La fin de la trêve ou le retour des angoisses

La fin de la trêve sonne le temps des épreuves et des angoisses pour bien des familles. Déjà confrontées à la sévérité de la vie, elles se retrouvent avec la menace de l’expulsion et les risques de nouvelles et définitives ruptures.

Trop de foyers, pour ne disposer que « d’un reste pour vivre » inférieur à 60 € mensuels sont dans l’impossibilité de payer pleinement leurs loyers et charges. Déjà éprouvés, épargnons-leurs ce jugement trop facile de la mauvaise foi alors que la cause procède d’un éclatement entre le coût du logement (loyer + charges) et leurs ressources.

Madame C vit avec ses deux enfants de 8 et 10 ans dans un logement social de 3 pièces. Son revenu est de 725 € pour un loyer et charges de 512 €. Après imputation de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) elle dispose d’un « reste pour vivre » de 583 € mensuels, soit 6,47 €/jour et par personne. Ne parvenant pas – comment le pourrait-elle – à payer totalement son loyer, l’APL supprimée, cette famille monoparentale quitte la précarité pour entrer dans l’abîme de la misère, le Tribunal prononçant son expulsion du logement.

Notre responsabilité n’est-elle pas de veiller à ce que les plus pauvres ne basculent pas dans des situations deshumanisantes. Il en va d’une cohérence entre agir et croire, comme d’une attention aux valeurs républicaines que le mal logement bafoue depuis trop longtemps.

La loi ALUR a prévu pour le parc social ces remises sur quittance, via le transfert des ‘suppléments de loyers de solidarité ‘ (SLS) créés par la loi du 4 mars 1996. Ces SLS, en 2012, représentaient 110 M€, selon l’Union Sociale de l’Habitat.

Il faut observer que la loi mentionne cette proposition sans l’imposer.

Le parc privé accueille bien des familles disposant de faibles ressources pour se retrouver confrontées au chômage, aux ruptures familiales ; 1/3 des familles monoparentales vit en deçà du seuil de pauvreté.

Que faire ?

La Pierre Angulaire sous l’égide d’Habitat et Humanisme a créé le fonds de dotation « l’Humanisme à l’Epreuve de la Dépendance » (par abréviation HEDE) pour aider ces familles à se maintenir dans leur logement.

Ce dispositif est à la solidarité ce que la cordée est à l’alpiniste : la possibilité dans un passage difficile de trouver un soutien pour continuer la traversée ou éviter de sombrer.

Plus de 100 000 familles sont touchées par un risque d’expulsion avéré pour 1/5 d’entre elles.

Il conviendrait que dans les prochains mois 10 000 personnes acceptent d’apporter entre 30 et 100 € mensuels pour aider plus de 1000 familles en grande difficulté à la sortie de cette trêve en raison des causes énoncées.

Cette aide à laquelle l’Etat participe par un avantage fiscal est à la portée de beaucoup ; ne la repoussons pas.

Bernard Devert
Mars 2014

 
La fin de la trêve sonne le temps des épreuves et des angoisses pour bien des familles. Déjà confrontées à la sévérité de la vie, elles se retrouvent avec la menace de l’expulsion et les risques de nouvelles et définitives ruptures.

Trop de foyers, pour ne disposer que « d’un reste pour vivre » inférieur à 60 € mensuels sont dans l’impossibilité de payer pleinement leurs loyers et charges. Déjà éprouvés, épargnons-leurs ce jugement trop facile de la mauvaise foi alors que la cause procède d’un éclatement entre le coût du logement (loyer + charges) et leurs ressources.

Madame C vit avec ses deux enfants de 8 et 10 ans dans un logement social de 3 pièces. Son revenu est de 725 € pour un loyer et charges de 512 €. Après imputation de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) elle dispose d’un « reste pour vivre » de 583 € mensuels, soit 6,47 €/jour et par personne.

Ne parvenant pas – comment le pourrait-elle – à payer totalement son loyer, l’APL supprimée, cette famille monoparentale quitte la précarité pour entrer dans l’abîme de la misère, le Tribunal prononçant son expulsion du logement.

Notre responsabilité n’est-elle pas de veiller à ce que les plus pauvres ne basculent pas dans des situations deshumanisantes. Il en va d’une cohérence entre agir et croire, comme d’une attention aux valeurs républicaines que le mal logement bafoue depuis trop longtemps.

