initier ou soutenir les réformes pour un mieux vivre-ensemble.

Bernard Devert
Décembre 2017

Pour que les liens ne se délitent pas, devenons meilleurs.

Ce matin, prenant le train à une heure matinale (trop), mon regard fut attiré par un panneau lumineux affichant « joyeuses fêtes » sur la façade de la gare. Je dois avouer que cela me mit sur une voie de bonne humeur.

Je me rendais précisément à un colloque tenu au sein du Conseil Economique, Social et Environnemental, sur le thème du lien, Habitat et Humanisme essayant d’en être un bâtisseur.

Les liens souvent dans tous leurs états, griffés par l’indifférence et les iniquités, portent bien des traces de dé-liaisons, cause de dé-solations jamais étrangères à la perte de l’estime de soi.

L’entreprise ne fait pas non plus l’économie de la crise du lien avec les dé-localisations, le primat de la rentabilité ‑ pour des raisons de survie ‑ l’emportant sur les liens d’humanité. L’éthique est en souffrance quand se délient les pratiques des engagements qui résonnent avec la conscience éclairée.

L’urbanisme, même s’il témoigne de plus de vigilance à l’équilibre des populations, n’est pas encore étranger aux fractures sociales qui entretiennent et nourrissent l’entre-soi.

Le choc des cultures et les différences sociales considérables confèrent à la recherche des liens une interrogation inquiète ; elle n’a pas manqué d’être exprimée au sein de ce colloque, via ces mots : ne serait-elle qu’un rêve, une utopie.

Une voix dans l’hémicycle risqua, non pas un discours, mais une proposition : « il nous faut être meilleur ». Soudain, il y eut un silence, un souffle d’espérance.

Oui, au diable ces finitudes destructrices des relations. L’homme, lorsqu’il s’éveille à ce qu’il est, découvre l’infini qui l’habite le conduisant vers ces sentiers qui n’ont d’autres orientations que les sommets.

Devenir meilleur pour que le vertige du fini se délie enfin.

Devenir meilleur, ne serait-ce pas risquer l’aventure de l’optimisme, déjouant et dénouant les nœuds gordiens du défaitisme, dans cette perspective où Pascal dit que l’homme passe infiniment l’homme.

Devenir meilleur, ne serait-ce pas être guetteur d’un monde nouveau prenant le risque, non seulement de l’annoncer, mais de l’énoncer. Que de liens à faire naître pour s’éveiller à ce ‘supplément d’âme’ qui, seul, ouvre le cœur et l’esprit, trace du déjà-là de l’infini.

Bernard Devert
Décembre 2017

Anticiper un nouveau monde pour lui donner naissance

L’absence de lien n’est pas indifférente à ces ondes de chocs violents et si fréquents que la mémoire, criblée à la vitesse de l’information, n’en garde pas trace ou si peu.

Le lien entre les êtres est oublié ; il est pourtant un trésor à portée de cœur pour être l’expression d’une bienveillance, d’un sourire, d’une main vers l’autre qui, rencontré et non croisé, existe comme personne.

Les violences sont d’autant plus permissives que l’autre est considéré comme un objet insignifiant. Le passage au respect, seul, fait naître une relation humaine ou l’autre est un sujet.

Le Docteur Albert Schweitzer demandait que chacun s’efforce, dans le milieu où il se trouve, de témoigner à l’autre une véritable humanité. C’est de cela ‑ ajoutait-il ‑ que dépend l’avenir du monde.

Dieu a le visage des insignifiants. Il est pourtant le Tout-Autre.

La Bonne Nouvelle nous rappelle que le Fils de l’Homme s’identifie au captif, à l’étranger, à celui qui est nu, qui n’a rien jusqu’à se considérer comme rien. « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Cette perspective, si elle emporte l’adhésion, crée un lien d’humanité. Comment s’en étonner, le divin n’est étranger à rien de ce qui est humain.

Ce lien à l’autre en état de fragilité ne saurait rester un engagement théorique. Il appelle un changement à la hauteur du bouleversement qui saisit, lorsque celui qui est différent est reconnu dans une relation de fraternité.

Une telle approche ne saurait être remise à demain, tant l’urgence s’impose de bâtir une Société plus cohérente, par-là même plus humanisée.

Cette humanisation ne s’opère que dans l’attention à la vulnérabilité, d’où l’observation des spirituels de toute confession, soulignant le fait que les plus fragiles se révèlent maîtres en humanité.

Aussi convient-il de maîtriser l’économie. Folie de constater qu’en une séance de Bourse un des hommes les plus riches du monde gagne deux milliards d’euros. La bourse pour l’un, mais quelle vie pour tant d’autres.

