Saint Valentin ouvre le Carême, tout un programme.

Saint Valentin, patron des amoureux, s’invite le jour où les chrétiens entrent en Carême. Hasard du calendrier ou de l’incognito de Dieu qui nous demande de faire de ce temps celui de la joie.

La joie. L’expression ne serait-elle pas antinomique avec le Carême. Non, ce temps est un don pour se préparer à un évènement inouï, incroyable, permettant à l’homme d’entrer dans son infini.

Ces 40 jours, pour être une préparation à la Résurrection, traduisent un enthousiasme que connaissent bien les fiancés se préparant à célébrer leur amour.

Au diable les enfermements.

Les amoureux savent l’étreinte du temps avec comme corollaire le risque de l’usure et cette interrogation inquiète : ‘m’aimes-tu encore’ ? L’angoisse est heureusement traversée par la conviction que l’amour met en cendres les scories qui l’attaquent.

Au diable les limites qui mettent en doute le possible de la fidélité.

Seuls les amoureux – et ils ont raison de penser qu’ils sont bien isolés – comprennent que l’amour est le signe d’un feu brûlant à l’image de celui de Dieu, tellement amoureux de l’homme qu’Il lui donne sa vie.

L’amour plus fort que la mort, plus fort que la vie. Il ne s’agit pas d’une formule mais bien d’une reconnaissance de ce que vivent les êtres qui s’aiment jusqu’à se dire l’un à l’autre : « sans toi, je suis pauvre, sans toi, la vie n’a pas de sens ».

Au diable cette présupposée sagesse laissant croire que l’amour passe. Non, il change pour s’élever plus encore jusqu’à devenir ce passage, une pâque, une flamme qui brûle les doutes et les peurs d’aimer et de se laisser aimer.

En disant cela, je pense à ce couple qui, après plus de 70 ans de mariage, regarde l’avenir avec un magnifique optimisme, plus encore une espérance. Les difficultés de l’âge n’ont en rien affecté la joie d’être ensemble et de se dire encore ce : « je t’aime ».

L’amour met tout sens dessus-dessous. Ce qui était fragile devient l’essentiel, l’immortel, alors que ce qui était de l’ordre de la rationalité, parfois de l’illusion de la force, perd de sa flamme pour finalement s’évanouir dans des cendres.

Au diable les petits bonheurs pour être remplacés par un amour authentique allumant ces braises qui nous consument intérieurement. Alors, et alors seulement, s’éloignent ces semblants d’aimer sans lendemain, marchandisant les corps dans un délire et un désir enfiévrés de consommation, ne laissant que le souvenir de la tristesse des cendres.

Valentin, ta sainteté est un bonheur pour faire danser les corps en union avec les cœurs dans un « anima mea », témoignant d’une liberté brûlante et vibrante, parce que l’amour, tout simplement, vit.

Bernard Devert
14 Février 2018

 

Ne laissons pas migrer que les réfugiés ou demandeurs d’asile sont violents !

Calais, ville blessée par la violence qui continue de sévir alors, que la « jungle » fut démantelée dans des délais et conditions honorant ceux qui s’en sont inquiétés.

L’opinion pense que la barbarie est celle des migrants alors qu’ils sont violentés par de tristes et fourbes passeurs, laissant miroiter à des êtres, au bout du bout de l’espoir, qu’il leur suffisait d’atteindre Calais pour rejoindre le nouveau monde : l’Angleterre.migrants

Seulement le Chanel n’est pas la chance d’une terre promise, la promesse s’avérant aussi tragiquement vaine qu’onéreuse.

Quatre jeunes migrants venus de pays lointains et inhospitaliers se trouvent depuis quelques jours dans un pôle de réanimation entre la vie et la mort.

Les armes à feu ont parlé. Les passeurs jouent la division et la terreur pour faire passer la responsabilité à des êtres démunis, confrontés au désarroi d’un avenir qui s’effondre.

Face à cette petite horde que sont ces passeurs ne laissons pas croire que les migrants sont coupables avec comme complices ceux qui les protègent. Un comble d’iniquité.

Inacceptable de laisser une telle injustice se perpétuer ; il faut mettre dehors ces réseaux mafieux sans foi, ni loi, qui utilisent la plus grande misère pour s’enrichir.

La crise migratoire connaît déjà trop d’incompréhensions, de calomnies pour qu’elle soit encore entachée du sordide.

Bernard Devert

Février 2018

La crise migratoire, et si elle venait transformer les relations entre les pays riches et les pays pauvres…

 

Que de lieux en Europe où débarquent des femmes et des hommes violentés par la guerre et la misère. Venus jusque-là, ils ne désespèrent pourtant pas. Quelle énergie les habite pour ne point capituler, consentant à endurer de nouvelles souffrances sur leur chemin d’exil.