La loi ALUR a prévu pour le parc social ces remises sur quittance, via le transfert des ‘suppléments de loyers de solidarité ‘ (SLS) créés par la loi du 4 mars 1996. Ces SLS, en 2012, représentaient 110 M€, selon l’Union Sociale de l’Habitat.

Il faut observer que la loi mentionne cette proposition sans l’imposer.

Le parc privé accueille bien des familles disposant de faibles ressources pour se retrouver confrontées au chômage, aux ruptures familiales ; 1/3 des familles monoparentales vit en deçà du seuil de pauvreté.

Que faire ?

La Pierre Angulaire sous l’égide d’Habitat et Humanisme a créé le fonds de dotation « l’Humanisme à l’Epreuve de la Dépendance » (par abréviation HEDE) pour aider ces familles à se maintenir dans leur logement.

Ce dispositif est à la solidarité ce que la cordée est à l’alpiniste : la possibilité dans un passage difficile de trouver un soutien pour continuer la traversée ou éviter de sombrer.

Plus de 100 000 familles sont touchées par un risque d’expulsion avéré pour 1/5 d’entre elles.

Il conviendrait que dans les prochains mois 10 000 personnes acceptent d’apporter entre 30 et 100 € mensuels pour aider plus de 1000 familles en grande difficulté à la sortie de cette trêve en raison des causes énoncées.

Cette aide à laquelle l’Etat participe par un avantage fiscal est à la portée de beaucoup ; ne la repoussons pas.

Bernard Devert
Mars 2014

Mettre en cendres les causes de la pauvreté pour ouvrir les portes de la fraternité

Le refus d’un toit est le déni d’exister que les plus fragiles de notre société subissent sans la moindre mobilisation, sauf ici et là quelque indignation alors que nous assistons au naufrage de la fraternité.

Le Pape François dans son message de paix du 1er janvier rappelle que la fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée et témoignée.

Quelle fraternité quand des centaines de milliers de familles recherchent vainement un logement ; qui se soucie de leur sort et de leur angoisse.  Comment peut-on accepter que des mamans et des enfants connaissent la rue. Quelle insouciance ou pire, quelle déshumanisation.

Quelle fraternité quand il est demandé aux familles les plus pauvres un taux d’effort insupportable et finalement insupporté d’où des procédures de recouvrement de loyers et charges qui trop souvent conduisent à l’expulsion.

ATD Quart Monde et Habitat et Humanisme ont conjointement présenté un amendement au projet de loi ALUR pour que les surloyers de solidarité (SLS), représentant plus de 110 millions €, viennent diminuer les quittances de loyers des plus pauvres. Nous n’avons pas été (encore) entendus mais la question reste d’actualité au sein du Ministère du logement.

Quelle fraternité pour les familles Roms dont l’errance loin d’être choisie est imposée, faute de trouver une place pour ne point l’obtenir sur leur propre terre. Rejetées, et avec quel mépris, elles sont victimes des systèmes maffieux qui instrumentalisent leur misère jusqu’à mettre des enfants sur les trottoirs pour mendier quand ce n’est pas pour les obliger à consentir à la prostitution.

Quelle protection leur assurons-nous, qui peut rester indifférent à cette interrogation ?

La présence de la communauté Rom avec ses 20 000 personnes ne doit pas être analysée comme un problème mais une question qui se propose à notre tradition humaniste pour privilégier l’hospitalité à l’hostilité.

Qui peut oublier que 200 000 personnes issues de leur culture, de leur tradition, ont porté le triangle brun ou noir que leur imposa le régime nazi.

Des ‘Justes’ se sont alors levés, comme pour nos frères juifs, pour limiter leur anéantissement. Cette inqualifiable barbarie s’est heurtée à des êtres habités par le respect de l’autre, permettant à des condamnés de l’holocauste de survivre et à chacun d’entre nous de s’inscrire dans une mémoire de l’honneur, jetant un abîme avec l’horreur.

Quelle fraternité quand le financement du logement dans une situation de grave crise privilégie le Prêt Locatif Social au Prêt Locatif Aidé d’Intégration ; la programmation 2014 est de 48 000 logements pour les premiers et de 33 000 pour les seconds d’où la question : les futurs HLM seront-ils pour les plus démunis s’interroge Mathias Thépot, journaliste à la Tribune.

Que de foyers, en raison d’un chômage massif qui s’aggrave, se trouvent en fin de droits avec un reste pour vivre ne leur permettant pas de demeurer dans leur logement. A cette rupture professionnelle, qui constitue une désocialisation et une exclusion prégnante, s’ajoute la perte du domicile qui fait passer de la précarité à la misère. Les relations affectives déjà difficiles sombrent, d’où l’importance grandissante des familles monoparentales dont 1/3 vit en-deçà du seuil de pauvreté.

