Les journées du patrimoine, l’école de l’avenir

Le succès de ces journées ne se dément pas. Dans ces temps incertains pour s’inscrire dans un ‘clair-obscur’, l’histoire rassure et apaise les doutes. Ernest Renan ne définissait-il pas la nation par le fait d’avoir fait des grandes choses ensemble et de vouloir en faire encore.

Le patrimoine, du latin patrimonium, fait de nous les héritiers de ces grandes et belles choses.

Les biens sont d’une telle qualité qu’ils laissent transparaître la foi, la capacité de création de nos aïeux jusqu’à nous interroger : comment ont-ils pu oser, risquer l’impossible. Ils l’ont fait.

La visite de ce patrimoine fait traverser les siècles, non point pour rester dans le souvenir, mais pour nous éveiller à notre responsabilité, que laisserons-nous en héritage.

A La Rochelle, ce samedi, j’avais la joie d’accompagner « Habitat et Humanisme Charente-Maritime », présidée par Gilles de Bohan. L’association présenta à plusieurs milliers de personnes le monastère Saint Augustin situé dans l’hyper-centre de la ville.

Ces bâtiments abritèrent pendant plus de six siècles des moines et des moniales.

Les dernières religieuses ont décidé en concertation avec l’Evêque du diocèse, Mgr Bernard Housset, qui présida et anima Diacona, de se rapprocher de notre Mouvement pour réaliser un béguinage, des logements intergénérationnels et un accueil de personnes défavorisées en lien avec le Secours Catholique.

Surtout, dirent quelques-uns avec crainte mais bienveillance, ne touchez à rien : j’ai fait dans ce monastère ma communion, mes grands-parents ont étudié dans cette belle maison conventuelle. D’autres au contraire se réjouissaient de la décision de la Communauté religieuse et du Père Evêque, témoignant de l’espérance du Pape François qui dans son exhortation apostolique La Joie de l’Evangile demande de « prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaitre le Christ souffrant, même si, en apparence cela ne nous apporte pas des avantages tangibles et immédiats. »

Comme elles sont belles, dit François, les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement.

Le patrimoine ne peut être enfermé dans des musées ; d’aucuns sont nécessaires mais que de magnifiques bâtiments doivent se présenter comme des biens suscitant les liens de l’inespéré pour offrir les conditions d’une estime de l’autre, jamais étrangère à celle de soi.

Quand le patrimoine est affecté à la lutte contre l’indifférence, ne rejoignons-nous pas nos aînés qui n’ont point ménagé leur peine, leurs talents pour créer les conditions de l’émerveillement qui participe à ce supplément d’âme si nécessaire pour que l’homme s’humanise.

La Bible, patrimoine d’humanité, nous partage l’interrogation du Créateur : qu’as-tu fait de ton frère. En serais-je le gardien répond cyniquement Caïn pour n’avoir pas compris que l’homme est la plus belle des cathédrales, un joyau pour le Père.

L’intérêt de ces journées du patrimoine ne témoignerait-il pas d’une recherche de sens pour apprendre à habiter l’histoire comme berceau de notre avenir.

Bernard Devert
Septembre 2014

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