Il est vraiment urgent de s’inquiéter d’offrir à la finance un rôle de servante. Alors une économie plus positive s’ensuivra. J’entends le risque d’être taxé d’utopie ou d’un idéalisme « imbécile », pour refuser que la richesse des uns, entraîne la richesse des autres. Est-ce si vrai ?

Il existe une économie dénommée sociale et solidaire. Elle a fait ses preuves pour remettre debout des hommes et des femmes au bord du chemin, blessés par la vie.

Le ressort de cette économie brise les discriminations, les ségrégations, fait tomber des frontières, observant que riches et pauvres y concourent.

Il est nécessaire qu’elle se développe davantage pour créer cette part manquante à toute humanité ; or, cette forme d’économie ne manque pas son objectif : rechercher un bénéfice non point d’abord pour se le partager, mais pour en faire bénéficier ceux qui se considèrent comme perdus, rejetés.

Sans cette souscription à l’épargne solidaire, Habitat et Humanisme n’aurait jamais logé près de 22 000 familles fragilisées dans des quartiers équilibrés, libérant ainsi les cités difficiles qui, confrontées à la précarité et à la misère, sont en situation d’échec même si des forces vives, absolument remarquables, suscitent des ouvertures encourageantes.

Relier le concret de la vie à la recherche de ce qui est idéal, sans pour autant l’atteindre, n’est-ce pas signe d’une humanité qui ne s’égare pas de sa responsabilité à l’égard de cette interrogation multimillénaire : « Qu’as-tu fait de ton frère » ?

Cette inquiétude sereine ne peut que donner naissance à des liens répondant aux attentes voilées qui ne demandent qu’à exister. Il nous appartient de faire surgir l’anticipation de ce monde espéré pour qu’il soit enfin.

Bernard Devert

La protection de l’enfant, une avancée d’humanité.

A l’initiative des Nations Unies, une convention ratifiée par le Parlement français fait du 20 novembre la journée internationale de l’enfant.

Le Conseil français des associations pour la défense des droits de l’enfant souligne, dans son rapport, que si 15 millions de mineurs sont plutôt bien traités, il reste des ombres inquiétantes avec plus d’un million d’enfants pauvres, des milliers d’autres mal traités ou qui, pour quitter le système scolaire sans formation, n’ont pas de perspective d’avenir. Le tragique record des suicides est aussi mentionné.

Est-il utile de rappeler ces chiffres concernant l’enfance en souffrance. Les statistiques voilent les visages pour ne mettre en exergue que des grands nombres. Aurions-nous peur de nous confronter au sacré dont Emmanuel Lévinas dit que l’enfant est la représentation la plus excellente.

Les enquêtes et sondages ne manquent pas, dénonçant des situations iniques, assassinant l’enfance qui, lorsqu’elle n’est pas honorée, respectée, est signe d’une société qui fuit ses responsabilités. Qu’est-ce que la parole, si elle n’est pas suivie d’actes mettant fin à l’inacceptable.

Que pourrait-on changer, si ce n’est soi-même, aux fins de retrouver l’esprit d’enfance, gardien de la pérennité de l’idéal qui, seul, protège du malheur que représente cet ‘à quoi bon’, précipice de l’indifférence et du cynisme.

Je fus touché par Emmanuel Carrère, dans son ouvrage Le Royaume. Ce qu’il croyait être du passé est réveillé par une enfant trisomique, Elodie. « Elle se plante devant moi, me regarde ; il y a une telle joie dans le regard, une joie si candide, si confiante, si abandonnée que …les larmes me viennent aux yeux. Je suis bien obligé d’admettre que ce jour-là, un instant, j’ai entrevu ce qu’est le Royaume ».

Au fond notre Société doit choisir : être un berceau ou un linceul.

L’enfant qui naît fait renaître en nous l’enfant éternel qu’il ne faut surtout pas oublier pour ne point s’égarer dans l’inessentiel. Quand les berceaux sont entourés d’attention, de vigilance, d’un prendre-soin, le sacré de la vie ne s’exprime pas avec des mots mais avec des engagements.

L’enfant est une chance pour recommencer, ou encore refaire du neuf. Il faut nous y résoudre, la fragilité lézarde les certitudes ; alors seulement, surgit la question : quel monde vais-je laisser ?

L’enfant à protéger éloigne du risque de la déshumanisation. Le futur n’est pas simplement posé, le présent en est transformé.

Quel renouveau allons-nous offrir à ces mineurs réfugiés, non accompagnés, confrontés à un exil subi, non sans péril. L’interrogation n’est pas sans réveiller notre humanité

Bernard Devert
19 novembre 2017