 Quelle fraternité quand le coût du logement entre 2000 et 2013 a doublé alors que les revenus des plus pauvres n’ont augmenté au cours de cette période que de 33 €/mois.

Quelle fraternité quand les permis de construire notamment pour les opérations à destination sociale font l’objet de recours au motif de se mettre à distance de ceux considérés comme différents, ‘épinglés’ comme cas sociaux alors que l’hétérogénéité est une chance pour parvenir à une Société plus ouverte.

Une demande de permis pour la construction d’un établissement médicalisé,  accompagné d’une maison intergénérationnelle, fait l’objet d’un recours, au motif que le terrain, constructible au regard des règles d’urbanisme, présente une floraison qui mériterait d’être conservée. Les pissenlits auraient-ils plus de valeur que les hommes ! Quelle amnésie que d’oublier que ce terrain présente les mêmes caractéristiques florales que celui sur lequel fut édifié le logement de ces riverains.

Ce qui est bon pour soi ne l’est pas pour les autres !

Dans une commune résidentielle du Rhône, le Député-maire entraîne la majorité de son Conseil municipal à voter la modification du Plan Local d’Urbanisme (PLU) pour créer une aire de jeux sur un quartier qui n’en manque pas pour être constitué essentiellement de propriétés.

Une aire de jeux qui, si elle voit le jour, altérera encore la fraternité.

Quelle fraternité quand des centaines de milliers de logements sont vacants mais ne trouvent pas preneurs, faute d’un aménagement du territoire visant la régulation des activités, transports et logements.

La métropolisation accompagne la concentration du système mondial du pouvoir économique, comme le souligne Hugues Puel dans son ouvrage Pour une anthropologie économique. Ces mégapoles rejettent vers l’extérieur les plus pauvres dans une ghettoïsation qui n’est pas sans s’apparenter à un certain apartheid.

La fraternité en mal d’expérimentations nous renvoie à la parabole de Lazare et du riche (Luc 16, 19-31),  drame de l’indifférence. Lazare est nommé, le riche ne l’est pas tant il est inhumain pour être une sorte d’apparatchik d’une société d’anonymes qui ne voient rien, prisonniers d’une obsession : faire plus, toujours plus, pour gagner plus.

Cette course s’achève dans un abîme. Le riche crispé sur ses biens, n’a pas cru ni espéré en d’autres biens, ignorant de sa superbe ceux qui construisent des liens. Passant chaque jour, devant Lazare, le riche était si affairé par son souci de profit qu’il n’imagina pas qu’il avait une responsabilité, celle du prendre soin à l’égard du pauvre qui se mourait.

Quelle déshumanisation ! Le riche possédé par ses possessions s’installa dans son moi préfabriqué, un  « moi chose » qui le mit à distance de lui-même pour oublier qu’exister c’est partager et non point amasser.

Les causes de ces  injustices naissent de ruptures éthiques et d’un orgueil brouillant la capacité de discernement maintenant des modèles qui ne fonctionnent plus alors que nous sommes ‘dans le mur’ sans élever ceux qui seraient nécessaires pour que tous trouvent un logement.

Le vrai changement est celui de la prise en compte la vulnérabilité, alors, les pauvres ne seront plus décomptés dans une statistique mais compteront pour orienter une politique. Quel aveuglement pour ne pas voir que les chiffres ne transfigurent rien : depuis plus de 60 ans, toujours répétés, rien ne change, nous change, alors que la crise du logement s’aggrave.

N’aurions-nous pas déserté les enjeux anthropologiques, spirituels  comme la question du livre de l’humanité : qu’as-tu fait de ton frère ? Mais, pour l’entendre, encore faut-il habiter une transcendance  permettant d’expérimenter la fraternité jusqu’à s’interroger : qu’as-tu fait de ton Père ? Ce Père commun, dans la perspective où Teilhard de Chardin rappelle que tout ce qui monte converge

Le temps de ce Carême ne serait-il pas le temps de mettre en cendres la cause des misères qui est l’oubli de l’autre et du Tout Autre, ce qui est quasiment identique, rappelant que Jésus n’hésite pas à parler de mensonges quand le nom de Dieu est prononcé sans qu’il suscite une attention au frère fragilisé.

