L’attention à la vulnérabilité, clef d’humanité.

La résidence sociale ‘Château Gagneur’ à Gex, à proximité de Genève, qu’Habitat et Humanisme vient de réaliser, illustre le titre de cette chronique.

Tout commença par une écoute de cœurs lézardés de peine qui eurent l’audace de faire de leurs blessures des brèches d’ouverture.

Un homme de grande noblesse, prisonnier des Nazis, revint auprès des siens à la fin de la guerre, touché par de graves séquelles psychiques ; son couple ne résista pas.

Les coups l’avaient trop brutalisé pour qu’il puisse se relever ; il connut alors l’exclusion, la marginalisation puis finalement la rue où il mourut.

Ses enfants, blessés par ce drame, comprirent que si leur père avait bénéficié d’un ‘habitat accompagné’ son histoire eut été différente. La leur aussi.

L’héritage de la propriété familiale contribua à bâtir cette pension de famille de 18 logements dont trois pour des femmes violentées physiquement, obligées de se sauver pour rester en vie.

Cette opération prend en compte deux drames trop souvent voilés :

  • les ‘morts de la rue’ : 454 personnes en 2013 dont 15 enfants de moins de 15 ans
  • Les femmes battues à mort par leur conjoint. Une épouse sur dix est victime de cette violence, 148 décès enregistrés en France au cours de l’année 2013.

Il est observé que pour les Européennes âgées de 16 à 44 ans, les brutalités au sein du foyer sont la première cause de mortalité avant les accidents de la route et le cancer.

Devant tant de drames s’imposent les lieux de tendresse que constituent ces pensions de famille où les ‘bleus à l’âme’ et ‘ceux au corps’ sont enfin pris en compte.

18 logements, 18 nouveaux abris protégeant de la folie destructrice d’hommes vils et d’une Société qui ne l’est pas moins pour jeter à la rue en toute impunité des gosses qui meurent pour ne point avoir de toit ; leur mort n’éprouve personne, ou si peu.

Ces 18 nouvelles portes s’ouvrent sur un espace construit par des passionnés de l’humain ; là des êtres apprendront à revivre, à retrouver l’estime d’eux-mêmes. Les larmes sans doute couleront encore, mais elles seront celles qui éclairent le regard pour laver les yeux de l’amertume, de la honte, du ressenti douloureux et d’une tentation légitime de la violence qui parfois étreint.

« Heureux ceux qui pleurent » (Mt 5,4).

L’inauguration de cette opération, balayant les inutiles et factices congratulations, laissa place au langage de l’émotion. Les mots conduisaient au silence pour mieux faire entendre le battement des cœurs, chacun saisissant la partition qu’il avait encore à jouer pour que s’ouvre l’harmonie d’un nouveau monde.

Oui, il est de notre responsabilité qu’il y ait davantage de ces portes qui nous transportent vers l’exigence éthique d’habiter autrement notre terre pour en faire un espace de bienveillance. Utopie. Et alors ? Heureusement nombreux sommes-nous à ne pas vouloir la déserter ; Elle a aussi pour nom le royaume du cœur.

Bernard Devert
Novembre 2014

Sciences et fraternité s’embrassent

Dans son journal écrit en déportation, Etty Hillesum, souligne le nombre de ‘maisons inhabitées’. Il s’agit bien sûr de ces demeures intérieures désertées auxquelles nous pourrions aussi ajouter celles inhospitalières à la différence.

Que de programmes pour lesquels il est désormais mis en avant la sécurité. Quelle sécurité, la reconnaissance des mêmes déjà protégés par la possession d’un pouvoir, souvent celui de l’argent.

Dans ces maisons, l’autre n’a pas de place, moins par méchanceté que par incompréhension. La cohésion sociale s’en trouve cependant matraquée, les plus petits trop souvent condamnés à se contenter de baraques.

Pourtant il y a des exceptions qui pourraient se révéler comme un nouvel art d’habiter et de vivre avec ces ‘habitats bienveillants’ que sont notamment les maisons intergénérationnelles.

Habitat et Humanisme vient d’inaugurer, sur un site magnifique à Tassin la Demi-Lune, une maison pour des personnes que la vie a bousculées, blessées et qui dans leur troisième ou quatrième âge bénéficient enfin d’un hébergement, accompagné du soin et du « prendre soin ».

