La fraternité, une « cathédrale » à bâtir

Le monde a besoin de femmes et d’hommes qui, habités par une liberté intérieure, sont à distance des idées de puissance, de reconnaissance, pour privilégier l’attention à l’autre, source de fraternité.

La force d’un homme se reconnaît au degré de vérité qu’il peut supporter, dit Nietzche. Cette vérité est un dépouillement, un lâcher-prise, nécessaire pour ne point dériver vers l’indifférence à l’égard des plus fragiles.

La vérité, quand elle ne s’éprouve pas dans une vigilance à la fragilité, se révèle vite une morsure.

Lors des Rencontres Capitales, tenues à l’Institut de France les 7 et 8 avril, Denis Lafay soulignait dans un titre paradoxal et vivifiant : Etre fragile, une force pour transformer. Dans un contexte civilisationnel, placé – disait-il ‑ sous le joug de la double performance humaine et technologique, le respect et la considération de cette fragilité semblent plus que jamais… fragilisées.

Devant le réel qui souvent maltraite, le fragile peut-il résister, ou mieux offrir la chance d’esquiver la violence pour ouvrir à des relations plus harmonisées.

Face à ce qui gifle les plus vulnérables, la seule attitude concevable est de s’éloigner de la dureté des jugements. Ne sont-ils pas trop souvent des arrêts sur image, occultant à dessein la bienveillance pour laisser place au prisme du clinquant, fût-il insignifiant.

La fragilité est au monde ce que la rosée est au matin, une tendresse si dense qu’elle fait se lever des énergies inattendues ; le fragile est reconnu pour ce qu’il est, compagnon de la vie.

Ce 4 avril 2018, nous faisions mémoire du 50ème anniversaire de la disparition tragique de Martin Luther-King. Un prophète assassiné pour avoir éveiller sa Communauté, mais aussi tous les oubliés et les rejetés à exprimer pacifiquement et fermement que tout homme est égal en droits.

J’ai fait un rêve, disait-il. Quel rêve ! Celui de conférer à l’éthique un primat sur les idées de puissance, ou de l’entre soi, qui alimentent les luttes ethniques. Au nom de quelles valeurs.

Prendre de la hauteur, comme le fit Martin Luther-King, c’est toujours un risque ; le déserter, c’est être assuré de rester dans des abîmes glauques, refusant les cimes.

Quand nous consentons à voir plus loin, alors nous entrevoyons les passages du possessif à l’oblatif, de l’obscurantisme à une ouverture désarmante, comprenant qu’on n’existe pas par comparaison, mais en raison d’une fraternité qui nous transforme.

Charles Péguy l’a bien compris. Lors d’un pèlerinage à Chartres, berceau de la dévotion mariale, il interrogea trois personnes travaillant sur le bel édifice de la cathédrale. Le premier, ne voyant que la difficulté de sa tâche, eut une réponse plaintive ; le second ne vit dans son travail qu’un simple gagne-pain et le troisième, émerveillé par le sens de sa mission, exprima joyeusement : « je construis la cathédrale ».

Cet émerveillement, quand il s’introduit dans la tâche aride, parfois la plus ingrate et délicate, traduit une liberté, accueil du fragile, éloge de la fraternité.

Bernard Devert
Avril 2018

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s