Les crises créent des passéismes avec ce secret espoir qu’on s’en sort comme on quitte un tunnel, suivant l’expression si souvent retenue par les politiques. Le temps de mutation, en revanche, est un moment novateur appelant l’audace et l’enthousiasme. Des crises, on espère en sortir, dans une mutation, on entre.

Ouvrir le chantier de la réconciliation entre l’humain et l’urbain, n’est-ce point veiller à ce que les villes soient un possible pour tous. La mobilisation n’est pas à la hauteur de l’enjeu.

Il convient de mettre l’accent sur les deux mesures suivantes :

  • Plaider le « construire plus » mais aussi penser autrement la ville en focalisant la réflexion sur l’aménagement du territoire.

Le Gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, dans sa lettre au Président de la république (mai 2013) met en exergue la distorsion entre les crédits affectés au logement (près de 47 milliards €) et l’impossibilité d’en découdre avec le mal logement. Aussi regrette-t-il « qu’il y ait peu de doutes et peu de débats sur les causes de cette inefficacité.»

L’aménagement du territoire doit être revisité. Le travail a changé, mais point nos comportements.

Nous sommes rentrés dans une ère de l’immédiateté, mais restons rivés à des postures anciennes et grégaires conduisant à concentrer sur les grandes agglomérations les emplois, alors que des territoires meurent avec leur cohorte de milliers de logements vacants (11,7 millions au sein de l’union européenne pour 4,1 millions de sans-abri).

La distinction entre les zones tendues et celles qui ne le sont pas se révèle une justification du court terme, mais elle ne saurait occulter la question de l’équilibre entre les territoires.

  •  Développer la finance solidaire pour une économie plus humanisée :

La crise de 2008 a singulièrement « boosté » la finance solidaire en raison d’un écœurement que suscitèrent les dérives d’une économie qui, mettant le cap sur le virtuel, la financiarisation, abandonnait le réel sans s’apercevoir des abîmes qu’elle causait.

Comment ne pas se réjouir de la progression constante de l’épargne solidaire. Il y a encore quelques années, elle n’était connue et partagée que par des militants. Son périmètre s’est ouvert à tous ceux qui, s’éloignant des illusions du grand soir, s’interrogent sur la question du sens incluant celui de la finalité de l’argent.

L’urbanité recherchée ne fait pas fi d’une utopie pour être notamment l’ouverture à un monde spirituel qui sans doute jamais ne se trouve mais toujours s’éprouve. Alors, se construit cette ville à « visage humain » nous rappelant avec Paul Eluard : « il est un autre monde, il est dans celui-ci ». Nous ne le déserterons pas.

 Bernard Devert
mars 2014

A l’approche des 30 ans d’Habitat et Humanisme

Notre société a mal. Cependant cette France qui souffre et vieillit a l’audace de s’interroger sur la question du sens et de la justice.

1.    Une France qui souffre

Au cours de ces 30 dernières années, l’échelle de la précarité a augmenté avec un ressenti aggravé, faute d’agir sur les causes de la fracture sociale. Ne marchons-nous pas sur la tête pour observer que les prix de l’immobilier ont augmenté de plus de 140 % sur 7 ans, alors que sur cette même période la hausse des salaires médians est restée inférieure à 25 %.
Le travail, quel scandale, n’autorise pas toujours à trouver un logement abordable, sauf au prix d’un tel effort que le « reste pour vivre » n’est pas étranger à bien des ruptures aggravant les précarités au point de leur ajouter la misère affective (familles monoparentales).
Habitat et Humanisme, confrontée à ces sombres données, se doit d’accroitre son action pour faire bouger les lignes, à commencer par cette réflexion que nous ne sommes pas dans un temps de crise, mais de mutation.
Les crises créent des passéismes avec ce secret espoir qu’on s’en sort comme on quitte un tunnel, suivant l’expression si souvent entendue. Le temps de mutation, en revanche, est un moment novateur appelant l’audace et l’enthousiasme. Des crises, on espère en sortir ;  dans une mutation, on entre.

2.    Une France qui vieillit

Une donnée est certaine : le vieillissement de la population, appelé encore le 5ème risque, dont le financement est en revanche incertain.
Ce risque s’est invité dans le champ politique, mais il faut bien admettre que les Pouvoirs Publics ont été contraints de reculer, conscients que le recours à l’assurance était inconcevable pour les personnes dont le « reste pour vivre » est si faible que leur avenir est occulté par un présent insécurisé et le juste sentiment de ne compter pour rien.
Le vieillissement de la population est un facteur de solitude, aggravé par les relations familiales qui se transforment d’où un isolement aux mille visages.
Comment être à distance des réponses insuffisantes  quant à l’hébergement de la personne âgée et de celle malade. Cette inquiétude est portée par notre Mouvement avec l’accompagnement de La Pierre Angulaire pour la construction de maisons intergénérationnelles.

