Jeu et hors jeu, les limites d’une ouverture à Caluire

Tout commença, ou selon, se poursuivit avec la décision de M. Philippe Cochet, Député-Maire, visant à mettre hors jeu la construction d’un projet social initié par les Sœurs Clarisses sur leur propriété à Vassieux, en lien avec Habitat et Humanisme.

Jouant la protection, le Maire mis sur la touche ce projet pour lui préférer une aire de jeux dans un environnement qui n’en manque pas.

Hors jeu les règles d’urbanisme votées par l’agglomération. Caluire jouerait-elle « perso » ?

Seulement c’était oublier la détermination de l’Abbesse, Sœur Marie, qui pour être sur un terrain spirituel et donc très humain, refusa cette décision arbitraire rappelant que « l’enfer c’est s’appartenir ».

Les Sœurs marquèrent un premier essai. Si la partie demeure incertaine, elle gagne en intensité.

Des caluirards ont proposé un autre jeu avec une petite équipe emmenée par Etienne Boursey, forte de 1 000 supporters (signature à guichet ouvert).

Lors du Conseil Municipal de ce lundi 2 juillet, l’élu écologique essuya une « volée de bois vert » de la part du Maire qui lui demanda de démissionner. Hors jeu au motif de déshonorer la commune pour soutenir l’accueil de « manants ».

Il est temps de siffler la fin de partie pour revenir sur un terrain plus solidaire. Il est de ces matchs où l’on se retrouve pour la joie d’une cause. Une telle partie est attendue, les joueurs sont tous meilleurs qu’ils ne l’ont laissé paraître.

Bernard Devert

Le blocage des loyers, un marché du logement sous surveillance

Tout blocage est symptôme d’une crise.

L’Observatoire des Loyers de l’Agglomération Parisienne relève qu’en 2011 les loyers ont progressé de 6 % dans le cadre des opérations de relocation, alors que l’Indice de Révision des Loyers (I.R.L.) traduit une progression, sur cette même période, de 1,7 %.

Comment ne pas agir, sauf à rester indifférents à la souffrance sociale dont le mal logement n’est qu’un des signes.

Le logement est un bien primaire qui mérite qu’on le protège contre la spéculation que trop souvent il autorise. La pierre, une « valeur refuge », mais ne marchons-nous pas sur la tête pour observer un renversement des priorités : des finances abritées alors que des centaines de milliers de familles n’ont pas de toit.

Les marchés sont si enfiévrés dans les territoires tendus qu’on assiste à un délire au point que l’exclusion progresse pour atteindre désormais les classes moyennes. La ville exclut. Ne nous résignons pas, il nous appartient d’en supprimer les causes.

Si le diagnostic est facile à établir, le traitement à mettre en œuvre est plus délicat attendu les effets collatéraux à commencer par « l’anémie », non pas des prix, mais du nombre de constructions à un moment où, le dispositif Scellier s’effaçant, les dépôts des permis de construire ont déjà sensiblement baissés. Il faut impérativement construire plus en se posant la question : pour qui ? La hiérarchisation des priorités dans leur rapport à l’éthique revêt une singulière urgence.

Comment parvenir à une économie maîtrisée ?

La réponse ne devrait-elle pas être recherchée dans une accélération du processus de l’épargne solidaire, laquelle représente déjà 3 Mds 548  M € dont 2,5 Mds € au titre de l’épargne salariale solidaire, sachant que seuls 6 % de cette dernière capitalisation sont investis dans les PME solidaires (la limite étant de 10 %).
Une ouverture est possible avec les contrats d’assurance-vie dont l’encours est de 1 400 milliards d’euros. A l’instar de l’épargne salariale, il serait judicieux qu’ils présentent une part solidaire. Une telle orientation modifierait considérablement la donne de la solidarité dès lors qu’une fraction de cette épargne serait dirigée vers des foncières solidaires pour que les acteurs du logement social disposent d’un usufruit, facilitant des programmes abordables à forte connotation de mixité.

Quand on sait que des loyers d’insertion à 5 € du m² sont encore trop élevés pour les plus pauvres au point que leur reste « à vivre » relève de la survie, qui restera sourd à un changement de paradigme de l’économie du logement.

Ce palliatif social que représente le blocage partiel des loyers doit être suivi d’un traitement libérant l’économie du logement de ses non sens en insérant une trace de gratuité qui, seule, débloquera les relations.

Utopie diront certains, ou encore chimère, mais cette trace de gratuité n’est-elle pas précisément la définition de l’épargne solidaire permettant une économie plus humanisée. L’heure est de lui offrir les chances d’un périmètre plus large.

Bernard Devert
juin 2012

Vatileacks : des fuites qui n’arrêteront pas l’exode vers une terre de promesse

Pentecôte, un jour qui fit grand bruit. Non pas ce bruit qui enferme, mais celui du silence pour entendre le « craquement de l’âme » (Bernanos) jusqu’à éveiller des appels intérieurs conduisant aux ruptures nécessaires pour créer des espaces de communion (« la foule se rassembla » Actes 2,6).