Tout a été dit, et souvent bien dit, sur l’inacceptable de ces drames. Reconnaissons, sans culpabilisation destructrice, qu’il reste beaucoup à faire pour que les demandeurs d’asile ou réfugiés ne soient pas rejetés après avoir été jetés.

Comment rester étrangers au fait que les déplacés ne trouvent pas de place ; déjà condamnés à des situations insupportables, nous ne pouvons pas demeurer indifférents, citant, de façon d’ailleurs tronquée, la fameuse formule de Michel Rocard : « l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde » il ajoutait : « elle peut prendre sa part».

Le sujet n’est pas d’accueillir la misère mais de lutter contre elle, de se battre contre l’inacceptable d’un malheur tragique qui n’est pas sans abimer notre civilisation. La protéger, c’est lui donner du sens, une des conditions pour sortir de la crise migratoire

Souvenons de ces mots de Primo Levi : « Toi, homme, tu as été capable de faire cela ; la civilisation que tu te vantes d’incarner n’est qu’un vernis, un habit ».

L’heure est justement de ne point se laisser habiter par une passivité mortifère. Assez de ces illusions qui banalisent le mal pour pouvoir dire plus facilement : « nous ne savions pas ».

Qui est en danger, eux ou nous ? L’assistance à personne en danger, de façon multi séculaire, évalue la conscience du degré de notre humanité.

Les exilés quittent leur territoire pour se voir chassés, expulsés, laissant souvent derrière eux la mort des proches. Toute vie menacée doit être défendue. La tentation de garder notre tranquillité est une injustice et une blessure faites aux damnés de la terre.

Il ne s’agit pas de prendre les armes, mais de désarmer pour gagner la paix. Comment mieux le faire que d’entrer dans une attitude bienveillante et audacieuse aux fins d’imaginer une résistance créatrice de liens.

Que de demandeurs d’asile le sont en raison d’une fracture abyssale entre les pays riches et les pays pauvres pillés deux fois par la corruption de trop de leurs dirigeants – mais les corrupteurs ont leur part de responsabilité –  et la spoliation de leurs richesses.

L’urgence est de faire cesser ces trafics et de mettre en œuvre une formation à l’attention des exilés pour les aider à devenir des bâtisseurs, via un engagement des Etats et des acteurs économiques, sociaux et culturels.

A cet horizon, bien des jeunes participeraient dans le cadre d’un « Erasmus ».

Lutter contre les passeurs qui font de la misère leur fonds de commerce s’impose. Un beau renversement est à opérer pour que ces migrants, abusés, deviennent les passeurs d’un monde plus équilibré. Considérés souvent comme une charge, ils seront une chance, notre chance, une victoire pour la paix, un rebond pour l’Europe et un souffle pour notre civilisation.

Les crises, toujours, sont des moments pour réfléchir et pour agir. Ne nous laissons pas tromper par des voix qui plaident la protection en élevant des murs, alors que la seule sécurité qui se révèle noble et sure, est la justice.

Un rêve ? Peut-être ; ne point le vivre, c’est assurément piétiner l’amitié entre les peuples.

Bernard Devert
Février 2018

Le respect, une des clés qui suscite et facilite les réformes

Le mouvement social du 30 janvier avait pour objectif de mettre en lumière le désarroi de bien des personnes âgées dépendantes, fragilisées socialement, mais aussi celui des soignants.

L’action ne s’est pas présentée comme une revendication catégorielle, s’agissant d’alerter les Pouvoirs Publics et l’opinion quant à l’isolement que connaissent trop de personnes, confrontées à l’âge et à la dépendance, se considérant comme inutiles ; le personnel soignant a le sentiment de n’être rien ou peu, pour ne pas être reconnu.

Comment en est-on arrivé à ce que la vie ne soit protégée que là où elle crée du profit. Quelle mémoire avons-nous de ceux qui ont donné la vie, donné de leur vie. Serions-nous tombés dans un productivisme aliénant la mémoire pour ne valoriser que l’espace « temps », où la personne jouit de sa pleine capacité physique ou psychique.

Viendra peut-être un jour où l’intelligence artificielle, pour nous dépasser, fera comprendre que nous sommes peu utiles, quel que soit l’âge.

Il faut tenir au fait que l’humanisme est indépassable et qu’il ne saurait s’évaluer à l’aune de la performance. Au jeu de la puissance, tous, absolument tous, sommes certains de perdre.