L’originalité est que cette maison est sur le même terrain que l’Université Mérieux au sein de laquelle travaillent des chercheurs engagés contre les fléaux endémiques comme par exemple « Ebola »

A cette inauguration participaient ceux qui trop longtemps ont enduré la rue, cherchant vainement un toit et d’autres qui luttent pour ‘déloger’ ces pandémies décimant souvent les populations les plus fragilisées.

Les cœurs se sont ouverts avec comme corollaires l’émerveillement et la complicité. Alors que tout apparemment séparait ces hommes et ces femmes, il se produisit une alchimie autorisant une vraie rencontre portant le nom de fraternité.

A la réflexion, pourquoi s’en étonner ?

L’attention aux blessures, celles que l’on porte et celles pour lesquelles l’on se bat jusqu’à trouver un sens à sa vie, suscite d’incroyables rapprochements. Les masques tombés, les visages désarmés offrent une humanité laissant transparaître son Créateur.

Le site n’est pas indifférent à cette reconnaissance pour être un Monastère de Clarisses. Les religieuses le quittèrent en raison de la pyramide des âges mais, déterminées, elles refusèrent que ce lieu de prière devienne l’espace d’un enfermement.

L’Esprit est toujours signe d’ouverture et de partage ; Il veillait.

La conviction de ces Soeurs a emporté les conditions d’un ‘vivre ensemble’ qui s’est traduit par un ‘faire ensemble’ soutenu par des populations aisées investissant dans une épargne solidaire avec le concours de la Banque Populaire et du Crédit Agricole.

Dirigeant d’un grand laboratoire, Alain Mérieux, veilla à ce que son Université soit signe d’une passerelle avec ces chercheurs de toit qui enfin le trouvèrent au sein de cette maison dénommée François et Claire.

Tout un programme. Dante dans la Divine Comédie, dit en parlant du Poverello d’Assise  que surgit au monde un soleil. Ces rayons pour traverser le temps et l’espace n’éclairent-ils pas notre avenir.

Bernard Devert
novembre 2014

La trêve hivernale, une chance pour passer d’une hostilité différée à une hospitalité

Cinq mois pour agir, la trêve courant du 1er novembre au 31 mars.

110 000 foyers font l’objet d’une procédure d’expulsion dont la majorité est liée à la grande pauvreté.

Nombre de familles ne peuvent plus supporter totalement leurs loyers et charges, ne disposant que d’un faible ‘reste pour vivre’. Cette observation souligne l’inadéquation du logement très social au regard de la montée des précarités.

Le chômage massif conduit bien des familles à ne plus pouvoir se maintenir dans leur logement.

Qui s’oppose à ce que chacun ait un toit décent ? Personne, mais personne ou si peu ne s’inquiètent de la déshumanisation que constitue un logement inabordable pour les plus vulnérables. Chaque année des voix se font entendre, largement relayées à l’approche de l’hiver dans cette peur partagée des morts annoncés, oubliant que l’été se révèle tout autant meurtrier pour les sans-abri.

Le drame que représente l’expulsion devrait nous éloigner des actes sporadiques de générosité pour privilégier la fraternité dans le continuum de la destination universelle des biens.

Le dispositif propriétaire et solidaire, déjà porté par plus d’un millier de bailleurs au sein d’Habitat et Humanisme, justifie que nous lui donnions plus d’impact. La crise du mal logement, qui n’en finit pas, n’autorise pas la vacance encore importante de logements dans les huit premières de nos agglomérations, même si la taxe l’a sensiblement réduite.

Ce dispositif qui donne des résultats intéressants repose sur un triptyque :

  • des bailleurs qui consentent à réviser le prix des loyers en les situant au niveau du logement social,
  • L’Etat prenant en compte l’effort des propriétaires leur offre un abattement jusqu’à 70 % des revenus fonciers,
  • L’association Habitat et Humanisme accompagne les locataires et garantit les loyers, voire assure le financement des travaux de réhabilitation, notamment pour la maîtrise des charges ; plus d’un français sur cinq peine à payer la facture énergétique.

