La ville interdite

La Capitale met en lumière les ombres de politiques permissives qui, depuis trop longtemps, ne permettent pas de maîtriser un marché immobilier devenu fou, pour le moins aberrant. La une du Monde en date du 28 septembre titrait : « Pourquoi les classes moyennes sont chassées de Paris ? »

Le prix moyen du m² présente une rupture abyssale avec la rémunération du travail. Cette explosion, que la crise économique et sociale paradoxalement amplifie, n’est-elle pas un déni et une moquerie de l’intérêt général.
Il appartient au politique de réguler les charges foncières, observant que les partis de gouvernement sont peu enclins à mettre en oeuvre les réformes qui s’imposent.

Benoist Apparu, Secrétaire d’Etat au Logement, a certes « sifflé la fin de partie » d’une politique systémique du logement social pour lui substituer non sans pertinence le concept de la territorialisation déjà commencé avec Christine Boutin qui ne voulut retenir les aides fiscales que là où l’accès au logement est le plus tendu, observant que la crise n’est pas immobilière mais plus précisément celle de l’accessibilité au logement.

Si une telle approche recueille l’opposition d’élus ou de groupes de pression pour défendre « leurs
territoires », elle doit être saluée comme relevant du courage politique ; encore convient-il de
l’accompagner de mesures susceptibles de faire bouger une situation injuste et désormais dangereuse
pour la cohésion sociale. Une ville interdite aux plus fragilisés n’est elle pas une ville qui fait rupture
avec la paix sociale.

Trois propositions déjà esquissées doivent être mises en oeuvre :

  • modifier, pour son 10e anniversaire (13 décembre 2000), la Loi Solidarité et Renouvellement Urbains (S.R.U) ; les communes riches ne sauraient s’affranchir de la création de logements à destination des personnes fragilisées. La République est une et indivisible
  • réviser les plans locaux d’Urbanisme (P.L.U.) dans les grandes agglomérations pour augmenter les droits à construire de 25% à 30% avec une affectation pour ceux-ci d’une charge foncière éligible aux financements sociaux et à l’accessibilité aux primo-accédants.
  • développer la propriété solidaire avec l’usufruit désormais éligible aux financements très sociaux (PLAI et PLUS). Cette perspective visée dans la loi « Mobilisation pour le Logement et la Lutte contre l’Exclusion » précise celle de « l’Engagement National pour le Logement », préconisant la mise à disposition de tènements appartenant à l’Etat en vue de faciliter une politique sociale de l’habitat.

L’opération du « Grand Paris » donnera-t-elle enfin une chance à un urbanisme humanisé pour être solidaire ? La réponse éminemment politique dira où nous en sommes de notre démocratie qui appelle non seulement la « vertu » suivant le mot de Montesquieu, mais aussi le courage de changer et de faire changer.

Les échéances électorales sont des rendez-vous essentiels pour la vie de la Cité sous condition de regarder les faits tels qu’ils sont, quand bien même ils donneraient à voir la blessure infligée au bien commun. Une brèche alors s’ouvre : elle est à la fois éveil des consciences et réveil des talents.

Quand comprendrons-nous la nécessité de faire tomber les écailles de nos yeux pour saisir que ce drame du mal logement – dont plus d’1 million d’enfants sont des victimes en France, 15 millions en Europe – appelle une volonté politique mais peut-elle naître dans cette schizophrénie entretenue entre nos comportements privés et leurs conséquences publiques. A refuser de les corréler, nous allons dans le mur.

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