Veiller pour devenir meilleur

Juin est le mois des Assemblées Générales : il s’agit de rendre compte et d’évaluer ce qu’il faut poursuivre pour réduire les situations de précarité et de misère.

Notre rapport d’activité s’ouvre sur la photo d’un petit enfant. Tout un programme. Son regard traduit la confiance : il se sait protégé pour être aimé. Ses yeux amusés donnent à entrevoir une joie insouciante ; elle fait du bien.

Cet enfant, heureusement, ne se pose pas de question. En revanche, il nous invite – et c’est notre responsabilité – à nous demander ce que deviendront tous ces gosses abimés par la misère. Cette attention réveille en nous l’éternelle enfance, source du meilleur de soi-même.

Les différentes opérations présentées ne valent que par le bonheur qu’elles procurent aux familles qui ont trouvé un habitat décent. Je garde en mémoire la joie de cet enfant : « maman, maman, j’ai une chambre ! ». Tout un univers s’ouvre.

Que d’enfants aimeraient avoir ce bonheur ! Tristesse de ne pas pouvoir le leur offrir !

Dans l’assemblée des questions surgissent, traduisant la juste impatience d’en finir avec ces situations du mal logement : Que faire pour aller plus loin, pour que l’enfance ne soit pas abimée ?

Il n’y a pas de réponse toute faite, tant le malheur, hélas, nous résiste. L’assemblée est ‘secouée’, non point par une voix docte qui sait, mais par le jaillissement d’une attente : être des veilleurs pour devenir meilleurs. Quelle fraîcheur !

J’entends cet homme au soir de son existence me dire : « plus j’avance en âge, plus je suis optimiste ». Il a fait un choix – il est le nôtre – aller vers les berceaux de la vie qui, seuls, éloignent des linceuls.

Marion Muller-Colard dans son opuscule, Le plein silence, dit :

 « Au bord de mon lit s’assoit le Maître et je voudrais pouvoir faire bouger mes lèvres pour décliner la leçon d’aujourd’hui.

 Mais la leçon est terminée, me dit-il. L’as-tu au moins comprise ? Tu ne peux pas être première car ici, il n’y a pas de ligne d ‘arrivée ».

 Oui, il n’y a qu’une ligne, celle du départ où, chaque jour, chacun essaie de commencer, de recommencer pour détruire le pessimisme qui voudrait nous faire croire que l’amour jamais ne gagnera.

« Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit ». Un Esprit qui nous dépossède de nos certitudes, de nos amertumes, de nos refus ou de ces propositions défaitistes : on a déjà essayé ; et alors…vivre n’est-ce pas précisément toujours tisser de nouveaux liens.

L’esprit d’enfance ne serait-ce pas cette liberté, nous éloignant des enclos nourrissant les peurs et l’entre-soi.

Bernard Devert

Juin 2018

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