En 2014/2015 HH privilégie ce dispositif à destination des foyers qui, n’ayant plus besoin de logement très sociaux pour avoir réussi leur insertion, peuvent entrer dans un parcours résidentiel.

Cette approche heureuse sur le plan humain est aussi judicieuse sur le plan social et économique.

  1. ces locataires deviennent à leur tour acteurs de solidarité, une reconnaissance qui n’est pas sans créer les conditions de l’estime de soi.
  2. le parc social gagne en fluidité via l’implication du privé avec des loyers intermédiaires éligibles à l’APL.

L’adhésion à ce dispositif donne à cette ‘trêve hivernale’ tout son sens. Elle témoigne d’un refus de la misère et d’une détermination pour que l’issue de ces cinq mois de trêve soit un printemps pour ceux qui ne le connaissent pas.

Ensemble ouvrons portes et fenêtres, conscients que les tenir fermées c’est concourir au naufrage de l’espérance.

Bernard Devert
Novembre 2014

L’Economie Sociale et Solidaire

2014 est une date importante pour cette forme d’économie, enfin bénéficiaire d’une loi. Le texte du 1er août sur l’ESS n’est pas sans connaître des limites et la trace de crispations, le législateur ayant écarté des marchés financiers les titres des sociétés répondant à ce nouveau statut.

L’économie sociale et solidaire doit répondre au moins à deux critères :
•    une gouvernance qui ne soit pas liée à la seule détention du capital,
•    une lucrativité contenue, l’activité devant privilégier le développement et non le seul partage des bénéfices.

Les sociétés commerciales peuvent bénéficier de ce statut, mais elles doivent faire la preuve de leur utilité sociale définie comme le soutien aux personnes en situation de fragilité, ou encore la lutte contre les exclusions et les inégalités.

L’appartenance à l’ESS se présente comme une résilience entre le social et l’économique dans la perspective d’une responsabilité partagée pour une société plus humanisée, traversée par la question du « prendre soin ».

Une étape importante préfigurant une loi nécessaire pour offrir à l’entreprise un statut, premier acteur désormais de la finance solidaire.

Que de malentendus sur l’entreprise comme nous avons pu l’entendre entre le Ministre du Redressement productif et les dirigeants du Groupe Peugeot accusés hâtivement d’erreurs quant à leur stratégie.

Ces reproches excessifs ne procèdent-ils pas d’un vide juridique : la société est reconnue, l’entreprise est absente.

Ce grand juriste que fut Jean Rippert disait que le monde est peuplé d’êtres nouveaux qui ne sont pas comptés dans le dénombrement de la population et qui pourtant sont aussi vivants que des êtres physiques. Seulement cette « population nouvelle » est recensée de façon singulièrement réductrice pour offrir aux seules personnes morales, les sociétés, une capacité de plein exercice.

L’article 1832 du code civil définit la société à partir de deux éléments : l’affectio societatis et la volonté de se réunir, en vue du partage des bénéfices. L’acte d’entreprendre est singulièrement limité : quel partage de cet affectio societatis pour les salariés, fussent-ils des cadres ?

L’espoir de la richesse est une force de création qui se trouve quelque peu annihilée par des captations dirigées davantage vers la société que l’entreprise. Ne nous étonnons pas alors des frustrations de ceux qui, concourant au développement de l’entreprise, voient la société comme un lieu captatif des résultats, blessés pour être séparés des enjeux de décisions. Cette observation vaut aussi pour nombre d’actionnaires dans les Assemblées Générales avec ce ressenti que les Conseils d’Administration seuls décident. Les sociétés sont omniprésentes, les entreprises sont absentes, faute d’être instituées ou vraiment représentées.

Est-il juste de considérer que les actionnaires sont les seuls propriétaires de l’entreprise ? Certes, ils possèdent un titre financier mais cette part du capital est susceptible d’être cédée en Bourse du jour au lendemain. Une responsabilité aussi limitée dans la durée met en exergue le vide juridique du statut de l’entreprise, confrontée à des obligations singulièrement plus longues et lourdes, à commencer par ses engagements vis-à-vis des salariés.