3.    Une France qui pour souffrir et vieillir trouve le souffle d’habiter la question du sens et de la justice.

L’entrée dans cette mutation n’est pas indifférente à la capacité de penser et d’organiser autrement la société.  A la question : « comment en est-on arrivé là » ? Il faut désormais ajouter : « où voulons-nous arriver » ? La question du sens est posée avec l’économie solidaire et le concept de l’entrepreneuriat qui fait tomber les murs entre les entreprises et les associations.

Une prise de conscience se fait jour quant au fait que trop de situations sont injustes et créatrices d’abîmes. Une nouvelle économie s’ouvre à l’épreuve de cette interrogation : qu’est-ce qu’une Société juste ? Là commence une ouverture qui devrait faire céder des crispations pour privilégier  le bien commun.

Utopie ? Pourquoi pas, mais ne relève-t-elle pas de l’urgente obligation de rendre possible un avenir plutôt que de le prédire.

Mutualiser pour alléger la souffrance de 100 000 foyers fragilisés

Le projet de loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové, dit ALUR, serait bien nommé s’il se présentait comme une avancée décisive pour les foyers en situation de détresse faute d’obtenir un logement social ou de pouvoir s’y maintenir.

Notre Pays compte plus de 4 500 000 logements sociaux. 70% de la population, au regard de ses revenus, est éligible à ce parc si bien que les  plus pauvres, ce qui est un comble, en sont trop souvent écartés. Cette exclusion, contraire à la finalité du logement social, entraîne des situations ubuesques et inacceptables pour les ménages reconnus prioritaires dans le cadre du DALO.

Que de foyers sont condamnés à l’expulsion pour des dettes de loyer, lesquelles ne procèdent pas de la mauvaise foi mais d’une grave rupture entre les ressources et le coût du logement (loyer + charges. Les cas sont malheureusement nombreux. Dans le  Nord, Madame C vit avec ses deux enfants de 8 et 10 ans dans un logement social de 3 pièces. Son revenu est de 725 € pour un loyer et charges de 512 €. Après imputation de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) elle dispose d’un « reste pour vivre » de 583 € mensuels, soit 6,47 €/jour et par personne

Ne parvenant pas – comment le pourrait-elle – à payer totalement le  loyer, l’APL supprimé, cette famille monoparentale quitte la précarité pour entrer dans  l’abîme de la misère, le Tribunal prononçant son expulsion du logement.

Nous ne pouvons pas rester indifférents à de telles iniquités qui mettent à mal la dignité des personnes fragilisées. Aussi, convient-il de regarder objectivement la contribution à apporter pour que le ‘reste pour vivre’  permette de vivre.

Cette vigilance est celle du ‘prendre soin’ qui ne relève pas du compassionnel, mais naît de la responsabilité de veiller à ce que les plus pauvres ne basculent pas dans des situations deshumanisantes. Il en va du respect de nos valeurs républicaines que le mal logement bafoue depuis trop longtemps.

Notre propos n’est pas de jeter l’opprobre à l’égard des bailleurs sociaux, mais de souligner que là où la misère est prégnante, le parc social ne répond plus, ou difficilement, aux urgences.

Comment agir ? Des remises sur quittance sont déjà effectuées par un grand bailleur social. Elles représentent un montant mensuel de 65 €, en moyenne, se révélant vitales pour permettre aux plus pauvres de garder leur logement et d’être soulagés de l’angoisse des dettes de loyer.

Ces remises sur quittance n’appellent ni création de nouvelles taxes, ni prélèvements nouveaux pour procéder du transfert des ‘suppléments de loyers de solidarité ‘ (SLS) créés par la loi du 4 mars 1996.  Ces SLS, en 2010, représentaient 100 M€, selon la source USH.

Le projet de loi  revenant à l’Assemblée Nationale à partir le 14 janvier, ATD Quart Monde et Habitat et Humanisme déposent-ils un amendement pour que les SLS soient exclusivement  et obligatoirement affectés à la minoration des quittances de loyer des personnes en situation de grande pauvreté.

