L’incompréhension souvent, la haine parfois née de la peur, le « vivre ensemble » est en danger

Rencontrant il y a quelques jours le Proviseur d’un collège, il me faisait part de son inquiétude devant les incompréhensions, parfois cette haine à l’égard de familles si fragilisées que nous devrions assister à un sursaut pour les aider et non point les abandonner.

Je mesure l’insuffisance mais l’urgence de l’action d’Habitat et Humanisme pour construire ce ‘vivre ensemble’.
Habitat et Humanisme repose sur un triptyque :

  • mobiliser l’épargne solidaire, pour susciter un ‘autrement’ dans le champ financier. Ce qui était utopie, il y a 30 ans au moment où HH se constituait, se révèle aujourd’hui comme un nouveau possible, modifiant sensiblement la donne de la solidarité : un rêve qui fait entrevoir la trace d’une certaine gratuité au sein de l’économie.
  • construire, pour refuser que des foyers se voient interdits de logement pour manque de ressources, mais aussi pour que l’habitat ne se présente plus comme un marqueur social stigmatisant et destructeur des chances d’avenir des plus fragilisés, notamment des enfants.
  • accompagner, mesurant combien notre société a besoin de chemins de traverse, à l’image de celui de Compostelle, signe d’une recherche de sens et d’un déjà-là de la fraternité en marche.

Avec ces engagements qui expriment au sein d’HH un partage des responsabilités et le besoin de l’autre, aucun d’entre ne pouvant porter ces trois missions, il devient possible d’entrer en résistance à l’égard d’une société parfois fermée pour avoir peur de celui qui est différent. La sagesse ne saurait être le ‘chacun pour soi’ ou l’entre-soi.

Comment entendre le cri des pauvres qu’un urbanisme éloigne, créant un plafond de verre  pour tenter de rendre illisible la vulnérabilité dont la lecture est donnée d’abondance dans des statistiques pudiques qui voilent les visages. Le projet de loi Alur vise des mesures contre cet étalement des villes si préjudiciable aux plus fragiles.

Ce ‘vivre ensemble’ n’a-t-il pas déjà une réalité avec les transports, parfois les lieux de travail, même si le personnel d’entretien est écarté pour venir à des heures où dirigeants et salariés ont quitté leurs bureaux. Notons que des entreprises prenant acte de cette discrimination conduisant les plus faibles à supporter des conditions de travail difficiles, facilitent leur venue dans des plages horaires plus compatibles avec la vie familiale.

Il nous faut observer que pour l’habitat nous sommes dans uns situation de trop grande rupture. Les rentes foncières gangrènent un urbanisme de mixité en raison de la valeur des terrains, jamais pondérée alors qu’elle est directement impactée par les investissements de l’Etat et des Collectivités. Qui peut contester que les plus faibles doivent avoir un accès plus facile à ces équipements publics.

HH n’est pas un donneur de leçon du ‘vivre ensemble’, lequel ne se décrète point mais se propose comme un art de vivre sous condition – et c’est notre mission – de réunir les ‘ingrédients’ pour le rendre possible. La tâche est immense, nous ne l’accomplirons pas, mais que cela ne nous dispense pas de la commencer.

L’attention à la différence est une des conditions du ‘vivre ensemble’ se révélant dans le temps comme une richesse jusqu’à découvrir notre ‘incomplétude’.

Qui n’a pas besoin de l’autre pour exister jusqu’à s’éveiller à cette formidable ouverture qui faisait dire à Rimbaud : Je est un autre. Alors le ‘je’ perd de sa suffisance, mais gagne en autonomie pour appréhender une liberté intérieure où l’autre n’est plus un risque mais la chance de naître à son humanité.

L’accompagnement n’est pas de croiser l’autre mais de le rencontrer. Cette relation fait aussi de nous des accompagnés, l’aidé devient l’aidant. Le fragile n’est plus l’apanage de l’autre, il s’inscrit dans notre propre histoire.
A la question d’un journaliste : qui êtes-vous ? François, notre Pape, répond : je suis un pécheur. Nous mesurons son humanité pour être traversée par la conscience du fragile.

Nous voici conduits à entendre autrement. Ne serait-ce pas ce « craquement de l’âme », pour reprendre l’expression de Bernanos. Une fraternité se fait jour. L’idéal inscrit sur les frontons de nos établissements publics devient appel d’une relation nouvelle impliquant le don.

Je laisse à votre réflexion l’apostrophe de Winston Churchill : on vit de ce que l’on obtient, on construit sa vie sur ce que l’on donne.

Or, l’accompagnement est un don, à commencer par celui du temps, de la confiance dans une posture de réciprocité, créatrice précisément de la fraternité, rempart de la haine.

Bernard Devert

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