Ce 29 janvier, les résidents et le personnel de la Maison Lépine-Versailles, sous l’égide du Maire de Versailles, de la Présidente de la Caisse Nationale de Solidarité et d’Autonomie, du Directeur Délégué de l’Agence Régionale de Santé et de la Vice-présidente du Conseil Départemental des Yvelines, inauguraient non pas d’abord leur nouveau bâtiment, mais une nouvelle approche de leur lieu de vie et de travail.

Une belle aventure commencée, il y a 4 ans, dans la détermination partagée de tous les acteurs à bâtir un « autrement » offrant aux aînés un lieu de vie qui les honore.

L’engagement de tous les acteurs fut le respect, pas seulement une sagesse mais l’expression d’une dynamique offrant à la vie son caractère indépassable, quels que soient les troubles qui l’assaillent.

L’innovation est trace de ce respect, s’agissant de refuser les fatalités qui flirtent avec le découragement, chemin de déshumanisation altérant le sens de la vie.

Respecter, c’est grandir, faire grandir, s’approcher des sommets là où l’essentiel toujours converge.

L’opération obligea à une avancée juridique et financière qui n’est pas restée étrangère à des chercheurs au sein d’Universités, ni au Conseil de l’Europe.

Juridique avec la création ‑ une première en France ‑ d’une société coopérative d’intérêt collectif, gestionnaire de la maison. A dessein il n’est pas parlé d’EHPAD, s’agissant du domicile de la personne. Le ‘chez-soi’, ce lieu de l’intime n’est pas compatible avec l’anonymat et l’indifférenciation d’un établissement.

Cette entité fait place aux résidents, soignants, familles, bénévoles, via leurs Collèges respectifs, concourant à la vitalité de l’espace, école d’humanité.

Innovation financière avec la mobilisation d’une importante épargne privée, à vocation solidaire. La SCIC fut portée non par des personnes qui se réunissaient en vue de partager des bénéfices, mais pour favoriser une économie répondant à une mission, le bien commun.

Toute gestion nécessite un arbitrage. Des différences ont surgi, sans être des divergences, d’où constamment la volonté de trouver des accords, une chance pour la finalité recherchée, l’harmonie.

Quelle joie ce 29 janvier ! Tous éprouvèrent une heureuse fierté qui n’avait rien d’orgueilleuse, relevant de ce supplément d’âme que fait naître le sens du service, traversé par la gratuité.

Bernard Devert
31 janvier 2018

 

La prudence, une des conditions pour réussir les changements

Il nous souvient de ce mot de Monsieur de Talleyrand : « doucement, je suis pressé ».

Le prendre-soin des liens nécessite de la retenue et de la bienveillance pour s’éloigner de la brutalité des jugements. Discerner, ce n’est point juger, mais évaluer une situation en vue de la faire évoluer.

Qui n’entend pas ces paroles qui stérilisent et crispent les relations. Ainsi, ceux confrontés à un chômage prolongé sont parfois considérés comme responsables de leur situation, un verdict sans appel, prononcé sans aménité.

Ce chômage massif relève d’une cause structurelle sur laquelle il faut agir sans mollir pour combattre une situation qui n’est pas sans créer de graves iniquités et d’irréparables blessures. Pourquoi vouloir ajouter à la vulnérabilité, de la culpabilité.

Les oubliés de la croissance et les rejetés, suite à la transformation rapide et profonde de la Société, n’ont pas besoin d’entendre des propos qui accablent jusqu’à détruire l’estime de soi.

L’expression « premier de cordée » du Président de la République fait florès. L’image est suggestive pour introduire la présence de guides qui non seulement mènent vers des sommets des personnes qui n’auraient jamais pu isolément y parvenir, tout en veillant à ce qu’aucune ne se perde.

Que d’hommes ensevelis sous les avalanches de résultats financiers, entraînant parfois des licenciements collectifs ou des délocalisations d’entreprises avec les dommages que l’on sait.

Dans la cordée, les mots se raréfient à mesure que l’on monte, laissant place à un silence, à une écoute se révélant présence.

Là où les risques augmentent, la responsabilité s’invite. Les difficultés, voire les défaillances, n’entraînent pas l’exclusion, mais une plus grande solidarité.

La Nation a besoin de ces cordées, de ces premiers de cordée pour forger de grands desseins habités par le sens et la recherche d’une cohésion des liens qui ne peut s’affranchir de l’obligation de sécuriser les plus fragiles.

