L’équité, cette exigence pour redonner force et sens à la démocratie

Ils ont oublié de voter ! Une abstention record qui, inexorablement, s’installe élection après élection.

« Ils », qui sont-ils ? Essentiellement les plus vulnérables qui pensent que le pouvoir politique les oublie ou qu’il ne peut rien faire pour eux. Au soir du premier tour, nombre d’acteurs ou de commentateurs parlaient d’un vote censitaire ; l’expression n’est pas juridiquement juste, mais elle traduit les ruptures et les fractures que subit la Société.

Le vote est là pour défendre l’unité et l’indivisibilité de la République.

Or, l’unité est pour le moins en souffrance. Qui peut contester qu’il y a des territoires perdus, éloignés. Un reportage récent sur les cités soulignait qu’à 18 km du centre de Paris, des ghettos se faisaient jour.

L’indivisibilité ne se construit que si tous les membres du corps social sont respectés. Qui ne voit pas ou ne perçoit pas la souffrance des « décrochés » et de ceux qui, mis en retrait, ont le ressenti amer et délétère de ne compter pour rien.

Le corps social est violenté. Trop de nos concitoyens jugent qu’ils n’ont rien à signifier à la Res Publica se pensant, à tort ou à raison, comme peu de chose pour les édiles.

Le Docteur Albert Schweitzer demandait que chacun s’efforce, dans le milieu où il se trouve, de témoigner à l’autre qu’il compte, c’est-à-dire lui offrir une véritable humanité. C’est de cela, ajoutait-il, que dépend l’avenir du monde. Il en va de même de celui notre démocratie.

Une telle approche ne saurait être remise à demain, tant l’urgence s’impose de bâtir une Société plus cohérente, par-là même plus humanisée.

Les élections législatives sont marquées par la question du pouvoir d’achat ; une peur légitime s’est emparée de ceux qui connaissent la cruauté des fins de mois.

Les détresses sont réelles. Que de mamans, par exemple isolées, luttent pour que leurs enfants aient un toit. Elles le trouvent dans les périphéries, éloignées de leur lieu de travail. Qui se soucie des difficultés qu’elles rencontrent au regard de la mobilité, alors qu’elles exercent des fonctions indispensables à la vie, comme celles d’auxiliaires de vie ou d’aides-soignants.

L’urgence est de repenser l’économie.

Il est nécessaire d’offrir à la finance le rôle de servante qu’offre l’économie sociale et solidaire. Elle fait ses preuves pour concourir à remettre debout des concitoyens au bord du chemin, blessés par la vie.

Le baromètre de la finance solidaire, publié le 7 juin par La Croix et l’association Fair (Label finansol), marque un nouveau record pour cette forme d’économie, permettant aux épargnants de prendre conscience de leur pouvoir, suivant l’expression du Professeur François Gemenne.

Il en va aussi de ce pouvoir d’achat érodé par un coût du logement insupportable avec l’explosion des charges foncières. Quelle injustice de voir que là où les Collectivités s’investissent au titre des infrastructures pour faciliter les transports, les équipements culturels, le foncier explose, mettant à distance ceux qui en auraient le plus besoin.

La mémoire est source d’avenir ; elle permet de corriger les erreurs, de redresser des situations dommageables. N’oublions pas que ces élections se tiennent dans un contexte où il était espéré ces « jours d’après » ; l’espoir sera effacé s’ils n’offrent pas une solidarité prioritaire à l’égard des plus fragiles.

Cette solidarité, quelles que soient les sensibilités, il convient de la bâtir urgemment pour que le corps social retrouve son unité et son indivisibilité.

Bernard Devert

Juin 2022

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