Il serait également juste que les pénalités, payées par les Communes qui ne respectent pas leurs obligations de construction de logements sociaux, soient fléchées vers ces minorations de quittance.

Ainsi, la loi ALUR permettrait-elle au logement social de répondre mieux  à sa vocation qui, suivant l’article 441 du code de la construction, est d’accueillir les personnes aux ressources modestes et défavorisées.

Cet amendement permettrait à plus de 100 000  familles pauvres de bénéficier d’une minoration  de 65€ mensuels de leurs loyers leur permettant de  quitter leur habitat indigne et de s’éloigner de l’angoisse de l’expulsion. Souvenez-vous, nous considérions que la trêve était un temps pour réfléchir sur des dispositions concrètes atténuant la souffrance des pauvres, ce dispositif en est une.

Aidez-nous à le soutenir

Bernard Devert

Belle et joyeuse année pour faire advenir plus d’humanité

Chers vous toutes et tous,

En ce 1er jour de l’an, comment ne pas vous adresser des vœux pour vous-mêmes, les vôtres et la famille Habitat et Humanisme.

Cette famille se construit dans le désir passionné d’être des acteurs du ‘prendre soin’ pour que toute personne, quelles que soient son histoire, ses difficultés, trouve un logement digne. Conscients que la mission est considérable, la démission est hors jeu tant elle serait déshumanisante.

Vous offrez bien plus qu’un berceau ;  vous êtes de ces  ‘accoucheurs’ qui, pour savoir accueillir la vie, entendez la faire reconnaître tant le refus d’un toit la blesse quand il ne l’assassine pas.

Qui n’a pas fait l’expérience de l’émerveillement de ces femmes et de ces hommes qui, trouvant enfin un logement, recueillent dans le même temps la clé de l’avenir.

Se sont tenues courant décembre à l’Ecole Normale Supérieure les Rencontres du Vivre Ensemble qui ont réuni plus de 500 personnes ; leur intérêt pour cette cause, fondatrice d’HH, a permis en conclusion la création des Ateliers de la Diversité Sociale : un lieu de réflexion pour que la fraternité soit davantage présente. En cette heure des vœux, comment, ne pas l’espérer.

Régis Debray dit que la fraternité est une vieille cousine qui s’est tellement fondue dans le paysage que nous l’avons oubliée. Aussi nous propose-t-il de l’inviter à faire quelques pas de danse …

Ce sont nos vœux partagés,  faire danser la fraternité pour ré-enchanter notre société, saisissant que l’autre n’est pas un danger mais une promesse.

Belle et joyeuse année pour faire advenir plus d’humanité. Nous voici au cœur de nos engagements respectifs.

Très cordialement vôtre.

Bernard Devert

Noël ou l’invitation à naître à notre humanité.

Après des jours pour certains difficiles, quand ils ne furent pas pour d’autres douloureux, l’année se termine par une naissance : c’est Noël.

Une fête qui laisse peu d’entre nous indifférents. Si elle se perd, dit-on, au regard de sa source, elle demeure un temps d’ouverture, d’échange dont les cadeaux ne sont qu’un signe émergent. La face cachée de Noël est lumineuse.

Se rencontrer pour écouter et partager jusqu’à se laisser conduire non pas à la périphérie de soi-même mais à celle de ses certitudes : c’est Noël.

Si les textes nous rappellent qu’il n’y avait pas de place, l’auteur de la vie ne la trouve-t-il pas avec tous ceux qui suscitent la fraternité dans cette conviction que nous sommes tous égaux. Dieu ne s’est-il pas fait l’égal de l’homme : c’est Noël.

Noël s’éveille avec ceux qui, désarmés, apprennent à s’arrêter, à regarder autrement, tels les bergers qui reconnaitront Celui qui demeure souvent invisible pour les puissants.

Les croyants ne célébreront pas seulement la naissance de l’Enfant Dieu, du Fils de l’homme, mais aussi celle de tout homme pour saisir que chacun est appelé à naître à une plus grande humanité : c’est Noël.

Et si à Noël, l’individu avec ses jugements, ses patiences quant à l’insupportable et ses illusions de l’immédiateté s’éloignait pour faire place à la personne. Magnifique, alors cette heure d’enfantement, éloge de la fragilité qui, ô surprise, donne l’audace de quitter l’espace clos que fabrique notre vision des choses.

Joyeux Noël et belle année, pour être ensemble semeurs d’inattendus.

Bernard Devert
Noël 2013