La réforme annoncée des APL, sans doute nécessaire, s’accompagna d’une information brutale : diminution pour tous de 5 €. Ce n’était rien pour un grand nombre, mais c’était oublier que ce retrait aggravait la situation des plus fragilisés dont le « reste pour vivre » est purement et simplement indécent.

Au sein de notre Société, il est des centaines de milliers de personnes qui ne disposent que de ce petit reste, le prix d’un bon repas. L’image de la table pour les uns, des miettes pour les autres, signe l’émiettement du corps social.

L’attention à la vulnérabilité est une nécessité ; elle ne vient point compromettre l’élan vers les sommets ; bien au contraire, dès lors qu’il est apporté l’assurance qu’entre la prise de décisions et le résultat attendu, la situation des plus fragiles ne sera pas altérée.

Cette prudence doit accompagner les réformes. N’est-elle pas aussi la joie du guide qui, arrivé au sommet, voit toute la cordée émerveillée de ce qu’elle découvre pleinement, pour avoir éprouvé dans sa marche combien l’effort était porteur d’un espoir vivifiant.

Il a été trop souvent rappelé que notre Pays était difficilement réformable, n’aurions-nous pas oublié la finalité des changements, améliorer la maison pour tous afin que chacun y trouve sa part et sa place.

Bernard Devert
Janvier 2018

Pour exister, les liens relèvent d’une éthique de la responsabilité.

Lors de mes vœux, j’ai fait référence au livre du Petit Prince, mettant en exergue l’apprivoisement que Saint Exupéry définit comme une invitation à créer des liens. Apprivoiser, c’est rechercher une attitude juste, s’exprimant souvent dans une vérité poétique où l’essentiel se dit sans se perdre dans des mots inutiles.

L’indifférence sombre là où le lien se construit. L’autre, toujours un peu étrange, fait peur, d’où ce nécessaire apprivoisement pour parvenir à des échanges qui nous construisent en humanité.

Le lien ne s’inscrit pas forcément dans la durée, mais dans l’intensité de la relation, par exemple entre les soignants et leurs patients. Un oncologue s’entendait dire : votre profession doit être terrible. Il répondit : elle est difficile mais tellement riche d’humanité.

Permettez-moi d’aborder la journée du 30 janvier qui se prépare comme une protestation des salariés des maisons médicalisées, hébergeant des personnes au soir de leur vie.

Seulement, cette journée ne vise pas à défendre les intérêts catégoriels, mais ceux des résidents, sans forces, sans voix. Les soignants considèrent – non sans pertinence – que leur mission ne consiste pas seulement à effectuer des actes mais à les accompagner d’un prendre-soin. Ici, commence une attention au rythme de la personne, souvent blessée par l’angoisse, la finitude et l’isolement.

Comme gestionnaire d’établissements médicalisés, nous plaçons cette requête comme une alerte auprès de l’Etat et des Collectivités Locales afin que nos aînés dépendants, physiquement ou psychiquement soient davantage reconnus.

Quand les personnes sont si fragilisées que leur ressenti est celui d’un abandon, n’est-il pas juste de relayer leurs voix par ceux-là mêmes qui leur prêtent très souvent l’oreille de leur cœur.

Nombre des maisons de retraite sont désormais des espaces de soins. Que de malentendus à l’égard de ceux qui dans une absolue discrétion concourent à ce que la dureté de la fin de vie soit atténuée par la tendresse.

Que de fois, lors d’un décès, nous avons vu des larmes sur le visage d’un aide-soignant, d’une auxiliaire de vie ou d’un agent de service. Dans ces pleurs, se mêle le regret amer- si ce n’est la colère – de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour accompagner celui, celle qui lui a partagé sa confiance, son histoire.

Le lien désarme, fragilise mais quelle humanité possible sans cette fragilisation appelant un supplément de vigilance.

Qui ne comprend pas la disponibilité que ce soignant aurait aimé avoir pour que ce prendre-soin ne soit pas contrarié par la ‘dictature’ de l’heure.

Les situations de fragilité doivent faire l’objet d’une meilleure prise en compte par la Nation pour que nos aînés ne disent plus qu’ils sont une charge, que leur vie n’est rien avec le sentiment, pour les plus vulnérables, d’être inutiles.

Chères auditrices, chers auditeurs, vous avez des parents dans ces maisons. N’hésitez pas à nous soumettre des propositions pour que dans le cadre des budgets alloués, des améliorations soient apportées.

Défenseurs du prendre-soin, cette journée n’exprimera pas seulement un mécontentement mais une exigence de qualité de vie pour ceux qui, en raison de l’âge, de la maladie, vivent en retrait.

L’omerta doit s’effacer.

Bernard Devert
16 janvier 2018