La prudence, une des conditions pour réussir les changements

Il nous souvient de ce mot de Monsieur de Talleyrand : « doucement, je suis pressé ».

Le prendre-soin des liens nécessite de la retenue et de la bienveillance pour s’éloigner de la brutalité des jugements. Discerner, ce n’est point juger, mais évaluer une situation en vue de la faire évoluer.

Qui n’entend pas ces paroles qui stérilisent et crispent les relations. Ainsi, ceux confrontés à un chômage prolongé sont parfois considérés comme responsables de leur situation, un verdict sans appel, prononcé sans aménité.

Ce chômage massif relève d’une cause structurelle sur laquelle il faut agir sans mollir pour combattre une situation qui n’est pas sans créer de graves iniquités et d’irréparables blessures. Pourquoi vouloir ajouter à la vulnérabilité, de la culpabilité.

Les oubliés de la croissance et les rejetés, suite à la transformation rapide et profonde de la Société, n’ont pas besoin d’entendre des propos qui accablent jusqu’à détruire l’estime de soi.

L’expression « premier de cordée » du Président de la République fait florès. L’image est suggestive pour introduire la présence de guides qui non seulement mènent vers des sommets des personnes qui n’auraient jamais pu isolément y parvenir, tout en veillant à ce qu’aucune ne se perde.

Que d’hommes ensevelis sous les avalanches de résultats financiers, entraînant parfois des licenciements collectifs ou des délocalisations d’entreprises avec les dommages que l’on sait.

Dans la cordée, les mots se raréfient à mesure que l’on monte, laissant place à un silence, à une écoute se révélant présence.

Là où les risques augmentent, la responsabilité s’invite. Les difficultés, voire les défaillances, n’entraînent pas l’exclusion, mais une plus grande solidarité.

La Nation a besoin de ces cordées, de ces premiers de cordée pour forger de grands desseins habités par le sens et la recherche d’une cohésion des liens qui ne peut s’affranchir de l’obligation de sécuriser les plus fragiles.

La réforme annoncée des APL, sans doute nécessaire, s’accompagna d’une information brutale : diminution pour tous de 5 €. Ce n’était rien pour un grand nombre, mais c’était oublier que ce retrait aggravait la situation des plus fragilisés dont le « reste pour vivre » est purement et simplement indécent.

Au sein de notre Société, il est des centaines de milliers de personnes qui ne disposent que de ce petit reste, le prix d’un bon repas. L’image de la table pour les uns, des miettes pour les autres, signe l’émiettement du corps social.

L’attention à la vulnérabilité est une nécessité ; elle ne vient point compromettre l’élan vers les sommets ; bien au contraire, dès lors qu’il est apporté l’assurance qu’entre la prise de décisions et le résultat attendu, la situation des plus fragiles ne sera pas altérée.

Cette prudence doit accompagner les réformes. N’est-elle pas aussi la joie du guide qui, arrivé au sommet, voit toute la cordée émerveillée de ce qu’elle découvre pleinement, pour avoir éprouvé dans sa marche combien l’effort était porteur d’un espoir vivifiant.

Il a été trop souvent rappelé que notre Pays était difficilement réformable, n’aurions-nous pas oublié la finalité des changements, améliorer la maison pour tous afin que chacun y trouve sa part et sa place.

Bernard Devert
Janvier 2018

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