Un jour qui fit grand bruit.

Pentecôte 2012 fait entendre du côté de la Cité du Vatican un bruit médiatique qui fait mal et fait du mal, mais ne pourrait-il pas, paradoxalement, en sortir un plus grand bien. Ne mettrait-il pas en exergue le combat spirituel de Benoît XVI, touché par des proches qui ne souffrent aucun des changements qu’il veut opérer pour une plus grande cohérence entre le kérygme et les pratiques. Cette lecture est un magnifique cadeau d’espérance en ce 50ème anniversaire de Vatican II, dont la Constitution « Gaudium et Spes » souligne l’ardente attention aux inquiétudes et angoisses de ce monde.

L’Eglise a la responsabilité de donner à voir ce qu’elle croit.

Lors de la première Pentecôte tous étaient déconcertés et émerveillés, pour reprendre les Actes des Apôtres. En 2012, pour cette même fête de l’Esprit, d’aucuns sont décontenancés mais joyeusement et gravement surpris par leur pasteur : il est ce réformateur qui, suivant la prière attribuée à l’Archevêque de Cantorbéry, Etienne Longton (+1128), tente « d’assouplir ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid et redresse ce qui est tordu ».

A la lecture de son livre Jésus de Nazareth et de ses Encycliques, Benoît XVI promeut un esprit de réconciliation tout en refusant ce relativisme, cancer de la pensée et éloignement de la vie évangélique dès lors que les témoins sont appelés à ce que « leur oui soit oui, leur non soit non ».

Benoît XVI s’élève, avec la force des doux, contre ces pratiques déshumanisantes et dévastatrices de l’espérance touchant les mœurs ou les questions financières. « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu ». Il débusque non sans drame et souffrance ces situations qui abîment l’Eglise et déroutent bien des hommes de bonne volonté.

Magnifique l’Encyclique « Caritas in Veritate ». Ne propose-t-elle pas aux acteurs de l’économie d’introduire une trace de gratuité dans les relations d’échange incluant ceux qui ne disposent de rien ou de si peu.

L’homme de Nazareth paya de sa vie l’expulsion des marchands du Temple. Benoît XVI semble insupporté par ceux qui, craignant les transformations qu’il entend opérer, essaient par ces fuites de le disqualifier.

Dans le continuum de son Encyclique, Benoît XVI ne souhaite-t-il pas que l’Institut des Œuvres de Religion (I.O.R.), appelé souvent la ‘banque du Pape’, mette l’argent enfin à sa place c’est-à-dire dans son rôle de serviteur. Voyez que cette Institution devienne la première banque mondiale de l’économie sociale et solidaire ! Comment oublier le fait que les « premiers chrétiens mettaient tout en commun, vendaient les propriétés pour partager entre tous selon les besoins de chacun ».

Alors « Vatileacks » se révèle l’expression de secousses qui, dommageables en apparence, soulignent des tensions qui touchent à l’Essentiel entre un Pape qui a l’audace de l’avenir pour avoir le sens de la Source et ceux qui entendent ne rien changer pour rester enfermés dans un arrière monde.

Le Fils de l’Homme rappelle constamment que s’il a un privilège, c’est celui de renoncer à tout privilège : « de condition divine, le Christ s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave » (Phil 2,6-7).

Cette Parole, quand elle nous parle, est transformatrice de toute relation. Une tourmente ! Les témoins de la première Pentecôte ne nous disent-ils pas précisément « qu’il vînt du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent ». Il est de ces conversions qui transforment les cœurs qu’aucune fuite ne saurait arrêter.

La défaite de l’absentéisme, une fête pour la démocratie

Un vote de crise s’est exprimé dans les urnes. Cependant le nombre de votants – plus de 8 Français sur 10 – souligne que la politique, quant à elle, n’est pas en crise pour être perçue comme la possibilité de changer le cours des choses : il y a une attente, un espoir.

Les marges de manœuvre sont étroites ; il faut avoir le courage non seulement de le dire mais de refuser les orientations qui ne se révéleraient que la vérité d’un moment pour être de fait des illusions délétères.

La politique s’inscrit dans le champ du souhaitable à l’épreuve des possibles, lesquels ont une part de gravité, d’espérance et d’exigence :

  • de gravité pour être celle du réalisme : si rien n’est facile ou certain, il est sûr que sans sacrifices il n’y a aucune avancée durable. Qui ne sait tenir ne sait rien obtenir.
  • d’espérance pour faire naître le temps des solidarités aux fins de parvenir à plus de cohésion sociale. Cette solidarité souligne l’éminente dignité de l’homme. S’il y a une exception qui doit être maintenue, c’est bien que tout être est une exception et, qu’à ce titre, la dignité de chacun ne saurait être bafouée. Ce respect est aussi l’une des conditions pour sortir de la souffrance sociale.
  • d’exigence nous entrainant vers le meilleur de nous-mêmes. Toute crise ne conduit-elle pas à un choix, un discernement. La voie à prendre et les voix à donner, pour se faire, doivent privilégier l’audace de l’avenir, nous rappelant que le difficile est le chemin (suivant le mot si juste de Simone Weil la philosophe).

