Méditations

Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? Ecoute, toi qui te laisses rencontrer dit Jésus : l’œuvre de Dieu c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé.

Un évènement incroyable que nous parvenons pourtant à banaliser : on va à la messe. D’habitués, ne devrions-nous pas être quelque peu « hébétés » pour participer à la mort et à la résurrection du Christ, de Celui-là même qui nous donne l’hospitalité sans que nous parvenions toujours à quitter nos hostilités, non plus que nos malentendus, ni avec Dieu, ni avec ceux que nous ne supportons pas, pour être différents et avoir pour tort d’être situés autrement.

Je vous partage deux rencontres :
A la sortie d’une messe une paroissienne m’apostrophe :
– Père, me dit-elle, il faut que vous sachiez, beaucoup n’osent pas vous le dire, vous nous faites du tort.
– Quel tort ?
– Voyez, dans ce quartier du 6ème arrondissement, à proximité du Parc de la Tête d’Or, vous construisez un immeuble qui va en briser la sérénité pour accueillir des pauvres et des étrangers.
– N’est-il pas étrange, lui dis-je, que vous teniez à la sortie de ce repas eucharistique un tel propos ! Ensemble ne partageons-nous pas le corps de Celui qui nous fait découvrir le privilège de vivre comme Lui sans privilège. N’est-ce pas cela l’Evangile : « j’avais faim, soif, j’étais prisonnier, malade »
Alors ajoute-t-elle en se retirant : s’il faut croire à l’Evangile…

Dans une église qui honorait une belle tradition pour vivre un temps de célébration avec les nouveaux convertis, une conversation s’engage à la fin de la messe, étrangère à toute conversion.
– Où habitez-vous, dit une personne à une religieuse ?
– A Villeurbanne, à l’Hospitalité de Béthanie, précise-t-elle.
– Je ne connais pas
– mais peut-être, répond-elle, connaissez-vous l’association qui a construit cette maison ?
– Oui, dit-elle, j’ai entendu parler de ce prêtre qui fait n’importe quoi pour accueillir n’importe qui.

« Ceci est mon Corps » : ceci est un cri. Ce cri est celui de l’Amour si peu aimé.

« Jésus prit du pain sans levain »  sans violence suivant l’une des traditions hébraïques. Un pain sans violence pour être le pain des pauvres, de ceux-là mêmes qui sont toujours désarmés.

« Ceci est mon Corps ». Veux-tu, nous dit le Christ, qu’il devienne ton corps jusqu’à vivre toi-même désarmé et désarmant.

Faire corps avec l’existence des hommes, des hommes malheureux, abîmés, ignorés. Que d’incompréhensions entre Dieu et l’homme. Pourtant Dieu ne cesse de nous parler d’une manière étonnante, la Parole se fait chair. « Ceci est mon corps » pour qu’il devienne ton corps, notre corps.

« Je suis le pain de la vie, celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui vient à moi n’aura plus jamais soif. »

L’Homme de Nazareth vient apaiser nos faims, étancher nos soifs. Quand saurons-nous entendre celles de nos frères, quand parviendrons-nous à saisir cet appel qui vient du plous profond de l’être : il n’y a donc personne pour entendre, personne pour comprendre ?

Ce corps transfiguré ne nous invite-t-il pas à prendre soin de tous ces corps défigurés ; si la messe ne nous change pas, qu’est-ce qui nous fera changer alors qu’elle est le lieu même du pain de la vie pour une vie donnée en abondance ?

La messe est dite, disent d’aucuns ; mais non la messe est un appel à vivre, éloigné des idées de convenance, de puissance pour se recevoir du Seigneur dont l’attente est que nous partagions sa même faim, sa même soif d’aimer.

Bernard Devert,

Publicités

L’appel du silence comme un appel à agir autrement

Que de bruits, de cris, se font entendre pour défendre les causes des plus nobles mais qui, pour ne point toucher le cœur, restent sans lendemain. Paul Ricœur dit : « plus l’on est habité par une parole forte, plus on doit la délivrer faiblement ».