La société se construit à partir d’une connaissance (affectio societatis). L’entreprise procède d’une reconnaissance de ceux-là mêmes qui, dépassant le court-termisme, l’inscrivent dans une finalité qui n’est pas seulement d’enrichir les associés mais aussi la Cité par le partage des liens économiques, financiers et sociaux à partir desquels s’opère une recherche constante du sens qui, seul, donne au possible de l’échange la source de nouveaux possibles.

Ne sommes-nous pas là précisément dans une approche de l’entrepreneuriat qui ne demande pas à être qualifié de social ou de solidaire, dès lors qu’entreprendre durablement c’est désirer « faire société » en incluant davantage de confiance et de solidarité.

S’ouvre un chantier aux juristes, économistes et praticiens de l’acte d’entreprendre pour que s’élabore le concept de l’entreprise offrant à ses différents partenaires la reconnaissance de leurs échanges et les conditions favorisant leur développement pour une contribution du bien commun.

L’entreprise est au cœur des paradoxes et des contradictions : si elle est le lieu privilégié de la création des richesses, elle est aussi celle de l’autonomie du profit ; elle est source de solidarité mais cause bien des exclusions.

Et si la loi sur l’ESS donnait un rendez-vous pour ouvrir cet important chantier.

Bernard Devert
Octobre 2014

La grâce de l’inattendu

Il y a quelques mois, les médias se sont faits l’écho d’un Roumain sans domicile, agressé sauvagement.

Un journaliste qui s’était rapproché de lui depuis quelques mois, me joignit, douloureux de cette violence aussi gratuite que dramatique. L’agresser pourquoi, alors qu’il n’a rien.

Le fait d’être sans toit devient si gênant que certains voudraient faire disparaître les S.D.F. surtout s’ils sont étrangers, mais pour aller où, les envoyer à l’hôpital. Il n’y a pas de place ou plus exactement, il y a une intolérance aux différences stigmatisées par l’absence de logement ou encore de ressources sauf celles de ces piécettes qui tombent suivant l’humeur ou l’amour des passants.

Victimes des accidents de la vie, nombre de ces personnes ne sont-elles pas considérées comme coupables par une Société qui, pour se dédouaner de l’inacceptable, prend parfois la posture de juge.

La sanction tombe avec le couperet de la force de la chose jugée, aggravant encore l’isolement et la désespérance de ceux qui voient se dérober devant eux tout avenir.

HH offrit un logement et un travail à ce frère qui « se mit en quatre » pour exprimer sa reconnaissance.

Nombreux n’en sont point revenus de ce voyage intérieur que nous offrit ce frère blessé, nous préparant secrètement à une traversée faisant tomber les frontières, à commencer par celles des idées préconçues à l’égard de la misère.

Il est de ces rencontres « dangereuses » pour nous éveiller à des interrogations quasi existentielles, nées de relations avec des frères si désarmés qu’ils vous désarment. Quittant alors nos armures, censées nous protéger mais qui ne font que nous éloigner de nous-mêmes, nous voici enfin libres pour risquer un autre regard, celui de la confiance : l’autre n’est plus un pauvre homme mais un homme, un frère vulnérable comme nous aurions pu l’être, voire le devenir.

Rien n’est encore changé et pourtant tout est différent. Ces heures de reconnaissance conduisent à s’élever et à relever pour entrevoir que les idées illusoires de puissance sont destructrices d’humanité. Que reste-t-il alors : une confiance qui fait naître.

Quelle ne fut pas ma surprise et ma joie que je viens vous partager. Dimanche, alors que je célébrais l’Eucharistie à une heure tardive, ce frère arriva avec un peu de retard dans la Chapelle mais il m’offrit une avancée inespérée. Dans une fulgurance, il m’apparut avoir les traits du Ressuscité.

Ses profondes rides, marquées par l’épreuve, étaient des puits de lumière. Il s’était redressé ; son visage témoignait d’une grande douceur pour avoir chassé toute amertume et peur du lendemain.

L’Evangile de ce même dimanche nous invitait à méditer la rencontre de Jésus avec les Pharisiens au sujet du paiement de l’impôt. Il nous souvient de sa réponse : « Rendez à César, ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu.

Il me sembla alors que rendre à Dieu, c’est se rendre auprès de ceux qui craquent, ont mal, pour être rejetés dans des périphéries sombres. Rendre à César, c’est aussi se rendre compte de la mesure des pouvoirs qui enferment et qui sont aussi ces lieux où l’on ment et se ment pour occulter les vérités aux fins de mieux bâillonner la liberté.