A ces possibles, ne sommes-nous pas tout particulièrement appelés.

Des aires de jeux qui se révèlent des jeux de massacre

Sur une commune résidentielle, le Maire fait voter à son Conseil Municipal l’inconstructibilité d’un terrain pour refuser la création de logements sociaux.

L’association propriétaire du terrain voulut accueillir des pauvres durant la période hivernale ; mal lui en prit ! Le permis fut refusé. Pour éviter qu’un tel projet soit présenté de nouveau, la majorité municipale décide de modifier le P.L.U en vue de la création d’une aire de jeux.

Il est de ces programmes qui, pour privilégier la dimension éthique et le sens de l’intérêt général, sont dévalorisés jusqu’à être considérés comme cause de désordre. A vouloir jouer à cache-à-cache avec les pauvres on ne voit plus le trouble que constituent les injustices mettant en état de choc la cohésion sociale.

Cette aire de jeux est un jeu de massacre à l’égard des pauvres, leur volant ainsi la possibilité de trouver leur place.

Qui peut penser que la différence constitue une menace, sauf à s’installer dans une culture du refus de l’autre alors que la vie naît précisément de l’hétérogénéité.

Qui reprochera à une association de vouloir accueillir des foyers fragilisés. Comment ne pas se réjouir de la création d’une mosaïque de la fraternité plutôt que de construire ces marqueurs sociaux que sont trop souvent ces logements, impropre à l’insertion.

Qui peut consentir au regard souffrant de ces enfants qui n’ont point de toit ou de ces personnes qui, au soir de leur vie, sont dans le dénuement, confrontées à la solitude alors que la perte des forces les rejoint.

Qui peut rester dans le silence devant une telle iniquité et s’illusionner par des jeux qui massacrent l’enfance alors que 600 000 gosses sont victimes du mal logement. Il faut les avoir un jour rencontrés sur un trottoir : c’est dur, dit l’un deux, de dormir à même le macadam. Il est de ces décisions dont le cynisme fait frémir.

A ces jeux de l’entre-soi, on se réfugie dans des illusions pour ne point dire : je, c’est-à-dire accepter de devenir ce que l’on est au sens où Arthur Rimbaud dit « je, est un autre ».

L’urgence d’innover

Le logement s’invite (enfin) dans la campagne présidentielle même si, depuis quelques semaines, les préoccupations se sont déplacées pour privilégier celles de la sécurité.

Quand comprendra-t-on que le logement n’est pas indifférent à cette légitime préoccupation pour se révéler pour des centaines de milliers de foyers le marqueur de leur exclusion, mettant en échec l’égalité et la fraternité.

Comment s’étonner de la frustration qui parfois se manifeste dans la violence ; il ne s’agit pas de la justifier mais au moins d’essayer de comprendre.

Le social ne saurait être considéré comme seulement dépensier, mais bien pour ce qu’il est : un investissement sans lequel la liberté, troisième pilier de la Nation, est mis à mal.

Quelle liberté pour ceux qui n’ont pas de toit ; quelle liberté pour ceux qui ne disposent comme revenus qu’un minimum permettant juste de survivre.

Notre économie est marquée par deux contraintes :
•    le court terme qui s’avère une véritable dictature en raison de notations qui privilégient le résultat immédiat jusqu’à compromettre l’avenir quand bien même l’on ne cesse de parler de l’investissement durable, paravent d’une autre réalité.

Ainsi en matière de politique de logement, les chambres d’hôtels l’emportent sur l’hébergement, l’étalement urbain sur l’intensification des villes. Toutefois relevons la proposition du Président de la République visant une augmentation de 30 % des droits à construire, une mesure judicieuse que le Parlement a voté, restant dans l’attente des décrets d’application.

•    La financiarisation de l’économie qui touche aussi l’habitat : entre 1990 et 2010, sur les 600 000 logements, essentiellement à loyer intermédiaire, appartenant à des établissements financiers, 500 000 ont été cédés. Cette « disparition » n’est pas étrangère au fait que les classes moyennes sont confrontées à des difficultés d’autant que l’implantation de ces immeubles concernait les grandes agglomérations.

La solidarité passe par un développement de l’épargne solidaire ; dans cette perspective, nous sollicitions que sur les 1 400 milliards des contrats d’assurances vie, 10 % soient investis pour la lutte contre le mal logement.

Refusant la fatalité de la pauvreté et de la précarité, qui n’éprouve pas l’urgence d’innover pour offrir à notre société des raisons d’un « mieux vivre » et par là même d’espérer.

En cette préparation de la Pâque, il nous faut apprendre à être ces « passeurs » pour que roulent les pierres de ces tombeaux qui se nomment : l’exclusion, l’étrangeté à l’autre.