Le cœur n’entend que la parole créatrice du silence, là où s’éveille le temps d’un discernement pour des engagements de nature à faire changer ce qui est déshumanisé.

La relation à l’Éternel est dans le même mouvement une relation à l’homme. Un Dieu incarné dans notre histoire qui nous éveille à la grâce et la joie d’une filiation pour nous faire naître à notre condition d’enfant d’un même Père.

Dieu ! Que nous sommes durs entre nous et plus encore à l’égard des oubliés de nos sociétés.

Comment ne pas se laisser interroger sur le mal-logement qui ronge le tissu social. Ce cancer semble sans thérapie pour consentir à des mesures palliatives que sont celles, par exemple, des hébergements provisoires pendant le temps de l’hiver. Que deviennent alors ces familles lorsque les camps sont levés au moment du printemps. Pouvons-nous croire raisonnablement que l’hiver, pour ces familles, s’en est allé.

Ils sont pourtant des hommes, des frères. Aucun d’entre-nous ne peut dire : je ne savais pas. Nous les croisons, certes, mais nous oublions de les rencontrer.

Que faire pour justement défaire cette indifférence ; elle n’est certes pas voulue mais ne résulte-t-elle pas du refus du silence où nous accepterions que le Seigneur pose sur nous son regard. Une transformation qui nous conduirait à regarder autrement la réalité sociale pour découvrir d’autres urgences nous conduisant vers Dieu et par là-même vers nos frères en difficulté.

Brisons les malentendus entre Dieu et l’homme, entre nous-mêmes et ceux qui nous sont différents pour nous apparaître comme étranges.

Ensemble faisons nôtre la prière de Salomon à l’Eternel : « donne-moi un cœur intelligent ».

L’or, l’encens et la myrrhe

Quel bonheur que de partager sa joie fut-elle surprenante pour être vécue dans un lieu recevant les oubliés de nos sociétés.

Pourtant…

Dans le cadre du dispositif hivernal, 50 personnes essentiellement des familles, condamnées à faire le 115 pour trouver un abri, sont accueillies.

Elles viennent souvent de pays lointains mais la fraternité ne saurait avoir de frontières ; inquiètes et comment ne le seraient-elles pas pour ne disposer d’aucun lien social, logement, travail, statut, amis. Quel avenir ? Grande est leur solitude mais pour autant elles ne sombrent pas. Quel est leur secret ?

Je n’ai pu m’empêcher ce dimanche de l’Epiphanie de les comparer à ces mages qui, venant d’ailleurs, acceptent de prendre un autre chemin pour déserter les allées de la facilité, celles parfois du pouvoir.

Nombre d’entre eux auraient pu de par leur culture être proches des lieux de puissance ; ils ont refusé de cautionner des politiques bafouant la liberté et la dignité de l’homme jusqu’à devoir s’exiler, leur engagement les mettant en danger ; d’autres sont venus non sans audace et espérance, rechercher les conditions d’un « mieux vivre ».

Ils ont laissé bien des présents :

  • l’affection et l’amitié des leurs; n’est-ce pas de l’or ?
  •  le pays natal avec ce parfum du mystère signifié par l’encens.
  •  La sécurité, déposant la myrrhe, l’huile pour soigner les blessures que révèle la vie risquée.

Sans trop se préoccuper d’eux-mêmes, ils consentent douloureusement à cet inconnu qui tranche avec nos peurs et nos crispations naissantes en ces temps difficiles. Ne nous nous invitent-ils pas à prendre un autre chemin, celui d’une plus grande liberté pour être celui de la confiance.

Les Mages étaient des riches par leur savoir. Puissions-nous ne pas les croiser mais bien les rencontrer pour recevoir d’eux une richesse inespérée, celle d’un cœur de pauvre.

Une étoile à scruter qui pourrait bien nous faire découvrir des inattendus.