Détruire le veau d’or

L’ancienne prison Saint Paul à Lyon est devenue un site d’ouverture pour abriter désormais l’Université Catholique, accueillant 10 000 étudiants.

Dans ce cadre il m’a été donné, à l’invitation de Acteurs d’Economie, de participer avec Jean Peyrelevade, banquier, Roger-Paul Droit, philosophe, à une table ronde sur le thème l’argent est-il sale.

L’argent sale, n’est-il pas celui de la fraude fiscale, des économies parallèles qui entretiennent et développent les addictions jusqu’à détruire ceux qui s’y adonnent.

Jean Peyrelevade, agnostique, citait le Livre de l’humanité rappelant l’obligation de ne point voler, une sale façon de s’enrichir rapidement. Le vol peut être très sophistiqué tant sont nombreuses les façons de détourner de l’argent prenant la route de ces espaces, dénommés les paradis fiscaux.

Il est aussi un argent futile qui s’éloigne de l’argent fertile si nécessaire pour bâtir, innover, instruire, construire l’avenir.

Ce qui est sale ce n’est pas l’argent, mais ceux qui l’instrumentalisent dans des directions dommageables, l’éloignant du bien commun.

L’argent est un marqueur social. Ne marque-t-il pas salement des quartiers – qu’on nomme avec beaucoup de pudeur, sensibles – De quelle sensibilité parle-t-on, si ce n’est de la violence que la ghettoïsation fomente pour enfermer l’avenir de ceux qui habitent ces lieux du ban.

Roger-Paul Droit appelait l’attention sur la démesure de l’argent qui enfle à un tel niveau qu’elle crée une accumulation des richesses se concentrant dans les même mains, alors que derrière le miroir, il y a l’accumulation des dettes si considérables qu’elles ne seront jamais remboursées.

L’argent est en conflit avec l’éthique quand il ne la met pas chaos, là où l’insatiabilité de l’avoir cause le naufrage des devoirs moraux.

L’argent n’est qu’un moyen mais encore faut-il veiller à ce qu’il ne nous gouverne pas. L’argent est un mauvais maître mais un bon serviteur, nous rappelle Matthieu, l’évangéliste, qui n’en a pas manqué.

Quand les 500 premières sociétés américaines, cotées en bourse versent en 2014 à leurs actionnaires 95% de leur résultat ou rachètent leurs actions ‑ ce qui réduit le capital ‑ ne peut-on pas s’interroger sur le manque d’imagination pour investir en vue de nouvelles richesses.

Les 1000 milliards distribués répartissaient les résultats d’hier, mais quelle attention aux dividendes de demain. Un sale temps pour l’avenir.

Ce constat fait apparaître une fracture entre la société et l’entreprise.

Les dividendes distribués répondent à la définition de la Société : se réunir en vue de partager les bénéfices, observant alors le vide juridique de l’entreprise alors qu’elle a des responsabilités infiniment plus importantes, plus longues que celles de la société.

L’argent n’a pas d’odeur. Il brille et parfois coule à flot jusqu’au bling-bling de la vulgarité mais l’argent peut aussi donner couleur à ces causes qui n’ont pas d’autres objectifs que le respect et la dignité de la personne.

La question pour tous, et pour tous les temps, est de se battre contre la fascination du ‘veau d’or’. Faute de le détruire, il nous détruit.

Bernard Devert
Octobre 2015

2 commentaires sur “Détruire le veau d’or

  1. On ne peut qu’être en accord, mais la question qui revient sans cesse, comment faire ? Dans notre vie de tous les jours, on peut lutter, mais dans la spirale économique mondiale, avec les multinationales, comment faire ?

  2. Evidemment, l’argent est sale, *oui*, parce qu’il vous asservit, vous comme moi. Oui, vous, comme moi, et comme les pauvres et les riches, et même comme ceux qui se croient à l’abri parce qu’ils ont fait voeu « de pauvreté » (et ne manquent de rien. Oui, l’argent est sale, absolument, parce qu’on ne peut pas servir 2 maîtres. Vous stigmatisez une fois de plus les « banlieues », où je me fais un honneur de vivre depuis 50 ans, après avoir vécu les 30 premières années de ma vie dans des maisons dont on ne peut même plus imaginer l’inconfort et même l’insalubrité. Quel luxe qu’un appartement HLM en comparaison! Et comme il est méprisable de se dire « défavorisé » quand on a la chance d’en occuper un! Comme il est méprisable de saboter son environnement pour faire fuir ceux qui aspirent à la paix ou ceux dont la présence est un obstacle à ce que vous appelez « ghettoïsation ». Demandez-vous honnêtement qui a cherché cette ghettoisation. L’argent n’est pas moins sale parce qu’on se donne bonne conscience en l’utilisant de telle ou telle manière. Il est sale, c’est tout.

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