Toi, frère, dans ta pauvreté, tu m’as fait entrevoir une autre richesse. Ne serait-ce pas la grâce de l’inattendu.

Bernard Devert
Octobre 2014

Mutualiser pour alléger la souffrance de 100 000 foyers fragilisés

La loi pour l’Accès au Logement et un Urbanisme Rénové, dénommée ALUR, a été trop « détricotée » pour qu’elle se présente comme une avancée décisive pour les foyers en situation de détresse ne parvenant pas obtenir un logement social ou de pouvoir s’y maintenir.

Notre Pays compte plus de 4 500 000 logements sociaux. 70% de la population, au regard de ses revenus, est éligible à ce parc si bien que les plus pauvres, ce qui est un comble, en sont trop souvent écartés. Cette exclusion, contraire à la finalité du logement social, entraîne des situations ubuesques et inacceptables pour les ménages reconnus prioritaires dans le cadre du DALO.

Que de foyers sont condamnés à l’expulsion pour des dettes de loyer. Ces impayés ne procèdent pas de la mauvaise foi mais d’une grave rupture entre les ressources et le coût du logement (loyer + charges). Les cas sont malheureusement nombreux. Dans le Nord, Madame C vit avec ses deux enfants de 8 et 10 ans dans un logement social de 3 pièces. Son revenu est de 725 € pour un loyer et charges de 512 €. Après imputation de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) elle dispose d’un « reste pour vivre » de 583 € mensuels, soit 6,47 €/jour et par personne.

Ne parvenant pas – comment le pourrait-elle – à payer totalement le loyer, l’APL supprimé, cette famille monoparentale quitte la précarité pour entrer dans l’abîme de la misère, le Tribunal prononçant son expulsion du logement.

Ne voulant, ni ne pouvant rester indifférents à de telles iniquités qui mettent à mal la dignité des personnes fragilisées nous avons regardé aussi objectivement que possible la contribution à apporter pour que le ‘reste à vivre’  permette de vivre.

Ce ‘prendre soin’ ne relève pas du compassionnel, mais naît de la responsabilité à veiller à ce que les plus pauvres ne basculent pas dans des situations deshumanisantes. Il en va du respect de nos valeurs républicaines que le mal logement bafoue depuis trop longtemps.

Notre propos n’est pas de jeter l’opprobre à l’égard des bailleurs sociaux, mais de souligner que là où la misère est prégnante, le parc social ne répond plus, ou difficilement, aux urgences.

Comment agir ? Des remises sur quittance sont déjà effectuées par un grand bailleur social. Elles représentent un montant mensuel de 65 €, en moyenne, se révélant vitales pour permettre aux plus pauvres de garder leur logement et d’être soulagés de l’angoisse des dettes de loyer.

Ces remises sur quittance n’appellent ni création de nouvelles taxes, ni prélèvements nouveaux pour procéder du transfert des ‘suppléments de loyers de solidarité ‘ (SLS) créés par la loi du 4 mars 1996. Ces SLS, en 2013 plus de 110 M€, selon la source USH.

ATD Quart Monde et Habitat et Humanisme déposèrent un amendement pour que les SLS soient exclusivement et obligatoirement affectés à la minoration des quittances de loyer des personnes en situation de grande pauvreté.

Il était aussi souhaité que les pénalités payées par les Communes qui ne respectent pas leurs obligations de construction de logements sociaux, soient fléchées vers ces minorations de quittance.

Ainsi, la loi ALUR aurait-elle permis au logement social de répondre mieux à sa vocation qui, suivant l’article 441 du code de la construction, est d’accueillir les personnes aux ressources modestes et défavorisées.

Cet amendement, en deuxième lecture a été finalement retenu mais sans obligation pour les bailleurs sociaux. Dommage ! Il eut permis à plus de 100 000 familles fragilisées de bénéficier d’une minoration de 65 € mensuels de leurs loyers leur permettant de quitter leur habitat indigne et de s’éloigner de l’angoisse de l’expulsion.

Ce texte a au moins pour mérite de reconnaître le bien fondé de notre démarche.